Les représentants d'Ansar Dine lors de la réunion de Ouagadougou le 4 décembre 2012.
© Reuters

En crise depuis janvier dernier, le Mali traverse une période cruciale de son Histoire. Alors que la communauté internationale est décidée à intervenir militairement pour chasser les groupes islamistes installés au nord, le président par intérim Dioncounda Traoré vient de nommer un nouveau Premier ministre. Présentation des principaux acteurs sur le terrain.

Dioncounda Traoré

Nommé président par intérim le 12 avril 2012, ce docteur en mathématique âgé de 70 ans est entré pour la première fois dans un gouvernement il y a plus de vingt ans en tant que ministre de la Fonction publique sous la présidence d’Alpha Oumar Konaré. Après s’être vu confier différents portefeuilles (Défense, Affaires étrangères, Maliens de l’extérieur, Intégration africaine), il prend la présidence de l’Assemblé nationale en septembre 2007, après la victoire aux législatives du Parti Adéma-PASJ qu’il présidait depuis 2000. C’est à ce titre qu’il s’est vu confier la fonction de président par intérim. Mardi 11 décembre au soir, il a nommé Diango Cissoko au poste de Premier minsitre après la démission de Cheikh Modibo Diarra, arrêté la veille par d’anciens officiers putschistes, hostiles à une intervention étrangère contre les islamistes au nord du pays.

Diango Cissoko

Médiateur de la République depuis mai 2012, cet homme officiellement âgé de 62 ans est considéré comme neutre. Il va devoir former un nouveau gouvernement dans l’urgence mais sa nomination a été dans l’ensemble bien accueillie, chacun louant sa personnalité consensuelle et sa bonne connaissance de la vie politique malienne. Derrière ses grosses lunettes, il arbore souvent un air sévère et rusé. Avant de devenir Premier ministre, Diango Cissoko jouait entre autre le rôle de « pompier » du triumvirat qui gérait le pays. On l’avait vu par exemple à l'époque aplanir les différents entre l'ex-junte et le président Dioncounda Traoré. Pour réussir sa mission, le nouveau Premier ministre dispose de trois gros atouts. D'abord, il n'est pas candidat à la prochaine présidentielle et donc sans arrière-pensées. Ensuite, il peut se placer au-dessus de la mêlée car il n'est militant actif d'aucun parti. Enfin, c’est un gros travailleur qui connaît tous les acteurs de la crise.

Amadou Haya Sanogo

A la tête du coup d’Etat qui a renversé le président Amadou Toumani Touré le 22 mars dernier, cet obscur capitaine âgé de 40 ans a suivi une éphémère formation militaire aux Etats-Unis dans les années 2000, notamment à l’école des officiers de l’armée de terre de Fort Benning, en Géorgie. Il est resté en tout et pour tout chef de l’Etat durant 20 jours avant de passer le pouvoir à Dioncounda Traoré le 12 avril sous la pression internationale et après un accord avec les médiateurs de la Cédéao. C’est durant son court passage au pouvoir que la rébellion en a profité pour prendre le contrôle du nord du pays. Bien qu’il ne soit plus au pouvoir, le capitaine Sanogo exerce toujours une grande influence dans les affaires du pays. Il a entre autres été nommé en août par Dioncounda Traoré à la tête d’un Comité de réforme de l’armée.

Aqmi (al-Qaïda au Maghreb Islamique)

Cette organisation islamiste armée est issue de l’ancien GIA algérien, créé en 1998. Fondé par l’Algérien Abdelmalek Droukdel (42 ans), le mouvement a été adoubé par al-Qaïda d’Oussama ben Laden en 2007 et a progressivement étendu sa zone d’opération à l’ensemble du Maghreb ainsi qu’à une très grande partie du Sahel. L’organisation jihadiste s’est spécialisée dans les prises d‘otages occidentaux, les rançons versées représentant l’essentiel de ses ressources, avec le trafic de drogue. Composé pour une grande part par des Mauritaniens et des Maliens mais toujours dirigé par des Algériens, le mouvement serait composé d’un millier d’hommes déployés dans les phalanges du Sahara (ou katibas) regroupées au nord du Mali. Aqmi bénéficierait de nombreuses complicités parmi les officiels et les militaires pour poursuivre ses exactions dans la région, d’où son étonnante liberté de mouvement. Positionnés depuis janvier 2012 à Tombouctou qui est devenue son principal bastion, Aqmi a pour principal allié dans le nord du Mali, le groupe islamiste Ansar Dine, dirigé par un Malien, Iyad Ag Ghaly. Par pur stratégie, les jihadistes n'ont pas de véritables dispositifs sécuritaires dans les principales villes du septentrion malien.

