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Afrique

Joseph Kabila M23 ONU RDC Rwanda

Jean-Marie Runiga sur RFI: «Goma sera administrée politiquement et administrativement par le M23»

media Avant d'entrer en politique, le président du M23 Jean-Marie Runiga était le pasteur d'une église du Réveil. REUTERS/James Akena

Jean-Marie Runiga, le président du M23, explique que les rebelles de son mouvement vont se retirer de la ville de Goma, qu'ils ont prise il y a une semaine. Mais vont-ils accepter le retour dans cette ville de l'armée congolaise ? Rien n'est moins sûr.

RFI : Est-ce que vous êtes prêt à vous retirer de la ville de Goma ?

Jean-Marie Runiga : Notre retrait de la ville de Goma ne constitue aucun problème. En même temps que nous nous retirons de Goma, il doit y avoir des actes de bonne volonté, avant que les négociations proprement dites ne se fassent.

Premièrement, nous exigeons la levée immédiate et sans conditions de la privation des libertés imposées à Etienne Tshisekedi.

Deuxièmement, nous demandons la libération immédiate et sans conditions de tous les prisonniers politiques et d’opinion, comme l'archevêque Kutino, Moka, et les autres.

Nous demandons aussi l’arrestation du général Numbi, dans l’affaire de Floribert Chebeya.

Nous demandons aussi qu’une commission d’enquête indépendante sur la tentative d’assassinat du docteur Denis Mukwege puisse être faite.

Nous demandons l’enquête indépendante sur le massacre des adeptes de Bundu-dia-Kongo.

Et puis, du fait que les élections ne se soient pas bien passées, il faut la dissolution immédiate de la Céni et la poursuite contre les membres de son bureau pour violation de la loi électorale et de la Constitution.

Nous demandons aussi la mise sur pied d’une commission d’enquête indépendante pour identifier les acteurs étatiques dans les réseaux de ventes d’armes.

Enfin, nous demandons qu’il y ait un cessez-le-feu immédiat, et que le calendrier des négociations entre le M23, l’opposition politique, la diaspora, la société civile et le président Kabila, puisse se faire au plus tôt.

Quand vous demandez la liberté de mouvement pour Etienne Tshisekedi, est-ce que ça veut dire que vous avez consulté l’UDPS (Union pour la démocratie et le progrès social) avant de formuler cette demande ?

On n’a pas besoin de consulter l’UDPS. Nous considérons qu'Etienne Tshisekedi est un citoyen congolais emblématique, et sa liberté fait partie de tout ce qu’un Congolais doit demander.

Et quand vous demandez la dissolution de la Céni (Commission électorale nationale indépendante), est-ce que ça veut dire que vous avez parlé avec plusieurs partis de l’opposition civile ?

Ça a été toujours la revendication de tout le monde ! Vous savez comment les élections de novembre 2011 se sont passées. L’Union européenne, le centre Carter, la Cenco, qui est la Conférence épiscopale du Congo, ont reconnu qu’il y avait eu des fraudes et que les élections étaient truquées.

Est-ce que vous seriez prêt à quitter Goma, avant que ces huit conditions soient remplies ?

J’ai beaucoup de respect envers les chefs d’Etat de la région. Je considère que les sages conseils ne peuvent pas passer en vain. Il n’y a aucun problème.

Donc, vous êtes prêt à quitter Goma dans les jours qui viennent ?

L’armée du M23 pourrait se retirer, à condition que Kinshasa cesse de menacer la population de Goma et ses environs. Parce que si les FARDC (Forces armées de la République démocratique du Congo) nous attaquent – comme le général Odinga l’a dit hier sur votre chaîne – les forces du M23 se réservent le droit de se défendre et de poursuivre l’ennemi, jusqu’à le mettre hors d’état de nuire.

Le chef militaire du M23, Sultani Makenga, s’engage à retirer vos troupes sans aucune condition demain midi jeudi 29 novembre, comme le stipule l’accord issu du sommet de Kampala. Est-ce que vous confirmez ?

Il n’y a pas de contradiction entre moi et le général Makenga.

Donc, vous confirmez : d’ici jeudi midi ?

Oui. En même temps que les conditions que j’ai posées sont en train d’être examinées, nous restons respectueux des résolutions qui ont été prises par les sages de la région. D’ailleurs, dans notre conception, les militaires ne doivent pas rester dans la ville. C’est la police qui doit garder la population. Nous ne trouvons aucun problème à se retirer, pourvu que les FARDC en coalition avec les FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda), ne viennent pas massacrer la population de la ville de Goma, qui nous a accueillis à bras ouverts et avec joie. Alors nous, nous disons : retrait oui, mais la protection de la population doit être assurée.

Si vous vous retirez de Goma, est-ce que les FARDC pourront y revenir ?

Vous savez que nous avons l’expérience. Nous nous étions retirés à un certain moment, de Rutshuru et de Kiwanja. Quelques jours après, les FARDC sont entrées et ont tué les gens.

Autrement dit, si vous vous retirez de la ville de Goma, vous souhaitez que les FARDC n'y reviennent pas ?

Parfaitement.

Et dans cette hypothèse, qui administrera la ville de Goma ?

Selon la résolution de la CIRGL (Conférence internationale sur la région des Grands Lacs), elle sera administrée politiquement et administrativement par le M23. Militairement, nos troupes vont se retirer. Il y aura une partie de l’aéroport où il y aura quelques forces de la Monusco, des FARDC et du M23, comme prévu dans la résolution.

Est-ce que ça veut dire que vous resterez aux alentours de la ville de Goma ?

Ce n’est pas moi qui le dis. C’est la résolution qui dit que nous devons retirer nos troupes à vingt kilomètres de la ville de Goma.


Suite de l'entretien dans Afrique Midi, à 12h30 T.U, 13h30 heure de Kinshasa. Le président du M23 répondra aux accusations de complicité avec le Rwanda et l'Ouganda.

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