Rwanda : les proches de l'opposante Victoire Ingabire dénoncent un verdict politique

Victoire Ingabire en 2011.
© Wikimedia Commons

La justice rwandaise a condamné Victoire Ingabire à huit ans de prison ferme, hier mardi 30 octobre à Kigali. La présidente des Forces démocratiques unifiées (FDU) est la principale opposante au régime du président Kagame. Elle a été reconnue coupable de conspiration contre les autorités et de négation du génocide. Ce verdict était très attendu.

Les proches de Victoire Ingabiré, Raïssa Ujeneza sa fille et Lin Muyizéré son mari, dénoncent le verdict
11-10-2013 - Par Guillaume Thibault

Victoire Ingabire, en détention depuis deux ans, était sous le coup de six chefs d'inculpation et risquait une condamnation à la perpétuité. Finalement, la Haute Cour de Kigali n'a pas suivi l'ensemble des réquisitions du parquet. Victoire Ingabire a été reconnue coupable de conspiration, en vue de nuire au pays en semant la guerre et la terreur. En clair, elle est jugée coupable d'être liée aux FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda), les rebelles hutus rwandais actifs dans l'est de la RDC, ce qu'elle a toujours nié, et d'avoir minimisé le génocide. Elle a en revanche été relaxée des accusations de propagation de l'idéologie du génocide.

A la différence des quatre membres des FDLR qui étaient ses coaccusés, et qui ont écopé de peines plus clémentes, l'opposante n'était pas à l'audience ce mardi. Depuis le 16 avril dernier, Victoire Ingabire boycotte son procès pour protester contre une décision du tribunal d'écourter l'audition d'un témoin à décharge, accusant les autorités rwandaises d'avoir fabriqué des preuves contre elle.

« Une condamnation politique »

La présidente des Forces démocratiques unifiées n'en a pas fini avec la justice. Aussitôt après le verdict, son avocat britannique a en effet annoncé qu'il allait faire appel devant la Cour suprême du Rwanda, et que si cette démarche n'aboutit pas, il saisirait la Cour africaine des droits de l'homme basée à Arusha en Tanzanie.

Dans les rangs du parti de Victoire Ingabire, on considère évidemment que cette condamnation a été motivée par des considérations politiques, comme l'explique Boniface Twagirimana, le vice-président des Forces démocratiques unifiées.

C'est une condamnation politique. Pour nous, c'est un signe que le gouvernement du général Paul Kagame n'est pas prêt à ouvrir l'espace politique au Rwanda et à respecter les principes de la démocratie, le droit d'opinion et la liberté en général.
Boniface Twagirimana
31-10-2012 - Par Cyril Bensimon

Mais du côté de la justice rwandaise, le son de cloche est totalement opposé. Le parquet qui a mené l'accusation contre Victoire Ingabire et ses co-prévenus se défend de toute manipulation de la justice à des fins politiques. Selon le procureur national et porte-parole du parquet, Alain Bernard Mukurarinda, le droit a prévalu et des preuves conséquentes ont été apportées pour démontrer la culpabilité de l'opposante. 

Devant la cour on a produit des preuves, on a démontré les faits qui lui étaient reprochés, donc il ne s'agit en aucune manière d'un procès politique. (...) Elle a été condamnée parce qu'elle a minimisé le génocide en prétendant qu'au Rwanda, il y a eu un double génocide.
Alain Bernard Mukurarinda
31-10-2012 - Par Cyril Bensimon


L'opposition empêchée d'exister

Des voix se font entendre pour remettre en cause la thèse du parquet. Sans se prononcer sur le fond du dossier, l'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch remet en cause la fiabilité des preuves utilisées dans ce procès. Par exemple, selon l'ONG américaine, trois des coaccusés de Victoire Ingabire, qui ont mis en cause l'opposante lors du procès, ont pu subir des pressions lors de leur détention dans un camp militaire. Par ailleurs, avant le verdict, plusieurs personnalités de l'Etat ont clairement indiqué que selon elles, Victoire Ingabire était une criminelle coupable d'entretenir des liens avec les FDLR.

Sur un plan plus politique, Human Rights Watch considère que les poursuites engagées contre Victoire Ingabire illustrent le refus du gouvernement rwandais de tolérer les critiques et d'accepter le rôle des partis d'opposition dans une société démocratique. Il est vrai que deux ans après la réélection de Paul Kagame - avec plus de 93% des voix -, l'opposition a bien du mal à exister. Victoire Ingabire n'a jamais pu concourir à l'élection présidentielle, son parti n'a jamais pu s'enregistrer, et d'autres membres des FDU ont été incarcérés après avoir ouvertement critiqué les autorités. D'autres opposants, comme Bernard Ntaganda, croupissent en prison suite à des accusations d'atteinte à la sûreté de l'Etat et de divisionnisme.

Aujourd'hui, côté face, le Rwanda poursuit sa croissance économique. Il vient d'être élu membre du Conseil de sécurité des Nations unies. Mais, côté pile, il se retrouve accusé de jouer les déstabilisateurs dans l'est de la RDC, et le paysage politique est des plus monocolores.

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