Ansar Dine

Sous cette appellation qui signifie littéralement « Défenseurs de l’islam » en arabe, ce mouvement qui prône un islam radical est officiellement entré en scène en novembre 2011. Fondé par Iyad Ag Ghaly, l’un des principaux leaders de la rébellion touarègue des années 1990 qui est également le cousin de l’un des chefs locaux d’Aqmi, Hamada Ag Hama, Ansar Dine s’est fixé pour objectif d’imposer la charia dans tout le pays et de faire du Mali une théocratie. Fin janvier, l’organisation a pris le contrôle d’un vaste territoire au nord du pays, occupant les villes de Tinzouaten, Tessalit et Aguelhok, proches de la frontière algérienne, exécutant ce jour-là 82 soldats et civils. Avec le soutien de certains éléments d’Aqmi et du MLNA, le mouvement prend, dans les jours qui suivent, le contrôle des villes de Kidal, Gao et Tombouctou et y impose la charia. Fin juin, Ansar Dine procède à la destruction de plusieurs mausolées de saints musulmans à Tombouctou, en représailles à la décision de l’Unesco de classer la ville « patrimoine mondial en péril ». Depuis, l’organisation a néanmoins appelé au dialogue et s’est dit prête à renoncer à imposer la charia en dehors de son fief de Kidal.

MLNA (Mouvement national de libération de l’Azawad)

Le MNLA est apparu dans le conflit le 16 octobre 2011 lorsqu’il a revendiqué l’autodétermination et l’indépendance de l’Azawad (zone du nord du pays regroupant les régions de Tombouctou, Kidal et Gao), dans le but de « se libérer du colonialisme malien ». A l’instar d’Ansar Dine, le MNLA s’est allié à Aqmi sur certaines opérations. Se revendiquant laïc, il refuse en revanche de fusionner avec Ansar Dine qui le chasse de Tombouctou à la fin juin. Héritier des différentes rébellions touarègues qui se sont succédé depuis le début du XXe siècle, le MNLA a annoncé le 7 juin la création d’un Conseil exécutif de l’Azawad, sorte de gouvernement parallèle présidé par Bilal Ag Achérif. Blessé le 27 juin à Gao lors d’un affrontement avec le Mujao, ce dernier est évacué au Burkina Faso pour y être soigné. Fin novembre, il est reçu pendant deux heures à l’Elysée par le représentant spécial de la France pour le Sahel, Jean Félix-Paganon. Evincé du nord du Mali par les islamistes, le MNLA cherche désormais des soutiens pour se repositionner dans sa zone d’influence historique.

La katiba el-Mouwakaoune Bidima

Créée début décembre 2012 par l’Algérien Mokhtar Belmokhtar (40 ans), un ancien chef d'Aqmi, son nom qui signifie « la Phalange des signataires par le sang » rappelle la devise du GIA qui était : « Du sang, du sang, de la destruction, de la destruction. Ni trêve, ni dialogue, ni réconciliation ! ». Ce nouveau groupe est le résultat d'une lutte d'influence au sein de la hiérarchie d'Aqmi, Abdelmalek Droukdel ayant décidé d'isoler Belmokhtar. Actif dans le Sahara depuis la fin des années 90 et au nord du Mali depuis 2002, ce dernier est le présumé commanditaire de la mort de quatre Français près d’Aleg en Mauritanie le 24 décembre 2007, acte qui avait provoqué l’annulation de l’édition 2008 du rallye Paris-Dakar. Belmokhtar est présenté à tort comme un trafiquant de cigarettes (Mister Marlboro) mais c’est avant tout un jihadiste, qui affirme avoir combattu en Afghanistan contre les Soviétiques et dit vouloir aider à la consolidation du règne de la charia dans le nord du Mali. Il s’oppose à toute intervention étrangère dans la région. Il appelle malgré tout les musulmans du monde entier à venir renforcer les rangs des jihadistes dans la région.

Mujao (Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest)

Le Mujao est issu d’une scission avec Aqmi opérée durant l’été 2011 à l'initiative de son chef, le Mauritanien Hamada Ould Mohamed Kheirou. Des quatre groupes rebelles impliqués au nord du Mali, il est désormais considéré comme le plus dangereux, adepte d’un terrorisme tous azimuts dans le but d’étendre l’insurrection islamiste dans toute la région. Le 27 juin, le Mujao a pris le contrôle de Gao après des combats avec le MNLA. Le 22 novembre, il a revendiqué l’enlèvement de Gilberto Rodriguez Leal, le troisième otage français détenu au Mali avec Serge Lazarevic et Philippe Verdon, enlevés par Aqmi le 24 novembre 2011 à Hombori. Disposant de moyens armés importants, le Mujao séduit de plus en plus d’apprentis jihadistes subsahariens, moins tentés par Aqmi.

Avec Serge Daniel à Bamako


Mise à jour du 17 décembre 2012 : La rédaction multimédia de RFI a procédé à de légères modifications de cet article, après que quelques erreurs de dates et des imprécisions nous ont été signalées.

Republier ce contenu

Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.