Grève des fonctionnaires au Tchad: gouvernement et syndicats campent sur leurs positions


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Les travailleurs du secteur public ont repris la grève, ce lundi 22 octobre, après un mois d’interruption. Suite à un mot d’ordre du Syndicat des travailleurs du Tchad (UST), cette fois-ci les fonctionnaires ont entamé une grève sèche – c'est-à-dire sans service minimum – de trois jours. Les travailleurs tchadiens réclament toujours des augmentations de salaires. Mais pour le gouvernement, relever la valeur indiciaire des salaires à 150 points n’est tout simplement pas possible.

Le mouvement de grève illimitée des fonctionnaires qui secoue le Tchad depuis le 17 juillet dernier prend des allures d’impasse. Au centre de cette sérieuse crise sociale : les salaires des quelques 80 000 fonctionnaires.

Les grévistes revendiquent l’application d’un accord signé entre le gouvernement et les responsables syndicaux, en novembre de l’année dernière, au terme duquel le gouvernement tchadien avait promis une revalorisation des salaires dès le début de l’année 2012. Une promesse non tenue et une crise non résolue malgré la médiation, depuis le 17 septembre, des leaders religieux. Selon l’UST, lors de ce premier jour de la reprise de la grève, celle-ci a été suivie « à plus de 90 % ».

Pas d’avancées

L’UST réclame une augmentation de salaires de 115 % mais, de son côté, le gouvernement tchadien affirme que les salaires représentent déjà 80 % des ressources de l’Etat, sans compter les recettes pétrolières.

Pour Abba Salah, ministre de la Fonction publique et du Travail, joint par RFI, augmenter le point d’indice couterait à l’Etat tchadien plus de 40 milliards de francs CFA, ce qui voudrait dire que la masse salariale absorberait la presque totalité du budget de l’Etat :

Le gouvernement est disposé à voir les conditions des travailleurs. Ce n’est pas seulement en augmentant les salaires que l’on peut résoudre le problème.
Abba Salah
11-10-2013 - Par Boniface Vignon

Du côté des syndicats, on dénonce les mensonges du gouvernement. Joint par RFI, François Djondang, secrétaire général de l’UST, affirme, chiffres à l’appui, que la masse salariale n’absorbe pas la totalité des recettes - hors pétrole - du Tchad :

Nous savons exactement, avec les chiffres que nous avons, que nous n’absorbons pas 80 % de la masse salariale.
François Djondang
11-10-2013 - Par Boniface Vignon

Le secrétaire général de l’UST a par ailleurs annoncé une nouvelle assemblée générale qui se tiendra, jeudi prochain, à la suite de ces trois jours de grève. Le syndicat décidera alors s’il poursuivra ou non le mouvement « tout en maintenant le dialogue avec le gouvernement », a-t-il précisé.

Au Tchad, le salaire de la majorité des fonctionnaires – 50 à 90 euros par mois – ne permet pas de faire face à la cherté de la vie, d’autant plus que les prix des denrées de base ne cessent d’augmenter, expliquent les leaders syndicaux. Une revendication salariale à laquelle les contestataires ajoutent la destination des ressources pétrolières qui ne profitent toujours pas à la population. Pourtant, dans ce pays exportateur de pétrole depuis 2003, la production de 120 000 barils par jour a rapporté 3 000 milliards de francs CFA (4,5 milliards d’euros) entre 2004 et 2011.

Pour avoir lancé et publié une pétition hostile au régime du président tchadien Idriss Déby, le Secrétaire général de l’UST, François Djondang et deux de ses collègues du Syndicat ont été accusés « d’incitation à la haine » et le directeur de publication du journal d’opposition N’Djamena Bi-hebdo a quant à lui été accusé de « diffamation ». Ils ont tous été condamnés, en septembre dernier, à des peines de prison avec sursis.