Ghana : les marins argentins sont rentrés, mais leur navire reste à quai


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Deux cent quatre-vingt marins argentins coincés au Ghana depuis trois semaines sont rentrés à Buenos Aires. Mais le trois-mâts argentin Libertad à bord duquel ils étaient arrivés est resté à quai au port de Tema, près d'Accra. Il est toujours coincé à la suite d'une décision des tribunaux ghanéens qui ont fait droit à la demande d'un fonds spéculatif américain NML. Celui-ci réclame à l'Argentine le paiement d'une dette de plus de 370 millions de dollars (283 millions d'euros).

Le fonds en question est basé aux Iles Caïmans, un paradis fiscal des Caraïbes. Son fonctionnement est assez simple : il achète à bas prix de la dette des pays ou d'entreprises en difficulté. Lorsque la situation se redresse, il exige le remboursement des titres de la dette achetés quelques années auparavant et des intérêts qui ont couru depuis l'émission de ce titre.

Ce sont donc des sommes considérables qui sont en jeu. Ces fonds spéculatifs investissent des sommes très importantes dans les procédures judiciaires qu'ils lancent pour récupérer leurs mises. C'est ce qui leur vaut le surnom de « fonds vautour ».

Le continent africain lui-même a subi à de nombreuses reprises l'assaut de ces fonds spéculatifs. De la Zambie au Liberia, rares sont les pays africains endettés à avoir été épargnés. Pour leur venir en aide, pour faire face à ces procédures judiciaires internationales très complexes et onéreuses, la Banque africaine de développement a créé une facilité africaine de soutien juridique.

Dernière affaire en date, l'échec d'un de ces fonds face à la Gecamines, société minière de la RDC qui a pu récupérer 150 millions de dollars bloqués depuis des années.

Le retour de l'équipage de la frégate argentine crée des remous à Buenos Aires

Avec notre correspondant à Buenos Aires, Jean-Louis Buchet

Retour sans gloire à Buenos Aires ce jeudi matin pour l’équipage de la frégate Libertad. La présidente Cristina Kirchner a ordonné le rapatriement des marins après l’échec d’une mission à Accra qui n’a pu débloquer la situation. En Argentine, l’affaire continue à faire des vagues.

Le rapatriement de l’équipage de la frégate Libertad devrait aggraver le malaise qui grandit en Argentine au sujet de cette affaire. Même si le gouvernement rappelle que des tribunaux américains, allemands, français et, la semaine dernière encore, suisses, ont rejeté des demandes similaires de fonds spéculatifs, cela fait désordre. Il apparaît maintenant que le risque a été mal évalué, sinon ignoré. Les responsabilités politiques ne sont pas assumées et personne ne se satisfait du limogeage des principaux responsables de la marine, dont le commandant en chef.

La déclaration de la présidente Cristina Kirchner, disant qu’elle était prête à abandonner la frégate plutôt que de céder un brin de souveraineté en négociant avec les spéculateurs, a été particulièrement mal accueillie. Bravant le code de discipline militaire, des élèves officiers, avant même leur rapatriement, se sont dits blessés par l’attitude de la chef de l’Etat. Quant au simple citoyen, il se demande si laisser la Libertad au Ghana avec un équipage réduit et sans espoir de retour prochain n’est pas, précisément, un abandon de souveraineté.