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RDC: à Goma, les humanitaires font le bilan humain

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Après la libération de Goma, l’heure du bilan humanitaire a sonné. Les rebelles du M23 ont quitté cette ville clé de l’est congolais il y a une semaine. Les travailleurs humanitaires vont reprendre normalement leurs activités mais la tâche est rude : la chute de Goma a fait 130 000 déplacés.

Le fardeau humanitaire s’alourdit au Nord-Kivu. Entre avril et octobre, 330 000 personnes ont fui les combats opposant l’armée et le Mouvement du 23 mars (M23) dans cette province de l’est de la République démocratique du Congo – riche en minerai et où pullulent les groupes armés. Après quelques semaines de trêve relative, le M23 s’est emparé le 20 novembre de Goma, la capitale provinciale. Résultat : 130 000 déplacés dans la ville et ses alentours (nord, sud et ouest).

La rébellion s’est officiellement retirée de Goma le 1er décembre, suivant une demande des Etats de la région des Grands Lacs. Peu après, des déplacés accueillis par des proches sont repartis chez eux. « J’ai pris à peu près trente personnes, raconte Marc*. Avec tout ce monde, je vivais avec la peur au ventre qu’on ait une épidémie. Finalement, tout s’est bien passé. Mais d’habitude, en deux semaines, je dépense 200 dollars pour nourrir ma famille ; là j’en ai dépensé 1 000 ».

Une situation préoccupante

Des déplacés sont, eux, « retournés dans les camps en périphérie », souligne dans un communiqué Frédéric Boyer, chef du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) à Goma. Déjà avant le retrait, l’ONU estimait que 2 200 familles avaient rejoint le camp de Kanyarucinya, à une dizaine de kilomètres de la ville, et que 2 000 autres avaient regagné le Rutshuru. Ce territoire est frontalier du Rwanda et de l’Ouganda, accusés par l’ONU de soutenir le M23, ce qu’ils réfutent.

« Les mouvements de populations dans la zone de Goma semblent maintenant s’être stabilisés », explique Moustapha Soumaré, coordonateur humanitaire de l’ONU en RDC, qui profite de la réouverture de l’aéroport pour acheminer ce week-end du « cargo notamment d’Unicef et de l’OMS ». Cependant, « la situation reste préoccupante en termes de protection des civils dans la région de Goma, non seulement pour toutes les populations civiles, mais aussi en particulier pour les quelque 130 000 personnes déplacées ».

« Ces personnes ont besoin d’assistance immédiate pour leurs besoins vitaux, souligne Moustapha Soumaré. […] Mais pour que l'aide humanitaire ne serve pas d'appât aux attaques potentielles des hommes armés, un minimum de garanties sécuritaires sont nécessaires avant d'apporter de l'assistance […] sans entrave aux populations vulnérables. Et les parties au conflit sont tenues par leurs obligations de protection des civils en vertu du droit international humanitaire. »

Des camps de déplacés pillés

Une remarque qui intervient après que « des éléments armés non identifiés en provenance du parc national de Virunga ont pillé le camp des déplacés de Mugunga III, et violé quelques femmes », a déclaré mercredi la Mission de l’ONU en RDC (Monusco). Les assaillants ont entre autres volé des rations du Programme alimentaire mondial, qui a commencé la semaine dernière à distribuer de la farine, des haricots, de l’huile et du sel à environ 145 000 déplacés dans la zone de Goma, et espère en nourrir 6 500 autres dans le Rutshuru.

Alors qu’à Goma les banques et magasins rouvrent, des « écoles sont utilisées comme des cuisines, des dortoirs, des bases militaires ou des lieux pour stocker les munitions », commente Jean Metenier, chef de l’Unicef pour l’est congolais. « Les salles de classe ont été détruites ou endommagées, le matériel scolaire volé ou brûlé comme bois de chauffe et les conditions d’hygiène sont très mauvaises. […] Les enfants et les professeurs retournent peu à peu à l’école mais beaucoup ont encore peur ou n’ont pas accès à leur école. »

Risques de malnutrition

D’autres problèmes touchent les enfants, qui comptent pour la moitié des 130 000 déplacés et pour beaucoup retrouvés seuls. « La malnutrition est une source d’inquiétude dans la situation actuelle », explique Jean Metenier. Selon lui, au Centre Don Bosco, spécialisé dans l’accueil des enfants de la rue et orphelins, et où plusieurs milliers de déplacés se sont réfugiés, « 88 cas de malnutrition aiguë sévère ont été pris en charge avec le soutien de l’Unicef entre le 30 novembre et le 4 décembre ».

Il ajoute que le choléra, qui fait le lit de la malnutrition, est pour l’instant « sous contrôle » mais que la vigilance reste de mise à cause de la saison des pluies et du caractère « endémique » de la maladie dans la région. Pour prévenir une épidémie, les humanitaires sur le terrain avaient convoyé par camions des litres et des litres d’eau potable dans les camps de déplacés. Plusieurs points de chloration de l’eau ont aussi été installés au bord du lac Kivu, qui était devenu la seule source d’eau.
 

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