Les jeunes Kinois avant l’arrivée de François Hollande: «Il devrait dormir à Kinshasa !»

La visite de François Hollande anime les conversations à l'université protestante de Kinshasa.
© Frédérique Misslin/ RFI

Le 14ème sommet de la Francophonie se déroule du 12 au 14 octobre 2012. C’est la RDC qui accueille l’évènement cette année. Dans les rues de la capitale congolaise, la venue du président français, samedi 13 octobre 2012, suscite de la joie, mais aussi certains questionnements.

« Soyez les bienvenus ! ». « Plein succès à la Francophonie ! » Des banderoles et des ampoules lumineuses bordent la route qui mène de l’aéroport de Ndjili à Kinshasa. La capitale congolaise se prépare à recevoir une vingtaine de chefs d’Etat et de gouvernement. Parmi eux, François Hollande.

Le président français n’a pas mâché ses mots avant de s’envoler pour son premier voyage officiel en terre africaine : «  La situation en République démocratique du Congo est tout à fait inacceptable sur le plan des droits, de la démocratie et de la reconnaissance de l’opposition. » Le président français est « mal informé », ont répondu les autorités congolaises. Le ton est donné. « Ici », explique le professeur Sébastien Kalombo, « cette déclaration a fait provoqué un sentiment de joie chez certains, d’autres ne l’ont pas aimé du tout ».

En France, le sujet a divisé, embarrassé. Fallait-il se rendre à Kinshasa à l’occasion du 14ème sommet de la Francophonie ? Lors d’un entretien exclusif accordé à RFI, France 24 et TV5, le président français a expliqué : « Je vais à Kinshasa parce que c'est l'Afrique et parce que je veux dire aux Africains qui parlent le français que nous sommes extrêmement reconnaissants à leur égard. Aujourd'hui, les Africains sont ceux qui sont les plus nombreux à parler français ; je veux leur exprimer ma gratitude. »

C’est la première rencontre de ce type jamais organisée en Afrique centrale et beaucoup de Kinois expriment leur fierté. Gérôme, étudiant, estime qu’il s’agit d’une marque de confiance pour la RDC. A ses côtés, Junior tempère : « Certains disent que François Hollande sera là pour légitimer le pouvoir. »

Arlette, entourée de ses amis, voudrait bien que François Hollande passe la nuit à Kinshasa. © Frédérique Misslin/ RFI

« Le développement de l’Afrique appartient aux Africains. »

Les jeunes Kinois espèrent surtout du nouveau président français qu’il développe des relations plus équilibrées entre Paris et l’Afrique. « Il faudrait plus d’échanges, moins de liens dominant-dominé », disent certains. Pour tous, la présence de François Hollande à Kinshasa est importante.

L’élégante Arlette étudie le management à l’Université protestante. La jeune femme pense que le sommet est une manière de mettre son pays en valeur. Elle regrette toutefois que le voyage de François Hollande soit si court : « Il ne passera pas la nuit ici, son discours doit durer sept minutes... Cela ne nous rassure pas. C’est un peu triste et court.  »

« VIP » a lui aussi des choses à raconter. La trentaine, le jeune homme ne sait pas vraiment pourquoi ses amis lui ont donné ce surnom, mais il aime commenter l’actualité politique. « Ce n’est pas très diplomatique de la part de François Hollande de commencer à parler haut et fort avant d’être là. Il devrait dire tout ça devant notre gouvernement, devant la population congolaise. »

« Le président français ne va rien nous apporter », ajoute le jeune homme car « le développement de l’Afrique appartient aux Africains ».

« Les grands axes routiers éclairés aujourd’hui, mais demain ? »

Le ciel de Kinshasa s’assombrit et la pluie se met à tomber. « J’espère que François Hollande va poser les vraies questions », explique un autre étudiant qui préfère s’exprimer de façon anonyme. Il ajoute : « Vous voyez, il pleut. Ce grand boulevard a été refait pour le sommet mais là bas, un peu plus loin, les gens ont les pieds dans l’eau. Ils n’ont pas d’électricité. Aménager certains axes pour les chefs d’Etat c’est très bien mais après ? »

Le Professeur Sébastien Kalembo estime que l’organisation d’un tel évènement est « un luxe » que les Congolais ne peuvent pas se permettre : « Ca a coûté trop cher dans un pays où les gens sont sous-payés, où les parents ont à charge la scolarité de leurs enfants et c’est trop risqué dans un pays où la population est en guerre à l’Est. » Au sujet de la situation dans le nord du Kivu, François Hollande s’est exprimé ce jeudi sur RFI : « Je vais à Kinshasa parce que c'est un grand pays. Je n'accepte pas que les frontières de ce grand pays puissent être mises en cause par des agressions venant de l'extérieur. »

Beaucoup de jeunes Kinois espèrent que le président français ne vient pas simplement pour répondre à une invitation et qu’il profitera de son séjour pour « marquer sa présence », tout en précisant que « les problèmes de Congolais ne peuvent être résolus que par des Congolais ».

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