Mali : la communauté internationale condamne l'ingérence des militaires


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Le Mali a un nouveau Premier ministre. Dioncounda Traoré, le président par intérim a nommé Diango Sissoko qui était jusqu'ici médiateur de la République. Il succède à Cheick Modibo Diarra, contraint à la démission par d'anciens putschistes. Pour leur chef, le capitaine Sanogo, « rien ne marchait » avec lui.  Depuis leur premier putsch le 22 mars dernier, les militaires du capitaine Sanogo interfèrent donc toujours dans le jeu politique. Une ingérence condamnée par les Nations unies, les Etats-Unis, l'Europe et l'Afrique de l'Ouest. 

Ce nouveau coup de force des militaires maliens prouve, s'il le fallait, que l'armée malienne continue de faire la loi à Bamako. Si personne au Mali ou à l'extérieur ne va regretter l'éviction d'un Premier ministre jugé incompétent et assujetti à ses ambitions présidentielles, beaucoup en revanche s'inquiètent des risques à venir.

Que faire, s'interroge un haut dignitaire de l'Union africaine avec des militaires maliens qui défient la Cédéao, Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest, et la communauté internationale ?

Sur l'échiquier politique, seul le président dispose d'une légitimité constitutionnelle mais Dioncounda Traoré voudra-t-il et pourra-t-il s'imposer face au pouvoir de nuisance des casernes. Pressé par la Cédéao en aout dernier de changer d'attelage à la primature, Dioncounda Traoré avait renoncé et conservé Modibo Diarra.

Jusqu'a présent, les hommes de la garnison de Kati ont su jouer des divisions de la classe politique malienne pour maintenir leur emprise. Ce nouveau rebondissement intervient au moment même où l'Union européenne a prévu d'envoyer plusieurs centaines de militaires pour former l'armée malienne dans le but de reconquérir le Nord.

Si les putschistes du 22 mars dernier, qui s'opposent à tout projet d'intervention militaire étrangère gardent la haute main sur Bamako, la communauté internationale risque de renoncer à fournir aide et assistance. Et c'est peut-être l'objectif inavoué des hommes du camp Kati.

Va-t-on vers un renforcement du camp anti-interventionniste?

Ce nouveau coup de force pourrait inciter la communauté internationale à renoncer à son projet d'intervention et d'assistance militaire au Mali. Les Américains qui n'ont jamais été dupes de la réalité du pouvoir à Bamako, se sont déjà montrés très réticents. Ils défendent l'idée qu'il faut d'abord organiser des élections pour asseoir au Mali un pouvoir élu et légitime.

Aujourd'hui, l'option de Washington pourrait être renforcée voire faire des émules. En théorie, cette nouvelle ingérence de l'ex-junte dans le jeu politique favorise le camp des non-interventionnistes mais elle complique aussi la donne.

La médiation burkinabè de la Cédéao, convaincue désormais que la meilleure option c'est de régler la crise malienne par le dialogue politique, ne sortira peut-être pas gagnante à terme. Même chose pour l'Algérie hostile à tout déploiement militaire étranger dans sa zone d'influence.

Hier dans une interwiew à l’AFP, Agence France-Presse, le président algérien reconnaissait lui même que « le terrorisme est une menace globale qui n'a pas de nationalité, de région ou de religion; et qu'il est normal que le Mali bénéfice de l'appui de la communauté internationale pour son éradication ».