Libye: des populations inquiètes face à la fermeture des frontières


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Le sud libyen devrait bientôt être bouclé. La Libye a annoncé, ce lundi 17 décembre, la fermeture de ses frontières avec quatre de ses voisins : l’Algérie, le Niger, le Tchad et le Soudan. Tripoli évoque, pour justifier sa décision, la détérioration de la sécurité dans la région. Pour le Niger, il s’agit d’une décision « salutaire » mais pour les populations des régions frontalières, c’est l’inquiétude.

C’est l’Assemblée nationale, la plus haute autorité politique du pays, qui a décidé la fermeture temporaire des frontières et de la circulation des biens et des personnes avec les pays voisins. La région du sud libyen est désormais considérée comme « zone militaire fermée ». La Libye ne veut plus être une passoire pour toutes sortes de trafics, tels que le trafic de drogue et le trafic d’armes ou encore pour la présence de groupuscules armés qui agissent en toute impunité. Le pays craint également une hausse de flux d’immigrés clandestins, si une action militaire étrangère au nord du Mali venait à se produire.

Selon les députés libyens, « les gouvernements voisins comprendront » la décision. Mais dans la région, c’est plutôt le mécontentement qui s’est installé.

Joint par RFI, Barka Wardougou, chef Toubou et commandant militaire de la région de Morzouk, en Libye, affirme que le gouvernement libyen « s’est précipité en prenant cette décision ». Selon lui, la fermeture des frontières « n’est vraiment pas une solution et ce n’est dans l’intérêt de personne ». Barka Wardougou assure, par ailleurs, être en mesure de gérer la situation.

Nous sommes capables de gérer tout cela (trafic d’armes et de drogue) ; nous avons juste demandé qu’on nous donne des moyens supplémentaires.
Barka Wardougou
11-10-2013 - Par Sami Boukhelifa

Inquiétude au sujet de l’impact économique

C'est une très mauvaise nouvelle pour la région d'Agadez. La première source de revenus est l'élevage et l'essentiel des ventes se fait en direction de la Libye.
Mano Ag Ali, président de l'ONG Homme Environnement Développement Tamat, basée à Agadez
11-10-2013 - Par Laurent Correau

Les autorités nigériennes ont jugé « salutaire » cette décision de la Libye de fermer ses frontières avec ses voisins du sud mais elles ont aussi reconnu que cette décision affecterait les échanges commerciaux, notamment avec le nord du Niger, frontalier de la Libye. « C’est sûr que ça aura des effets négatifs, notamment dans le flux du commerce et le déplacement des personnes. Nous avons beaucoup de nos compatriotes qui ont des intérêts en Libye », a déclaré le chef de la diplomatie nigérienne, Mohamed Bazoum.

Même perception dans le nord du Niger où certains s’inquiètent déjà de l’impact économique qu’aura cette fermeture des frontières. C’est le cas notamment des populations du nord du Tchad. De nombreux produits disponibles sur les marchés viennent de Sebha et de Koufra, dans le sud de la Libye. Les habitants craignent une pénurie de produits sur le marché et une forte augmentation du prix de certains produits comme la farine, le riz, l’huile et le carburant.

Joint par RFI, Abdallah Djemil, directeur de Radio Palmeraie - radio communautaire de Faya Largeau, chef lieu de la région du Borkou dans le nord du Tchad – considère d’ores et déjà que la situation sera très difficile.

Les prix seront en hausse et il y aura un manque total de produits. C’est sûr.
Abdallah Djemil
11-10-2013 - Par Laurent Correau

 

Le risque d’infiltration de groupes pro-Kadhafi

Si les questions d'immigration illégale et de trafic de tous genres sont récurrentes, l'élément nouveau, pour le régime de Tripoli, c'est le risque d'infiltration de groupes kadhafistes qui tenteraient de déstabiliser le nouveau pouvoir libyen. Des membres et proches de la famille de feu le colonel Kadhafi, ainsi que bon nombre de ses officiers et sous-officiers, ont trouvé refuge dans les pays voisins. Au Niger, la présence de Saadi Kadhafi empoisonne d'ailleurs gravement les relations entre Tripoli et Niamey. A l'occasion de sa récente tournée régionale, le Premier ministre libyen a réitéré la demande d'extradition du fils Kadhafi. Sans succès. Au Niger, mais aussi au Tchad et au Soudan, Ali Zeidan a souhaité que des actions communes puissent être mises en œuvre pour mieux contrôler les frontières. Le Premier ministre libyen a même évoqué, à Khartoum, sa volonté d'organiser un sommet régional pour sécuriser les frontières contre les terroristes. Il est vrai que cette bande sahélo-saharienne est devenue le terrain de jeu d'une multitude de groupes armés. La conquête du nord du Mali par des rebelles touaregs, alliés aux salafistes d'Aqmi, a renforcé l'inquiétude. Les nostalgiques de Mouammar Kadhafi pourraient profiter de cette situation pour se constituer une base arrière. Tripoli veut donc lutter contre la porosité de ses frontières.

 

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