Diango Cissoko sur RFI: «La réconciliation est indispensable pour rétablir l’unité du Mali»

Le nouveau Premier ministre malien Diango Cissoko.
© AFP / HABIBOU KOUYATE

Après avoir formé son gouvernement samedi, Diango Cissoko, le nouveau Premier ministre, va tenter de trouver des solutions à la crise malienne. Au micro de RFI, Diango Cissoko définit les priorités du gouvernement : la reconquête du nord du Mali et l’organisation d’«élections crédibles». Des élections qui intégreraient toutes les composantes de la population y compris les déplacés. Le Premier ministre rappelle son attachement à la réconciliation qu’il considère comme incontournable.

Monsieur le Premier ministre, votre gouvernement ressemble finalement beaucoup au précédent. Qu’avez-vous voulu privilégier dans votre équipe ?

Il y a l’efficacité et la représentativité. Il fallait un gouvernement d’union nationale inclusif, mais où les nominations sont fondées sur la compétence et l’intégrité.

Qu’allez-vous dire à vos ministres prochainement ?

C’est le président de la République qui va s’adresser au gouvernement, lors du prochain Conseil des ministres. Et ce sera, probablement, mercredi prochain. Quant à moi, je recevrai les ministres au cours d’un conseil de cabinet mardi 17 décembre. Nous allons conduire une action, tenant compte de l’ensemble des préoccupations de notre pays. La mission principale du gouvernement de transition, c’est la récupération du nord de notre pays et l’organisation d’élections crédibles. Mais, concomitamment, nous sommes chargés de traiter les problèmes quotidiens des Maliens.

Prenons, justement sur ces deux missions, le cas des élections. Pensez-vous qu’il peut y avoir des élections organisées avant la fin de la transition, c'est-à-dire avant le mois d’avril ?

Les élections seront organisées dès que possible. S’il nous faut organiser des élections crédibles, il ne faut pas organiser des élections à l’issue desquelles une crise postélectorale va éclater.

Mais il peut y avoir des élections organisées avant une intervention militaire dans le Nord ?

Pourquoi pas ?

Sous-entendu, des élections avec les réfugiés dans les camps, avec les déplacés dans le Sud ?

Avec les réfugiés dans le camp, avec les déplacés dans le Sud, mais avec nos populations qui sont restées sur place à Gao, à Tombouctou et à Kidal.

Comment faire pour ça ?

Il nous faut sécuriser les grandes agglomérations du Nord ! On ne peut pas organiser d’élections sans les grandes agglomérations du Nord ! Sinon, ce serait consacrer même la partition de notre pays !

Une intervention militaire malienne est-elle imaginable avant l’intervention internationale ?

Dès que nous en aurons les moyens, si l’intervention militaire est indispensable, nous la mènerons.

Avant même l’intervention africaine ?

Pourquoi pas ? Eventuellement. L’armée malienne est en train de se préparer. Et dès qu’elle sera prête, nous évaluerons la situation, si nous devons intervenir seuls ou avec les forces de la Cédéao (Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest) notamment. Et nous comptons beaucoup sur la communauté internationale pour nous accompagner et sortir de cette crise.

Dans le gouvernement, les principaux postes ministériels, de la Défense, de l'administration territoriale, et de la Justice, sont toujours détenus par des proches de l’ex-junte. N’est-ce pas gênant ?

Ça ne me gêne aucunement. Le gouvernement est une équipe collégiale solidaire. Surtout solidaire ! Et le chef du gouvernement dirige et coordonne l’action du gouvernement. Ces prérogatives, je les exercerai pleinement.

Donc c’est clair, le chef du gouvernement c’est vous. Ce n’est pas le capitaine Sanogo ?

Non ! Le capitaine Sanogo n’est même pas membre du gouvernement ! Le chef du gouvernement c’est moi ! Et le gouvernement exercera ses prérogatives, évidemment, sous l’autorité du président de la République !

Que répondez-vous à tous ceux – l’Union africaine, l’Union européenne, les Etats-Unis – qui demandent aux militaires de ne pas s’immiscer dans le processus de transition au Mali ?

Moi, je n’ai pas le sentiment que dans les missions du gouvernement, les militaires s’immiscent de façon à troubler le cours de la transition. Mais je ne néglige pas ce qui a été dit. Maintenant je viens de prendre la tête du gouvernement, j’apprécierai chaque acte qui sera posé par les uns et les autres.

Vous avez condamné la façon dont Cheick Modibo Diarra, votre prédécesseur, a été obligé de démissionner ?

Condamné… La question ne m’a jamais été posée.

Je vous la pose.

Vous me la posez… Ce n’est pas orthodoxe, ce qui est arrivé. C’est ce que je peux vous dire.

On parle des missions. Vous allez commencer par quoi ?

J’ai reçu toute la journée les forces vives de la nation.

Vous avez leur soutien ?

J’ai leur soutien unanime et sans aucune réserve ! C’est fondamental pour la suite.

Croyez-vous à un dialogue possible et des négociations avec le MNLA (Mouvement national de libération de l'Azawad) et Ansar Dine ?

Le dialogue est indispensable ! Nous sommes entre Maliens. Qu’il y ait un dialogue des Maliens qui ne partagent pas la même vision de la gouvernance de notre pays, c’est tout à fait normal, et nous engagerons le dialogue dès que possible. Il aura probablement lieu au Mali.

C’est un souhait de votre part ?

C’est un souhait de ma part et je ferai en sorte que ce souhait soit suivi par les décideurs.

Est-ce que dans ce dialogue vous allez intégrer l’ensemble des communautés du Nord, c'est-à-dire pas uniquement les groupes armés, mais aussi les Peuls, les Songhaïs ?

Mais bien sûr ! Bien sûr !

La réconciliation, elle est indispensable ?

Elle est indispensable ! Incontournable, pour rétablir l’unité du Mali, l’intégrité territoriale du Mali ! Nous sommes un pays aujourd’hui en grande difficulté. Les trois quarts de notre pays sont occupés par des bandes armées. Notre démocratie est menacée. Mais le Mali, dans ce genre de situation, a toujours su trouver les ressources nécessaires pour rebondir. Je suis convaincu que le Mali rebondira.

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