Cameroun: peine de prison ferme confirmée pour un jeune homosexuel


©

La Cour d’appel de Yaoundé a confirmé, ce lundi 17 décembre, la condamnation du jeune Camerounais Roger Mbédé à trois ans de prison ferme « pour homosexualité ». Ses défenseurs se disent choqués par cette décision des juges, tout en précisant que leur client allait se pourvoir en cassation.

« Sous le choc. » « Consternation. » « Une condamnation scandaleuse. » Tels étaient les mots et expressions des défenseurs de Roger Mbédé après le verdict de la Cour d’appel de Yaoundé. Pourtant, le procureur général a estimé que le dossier « était vide » et qu'« on ne pouvait pas établir l’infraction ».

« Le plaignant – celui qui s’est plaint d’homosexualité – ne s’est jamais présenté au tribunal et n’a jamais apporté des éléments pour que le procureur puisse soutenir une quelconque accusation », a affirmé Maître Alice Nkom, une des avocates de Roger Mbédé, jointe par RFI, outrée de voir que les juges n’avaient pas tenu compte des propos du procureur général.

Roger Mbédé a été reconnu coupable sur la base d’un SMS amoureux adressé à un autre homme où il était écrit : « Je suis très amoureux de toi. » Il a été dénoncé par le destinataire du message, puis arrêté et écroué à la prison Kondengui de Yaoundé. Le 28 avril 2011, il a été condamné à trois ans de prison avant d’être remis en liberté provisoire, le 16 juillet 2012.

Roger Mbédé n’était pas présent à la Cour ce lundi, au moment où le verdict a été rendu, car il aurait été aussitôt arrêté dans la salle. Pour Maître Alice Nkom, avocate au barreau du Cameroun et présidente de l’association de défense des droits des homosexuels, ce verdict est à la fois choquant et inqualifiable.

C’est inquiétant pour la justice, les droits et les libertés au Cameroun.
Maître Alice Nkom
11-10-2013 - Par Zéphyrin Kouadio

Maître Alice Nkom a par ailleurs précisé qu’elle attend maintenant la phase finale, à savoir, la décision de la Cour suprême.

Mobilisation pour la libération des condamnés

Depuis le début de cette affaire, Roger Mbédé a reçu le soutien de milliers de personnes, de plusieurs organisations et notamment de l’ONG All Out. Cette organisation de défense des LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres) basée aux Etats-Unis souligne que « près de 120 000 membres du mouvement sont mobilisés en faveur de Roger » et assure qu’elle « continuera sa campagne afin que le président camerounais , Paul Biya, fasse libérer les détenus condamnés pour homosexualité et qu’il abolisse les lois homophobes toujours en vigueur » au Cameroun.

De son côté, le bureau du Haut Commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme (HCDH) a lui aussi dénoncé l’emprisonnement des homosexuels et la loi qui permet ces détentions. « La loi, telle quelle est, est une atteinte aux engagements internationaux du Cameroun sur les droits humains et viole les droits à la vie privée », a annoncé le HCDH dans un communiqué. Par ailleurs, le bureau du HCDH s’inquiète de « recevoir des témoignages de menaces anonymes à l’encontre des défenseurs des droits de l’Homme travaillant à la protection des LGBT ».

Joint par RFI, Parfait Behen, président d’Alternatives Cameroun, association des droits de l’homme, se réjouit de toutes ces initiatives, à travers le monde, qui appellent à l’abrogation des lois « discriminatoires » à l’égard des homosexuels au Cameroun, et du soutien à Roger Mbédé. Au sein de son association, nous dit Parfait Behen, la lutte contre les dysfonctionnements du système judiciaire camerounais se poursuit.

On ne respecte pas le droit.
Parfait Behen
11-10-2013 - Par Zéphyrin Kouadio

En 2011, quatorze condamnations pour homosexualité ont été prononcées au Cameroun. La loi prévoit des peines pouvant aller jusqu’à cinq ans de prison ferme pour les relations entre personnes du même sexe.