Quels pourparlers pour la reconquête du nord du Mali?


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Tandis que le déploiement d'une force militaire se prépare, la perspective d'un règlement négocié de la crise ouverte au Mali en mars dernier n'est pas abandonnée. Une délégation des rebelles touaregs du MNLA a rencontré, dimanche 7 octobre, le médiateur burkinabè Blaise Compaoré. Le MNLA ne parle plus de sécession mais d'autodétermination. Quel est le poids de ce revirement? Cela peut-il favoriser un règlement négocié de la crise ? Et quels sont les autres acteurs dans la crise qui seraient ouverts à la négociation ?

Militairement, le poids du Mouvement national de libération de l'Azawad est quasiment nul après la déroute du mois de juin dernier à Gao. Mais le MNLA, ce sont des combattants touaregs qui ont une vraie légitimité dans le nord du Mali depuis les révoltes des années 90 ; ce sont de vrais militaires, à l'image de Mohamed Ag Najim, un ancien colonel de l'armée libyenne ; ce sont aussi de fins négociateurs politiques, à l'image de Bilal Ag Cherif, qui a ses entrées à Ouagadougou et à Nouakchott ; enfin ce sont des hommes qui ont tissé un réseau jusqu'à Paris, où ils ont été reçus en décembre dernier au Quai d'Orsay. Donc, rien n'interdit de penser que, dans le cadre d'une tentative de reconquête militaire du nord du Mali, les hommes du MNLA bénéficieront, comme l'unité du colonel Ag Gamou - un chef touareg resté fidèle à l'armée malienne -, d'un soutien logistique de la Cédéao et des Occidentaux. Il ne faut pas enterrer le MNLA trop vite.

Discuter avec les islamistes

Car peut-on dialoguer avec les islamistes armés? Avec Aqmi, c'est impensable. Les chefs algériens d'al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) ont déclaré la guerre aux Etats laïcs d' Afrique de l'Ouest et à l'Occident. Leur objectif est l'islamisation par le jihad, le combat pour Dieu. Aqmi tient notamment la ville de Tombouctou. Prises d'otages, exécutions publiques, lapidations, amputations, destructions de mausolées... Personne en Afrique de l'Ouest ne songe à négocier avec eux.

Avec le Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao), mouvement dissident d'Aqmi composé essentiellement de Sub-Sahariens, la question se complique. Certes, beaucoup de chefs du Mujao sont, comme les chefs d'Aqmi, des fanatiques animés par le jihad. Comme Aqmi, ils pratiquent la prise d'otages. Mais le Mujao, qui tient notamment Gao, la plus grande ville du nord du Mali, compte dans ses rangs de nombreux Arabes de la boucle du Niger qui sont là beaucoup plus par opportunisme que par idéologie. Donc, en cas de conflit armé, rien ne dit que les quelque deux à trois mille combattants du Mujao resteraient fidèles à leurs chefs les plus fanatiques.

Enfin avec Ansar Dine, il existe un peu d'espoir. Ce mouvement composé essentiellement de Touaregs maliens est actuellement allié aux deux autres et tient notamment la région de Kidal, à l'extrême nord du Mali. Mais jusqu'à présent, il a évité de tomber dans la dérive sanglante d'Aqmi et du Mujao. Il y a trois mois, il a même accepté de s'asseoir autour d'une table avec Blaise Compaoré et les négociateurs burkinabè. Ansar Dine, c'est peut-être le maillon faible des groupes armés qui tiennent le nord du pays.

Le poids des chefs

En fait, beaucoup de choses tiennent à la personnalité des chefs de ces groupes armés. A la tête d'Aqmi, les jihadistes algériens Abou Zeid et Mokhtar Belmokhtar sont connus pour leur dureté, leur cruauté.

A la tête du Mujao, il y a tellement de chefs que bien malin qui peut dire qui commande réellement. Le Mauritanien Hamada Ould Mohamed Kheirou apparaît dans un message vidéo. C'est l'idéologue du mouvement. Mais il n'a pas prise sur les combattants. Quand il faut négocier la libération d'un groupe d'otages, les intermédiaires doivent passer par un mystérieux chef militaire, le très discret Ahmed Tilemsit, qui, comme son nom l'indique, est un Arabe du Tilemsit, c'est-à-dire de cette région de la boucle du Niger.

Enfin, à la tête d'Ansar Eddine, un homme s'impose. Un homme clé dans les mois qui viennent. C'est Iyad Ag Ghali, un notable touareg qui a eu d'autres vies avant de devenir chef islamiste. Il a été garagiste à Tamanrasset, puis chef rebelle à Kidal, puis diplomate malien, puis négociateur du président malien ATT pour la libération des otages capturés par Aqmi. Or rien ne dit qu'il restera pour toujours à la tête d'une katiba de combattants fanatiques. Son objectif, c'est de devenir le maître politique du Mali du nord. Et si, pour cela, il doit emprunter un autre chemin, il n'hésitera pas à le faire.