En Algérie, un militant des droits de l'homme tente de faire la lumière sur la «décennie noire»


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La décennie noire en Algérie, période qui suit la dissolution du Front islamique du salut en 1992, a engendré plus de 60 000 morts. À l'époque, le pouvoir arme des milices pour lutter contre les maquisards islamistes, mais ces milices sèment la terreur parmi les populations civiles. À Relizane, au sud-ouest d'Alger, cette milice est dirigée par deux frères : Abdelkader Mohamed et Hocine Mohamed. En 1998, le militant des droits de l'homme Mohamed Smaïn met au jour des charniers et dénonce les deux frères qui s'enfuient alors en France, à Nîmes. Une plainte est déposée et les deux frères sont mis en examen pour actes de torture et barbarie, en 2004. Mais depuis, l'affaire semble bloquée, et la ligue algérienne des droits de l'homme dénonce l'implication des pouvoirs politiques.

À Relizane, la Ligue algérienne des droits de l'homme a recensé au moins 220 cas de disparus, victimes de la milice.

« C’est une milice qui était aidée par le pouvoir, explique Mohamed Smaïn, militant des droits de l'homme à Relizane, qui a été parrainée par les services de sécurité, et qui avait le droit de vie ou de mort sur n’importe quel citoyen, et quelle que soit sa fonction ».

Des rescapés ont formellement mis en cause les frères Mohamed, et les familles des disparus ont déposé plainte devant la justice algérienne. « On a fait tout notre possible pour coincer ces deux miliciens devant la justice algérienne, confie-t-il. Mais hélas ! On n’a pas pu, parce que c’était des gens qui étaient protégés par le pouvoir. Et à ce jour nous avons toujours des responsables fautifs, qui sont toujours responsables de cette tragédie en Algérie ».

Une procédure a donc été engagée en France, à Nîmes, là où vivent désormais les deux frères. Ils sont mis en examen pour actes de torture et barbarie en 2004. « On croyait en une justice universelle, déplore Mohamed Smaïn. On avait une espérance quand l’instruction a été faite et qu’une demande de traduction des intéressés devant une cour d’assises a été instaurée. Quand le juge d’instruction clôt un dossier, il le transmet au parquet. Le parquet n’est pas souverain. Donc, le dossier est bloqué. Ce n’est pas un dossier qui a été classé, ce n’est pas un non-lieu qui a été annoncé à l’encontre des intéressés. Mais c’est un dossier qui est bloqué par l’administration judiciaire ».

Mohamed Smaïn, avec l'aide de la FIDH, demande le renvoi des deux frères devant la cour d'assises. Un acte de justice indispensable pour les familles des disparus.