Côte d’Ivoire: mandat d'arrêt de la CPI contre Simone Gbagbo

Mme Simone Gbagbo, député et épouse de l'ex-chef de l'Etat ivoirien.
© (Photo : AFP)

La Cour pénale internationale (CPI) a délivré un mandat d’arrêt contre Simone Gbagbo, épouse de l’ex-président ivoirien, Laurent Gbagbo, pour des crimes contre l’humanité commis durant la crise ayant suivi l’élection présidentielle de 2011. Le mandat d’arrêt a été formellement adopté en février 2012, mais il était resté sous scellés. La CPI l’a rendu public, ce jeudi 22 novembre. Le parti de Laurent et Simone Gbagbo, le Front populaire ivoirien (FPI), dénonce le mandat d’arrêt.

Simone Gbagbo, 63 ans, est soupçonnée par la CPI d’avoir participé à des réunions ayant conduit à des meurtres, des viols et des actes de persécution commis sur le territoire de la Côte d’Ivoire entre le 16 décembre 2010 et le 12 avril 2011. Son époux, Laurent Gbagbo est lui aussi soupçonné par la CPI de crimes contre l’humanité et est détenu à La Haye, siège de la CPI, depuis novembre 2011. Son refus de céder le pouvoir à son rival, l’actuel président Alassane Ouattara, avait plongé le pays dans une crise qui a fait 3 000 morts.

« Simone Gbagbo était très proche professionnellement et idéologiquement de son mari », a indiqué la CPI. Elle aurait participé aux réunions préparatoires à la mise en œuvre du plan des forces pro-Gbagbo pour conserver le pouvoir. Elle aurait aussi donné des instructions en vue « de commettre des crimes contre les personnes qui représentaient une menace pour le pouvoir de son mari », a également assuré la CPI, qui ajoute que Simone Gbagbo « avait le pouvoir de contrôler les milices de jeunes et de leur donner directement des instructions ».

Joint par RFI, Fadi El Abdallah, porte-parole de la CPI, précise que l’épouse de l’ex-chef d’Etat ivoirien est présumée innocente, mais « il est nécessaire qu’elle puisse présenter sa défense devant les juges ».

Les juges ont considéré qu’il y a des motifs raisonnables de croire que Mme Gbagbo (…) avait participé à l’élaboration et à la mise en œuvre d’un plan commun qui était exécuté par les forces pro-Gbagbo.

Fadi El Abdallah
22-11-2012 - Par Olivier Rogez

La face obscure de Simone Gbagbo, ce sont ces liens présumés avec les escadrons de la mort, apparus en 2004 et s’en prenant aux militants du Rassemblement des républicains (RDR). Ce sont aussi les diatribes virulentes contre la France et un rôle, jamais éclairci, dans la disparition du journaliste français Guy-André Kieffer, en 2004.

Arrêtée en avril 2011 à Abidjan, en même temps que son époux, Simone Gbagbo est depuis détenue dans le nord de la Côte d’Ivoire et jugée, depuis le 13 novembre, pour génocide et crimes de sang, atteinte à la sûreté de l’Etat et infractions économiques, dans le cadre des enquêtes sur la crise allant de décembre 2010 à avril 2011.

Le FPI dénonce le mandat d’arrêt

Parallèlement à l’émission du mandat d’arrêt, la CPI a également demandé le transfert de Simone Gbagbo à la Haye. Réponse du gouvernement ivoirien : la Côte d’Ivoire dira « au moment opportun » si elle veut transférer Simone Gbagbo.

Le Front populaire ivoirien (FPI) – le parti de Laurent et Simone Gbagbo – a, quant à lui, dénoncé ce mandat d’arrêt.
Pour Richard Kodjo, secrétaire général du FPI, joint par RFI, « c’est une grande injustice ».

Je pense qu’on fait une injustice à Simone Gbagbo en lançant un mandat d’arrêt contre elle pour des faits qui ne sont pas avérés et qui ne sont pas vérifiables.

Richard Kodjo
22-11-2012 - Par Guillaume Thibault

Et de son côté, l'organisation de défense des droits de l'homme, Human Rights
Watch (HRW) a appelé la CPI et les autorités ivoiriennes à « faire de rapides progrès afin de s’assurer que les forces pro-Ouattara, impliquées dans les crimes, répondent également de ces crimes devant la justice ».

A Abidjan, les Ivoiriens sont divisés au sujet du mandat d'arrêt émis par la CPI
23-11-2012 - Par Stanislas Ndayishimiye

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