Macky Sall sur RFI: «Nicolas Sarkozy a regretté son discours»


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Le président du Sénégal Macky Sall était l'invité de la rédaction de RFI ce matin lundi 15 octobre. Le Sommet de la Francophonie s'est terminé dimanche à Kinshasa, en RDC. Dans deux ans, en 2014, c'est au Sénégal que se tiendra la XVe édition de ce grand rendez-vous de la francophonie.

RFI : Le prochain Sommet de la Francophonie va se tenir à Dakar. C’est une belle victoire pour vous...

Macky Sall : C’est surtout, je pense, une récompense pour la démocratie sénégalaise. Incontestablement, cette alternance démocratique a participé à redonner au Sénégal son rang dans le concert des nations, comme nation démocratique. Ce facteur a été déterminant.

Sans citer personne, si vous aviez des conseils à donner à des pays où les processus démocratiques sont plus ou moins chaotiques, qu’est-ce que vous diriez ?

Je me garderai de donner des conseils ou des leçons. J’ai toutefois dit que le Sénégal est en train d’inaugurer une ère nouvelle de gouvernance, de partage du pouvoir. Si on la faisait en Afrique on aurait moins de tensions dans les pays. Il faut que les gouvernants sachent que ceux qui sont dans l’opposition doivent être respectés et même être associés.

Il faut donner un statut à l’opposition ?

Il faut absolument donner un statut à l’opposition. Il faut que l’opposition ait ses droits dans la République, parce que, pour qu’il y ait une vraie démocratie, il faut de temps en temps qu’il y ait alternance. Donc, ceux qui doivent être amenés à assumer demain le pouvoir doivent pouvoir le faire dans les meilleures conditions. Donc, si l’on pouvait éviter cette loi du « tout ou rien » : on a le pouvoir, on a accès à toutes les richesses, on a tout, on peut tout faire. On n’a pas le pouvoir, on est dans l’opposition, on a accès à rien du tout. Tant que nous sommes dans cette dichotomie, évidemment l’Afrique n’arrêtera pas ses guerres et ses conflits fratricides.

Un mot sur vos relations avec la France. Vous avez accueilli François Hollande, pour son premier voyage en Afrique. Est-ce que vous estimez, après l’avoir entendu devant le Parlement sénégalais, que la tache consécutive au discours de Nicolas Sarkozy en 2007 a été effacée ? Le Sénégal a tourné la page ?

Vous savez, c’est une question difficile, parce que Nicolas Sarkozy est un ami. Donc, je ne peux pas jeter l'opprobre sur lui. Je pense qu’il a fait un discours à Dakar qui n’a pas été apprécié.

Maladroit ?

Oui, maladroit. Ça arrive.

Vous en aviez parlé avec lui ?

Non. Nous n’en avons jamais parlé. Sauf après, bien entendu. Bien après. Il a regretté son discours ! Ça arrive qu’on vous entraîne vers des choses qui ne sont pas…

Il vous a dit qu’il regrettait ? Qu’il avait commis une erreur ?

Je pense qu’il l’a dit. Il ne me l’a pas dit directement. Mais j’ai cru comprendre que par des confidents, il a dû dire qu'on a dû l’entraîner vers des positions qui n’étaient pas celles qu’il devrait prendre, en tout cas sur le discours de Dakar. François Hollande est venu avec un esprit qui lui est caractéristique. Il est venu pour écrire des nouvelles pages avec l’Afrique. Et je pense que c’est ça, cet esprit nouveau qu’il faut saluer. Et de toute façon, l’Afrique d’aujourd’hui n’est pas celle d’il y a cinquante ans. Moi, je suis né après les Indépendances. Donc, je ne peux avoir la même attitude que ceux qui ont connu la colonisation. Nous, Africains de notre génération, nous voulons prendre la France comme un partenaire privilégié. Mais un partenaire avec qui nous traitons d’égal à égal.

A propos du Mali, est-ce qu’il faut intervenir militairement dans ce pays ? Il n’y a plus de place pour la négociation, selon vous ?

Ah si, il y a toujours une place pour la négociation ! Mais il s’agit de dire : négocier avec qui ? C’est la question. Mais on ne peut pas ne pas négocier ! Parce que même une guerre, elle finit toujours par une négociation ! Donc, ceux qui sont d’accord qu’il faut respecter l’intangibilité des fonds monétaires, qui malgré ce qui s’est passé, seront prêts à discuter, à engager des discussions avec le gouvernement malien, je pense, ont leur place. Maintenant, ceux qui oeuvrent pour un jihad, évidemment, je pense qu’il serait difficile de négocier avec eux.

Si cette intervention est décidée, est-ce que l’armée sénégalaise a les moyens d’y participer ? En gros, est-ce que vous avez des hommes à fournir à cette force ?

Le Sénégal a beaucoup donné à la communauté internationale pour la sauvegarde de la paix dans le monde, pour la sécurité. Et bien sûr, le Sénégal, dans l’Afrique de l’Ouest, ne peut pas ne pas participer lorsqu’il s’agira de mettre en place une force. Mais certainement, nous ne serons pas le plus grand contingent ! Mais le Sénégal est disposé à apporter sa contribution.