Bilal Ag Acherif sur RFI: «Aqmi ne constitue pas une organisation avec qui on peut négocier»

Bilal Ag Achérif, chef de la rébellion touarègue du MNLA, reçu à Paris, le 23 novembre 2012.
© AFP PHOTO/AHMED OUOBA

Malgré plusieurs défaites militaires dans le nord du Mali, les rebelles touaregs du Mouvement national pour la libération de l'Azawad, le MNLA, croient toujours en leur étoile. Quel rôle peuvent-ils jouer face aux islamistes ? Leur chef, Bilal Ag Acherif, est à Paris, où il vient d'être reçu par plusieurs diplomates français. Il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

RFI : Quelle est votre position par rapport à al-Qaïda au Maghreb islamique ?

Bilal Ag Acherif : Aqmi ne constitue pas une organisation avec qui on peut négocier de quoi que ce soit, parce que c’est une organisation étrangère, constituée d’étrangers, qui est venue d’ailleurs. Donc, il s’agit des négociations entre le MNLA et les Azawadiens et le Mali.

Vous connaissez bien Iyad Ag Ghali. Pour vous, c’est un frère ou c’est un ennemi ?

La question ne se pose pas en termes de frère ou d’ennemi. Nous avons été clairs et nous continuons à le réaffirmer, dans toutes les rencontres qu’on a eues avec Ansar Dine, il est urgent qu'Ansar Dine se démarque des groupes terroristes. Et cela, nous allons continuer à le réaffirmer, parce que c’est la base de notre échange et d’un aboutissement des négociations que nous avons entamées avec eux.

Chacun sait que Iyad Ag Ghali et Ansar Dine sont soutenus, voire équipés et financés par les islamistes d’Aqmi et du Mujao. Est-ce que demain, Iyad Ag Ghali et Ansar Dine peuvent prendre le risque de s’éloigner de leurs alliés islamistes ?

Il s’agit aujourd’hui d’une nécessité, voire même d’une urgence, pour Ansar Dine, de se démarquer de ces groupes, parce qu'Ansar Dine est censé parler aussi pour les intérêts d’une partie du peuple de l’Azawad, parce qu’ils sont issus du peuple de l’Azawad. Donc, ils doivent choisir d’être les alliés du peuple de l’Azawad et de répondre aux aspirations du peuple de l’Azawad, et non de répondre aux attentes d’un quelconque allié. Et nous avons remarqué, de manière positive, qu'Ansar Dine a commencé à aller dans ce sens, à travers une série de déclarations et d’actes qu’ils ont commencé à poser dans ce sens-là.

Si Ansar Dine ne vous écoute pas et refuse de se démarquer d’Aqmi et du Mujao, si jamais il y a la guerre, dans quel camp serez-vous ?

Pour le moment, d’abord ce qui est clair, c’est que Aqmi et Mujao ne constituent pas des organisations que nous reconnaissons, et ne constituent pas des organisations avec lesquelles il ne peut avoir une possibilité de rapprochement quelconque. Maintenant, nous avons suivi aussi la démarche de la Cédéao, dans le cadre de cette intervention militaire. Il y a beaucoup de points d’ombre, il y a beaucoup d’éléments que nous ne parvenons pas encore à comprendre, en tout cas, avec lesquels on n’est pas d’accord. Donc, notre position dans ce conflit sera aux côtés du peuple de l’Azawad.

Donc, pour l’instant, vous restez neutre ?

Je n’ai jamais dit que le MNLA ne va pas prendre position dans la lutte contre le terrorisme. Mais nous disons qu’il s’agit de prioriser une solution politique entre nous et le Mali. Une fois que le statut de l’Azawad est connu dans un cadre de négociations politiques, à ce moment-là, bien sûr que les Azawadiens peuvent prendre en charge la sécurité de leur territoire dans un cadre global, qui implique effectivement, la Cédéao et la communauté internationale.

Et dans ce cas, le MNLA pourrait apporter son concours à une force malienne et Cédéao, contre Aqmi et le Mujao ?

Nous allons voir à ce moment, parce que aujourd’hui, de la même manière que la communauté internationale est en train d’aider la Cédéao pour renforcer son armée, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme dans l’Azawad, de cette même manière, il est urgent et nécessaire de renforcer la capacité des forces militaires du MNLA, de leur donner les moyens pour être à la hauteur des enjeux sécuritaires dans la région.

Et à ce moment, nous verrons si en plus des Azawadiens et de la force militaire du MNLA, si on aura encore besoin de la Cédéao. Parce que si l’objectif est vraiment de chasser les groupes étrangers terroristes de l’Azawad, la solution ne peut passer que par la population de l’Azawad et le peuple de l’Azawad.

Depuis six mois, vous avez subi plusieurs défaites militaires à Gao, à Ménaka. Est-ce qu’il vous reste encore des hommes sur le terrain, ou est-ce que votre dernière arme c’est le micro ?

Le MNLA c’est le peuple de l’Azawad. Le peuple de l’Azawad existe, le MNLA existe. Il y a un acharnement contre le MNLA et contre le peuple de l’Azawad, au point où même les victoires du NLA sont transformées en défaite dans les médias. Par exemple, tous les affrontements qui nous ont opposés au Mujao ces derniers temps, c’est le Mujao qui a subi d’énormes défaites. Mais, malheureusement, c’est le contraire qu’on fait entendre. Donc, le MNLA existe sur le terrain, l’état-major militaire du MNLA existe et le peuple de l’Azawad continuera à exister.

Les propos de Bilal Ag Achérif en tamachek étaient traduits par Mossa Ag Ataher, un autre membre du MNLA.

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