«Paradis Amour», une Afrique sans amour - Afrique - RFI

 

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«Paradis Amour», une Afrique sans amour

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C’est le premier volet d’une trilogie sur l’envie viscérale de bonheur qui sort ce mercredi 9 janvier sur les écrans en France. Paradis Amour, de l’Autrichien Ulrich Seidl, décrypte une réalité cynique avec des images crues et frontales : des jeunes Kényans qui se prostituent pour soutirer de l’argent à des vieilles Européennes.

Le paradis se trouve d’abord à bord d’auto-tamponneuses. Des trisomiques et handicapés s’y amusent avec une joie infinie et des rires fous sur une fête foraine quelque part en Autriche. Une travailleuse sociale les surveille. Elle va rentrer ensuite dans son immeuble gris et son appartement neutre et ordonné pour faire les valises et placer sa fille. Enfin seule, elle peut partir en vacances.

« Hakuna Matata »

Destination Kenya. L’entrée dans le paradis se fait par la porte « Amour ». Dans le bus, avant leur arrivée, un guide répète avec les touristes les mots clés de leur séjour : « Hakuna Matata », « Pas de problème ». Dans le hall d’entrée de l’hôtel, des Africaines alignées, habillées en costumes traditionnels, entonnent des chants folkloriques. A la plage, l’apartheid touristique détermine que la place des Blanches est sur les transats. De l’autre côté, debout, séparés par un fil, attendent des Noirs pour offrir leurs « services ». Entre les deux parties patrouille un agent de sécurité. On se croirait à l’exposition internationale de 1936 à Paris, avec des zoos humains peuplés de « sauvages », mais on est bien au 21e siècle dans une zone touristique en Afrique.

Ce sont des Autrichiennes sans mauvaise conscience du passé colonial qui se transforment, le temps d’un séjour, en sugar mamas  qui entretiennent des beachboys kényans. Ulrich Seidl suit Teresa, une femme quinquagénaire et bien enveloppée, dans sa quête d’un paradis exotique au Kenya. A son arrivée, la première chose qu’elle fait, est de désinfecter le lavabo et les lunettes de toilette. A part cela, elle croit très fort au rêve, au prix d’un billet d’avion.

« La peau d’un nègre »
 
La caméra se braque sans pitié sur les sugar mamas. Très vite surgit la pensée profonde de leur désir : renifler « la peau d’un nègre », admirer leurs « belles dents », leur apprendre « les manières » et l’« amour »… Même le secret qui restait en Europe inavouable, sort enfin sans gêne : être désirée avec la graisse qui se cumule et les seins qui tombent. « L’amour ne finit jamais en Afrique », rassure Gabriel sa sugar mama. Mais quelques jours plus tard, les masques tombent. Il n’y a plus de doute sur le mobile seul et unique : l’argent.

Margarethe Tiesel interprète avec un grand naturel et sans limite dans les facettes du jeu la descente infernale de la touriste autrichienne. De la quinquagénaire inhibée et complexée jusqu’à la sugar mama sans scrupule qui paye pour être satisfaite et qui est uniquement satisfaite quand elle paye. Avec son casting, Ulrich Seidl défraye volontairement la chronique. Ses comédiens sont aussi dans la vie des beachboys véritables : Gabriel Nguma Mwarua (Gabriel) se vante d’avoir déjà eu des relations sexuelles avec trois sugar mamas. Carlos Mkutano (Salama) a habité quatre ans en Allemagne avec une sugar mama, Peter Kuzungu (Munga), le beachboy coiffé rasta est en plus bigame, marié avec une Africaine et une Allemande.

L'impérialisme sexuel

Le réalisateur autrichien Ulrich Seidl, né en 1955 à Vienne. Happiness Distribution
Paradis : Amour
intrigue à plusieurs niveaux : d’abord, ce ne sont pas les hommes, mais les femmes qui exercent cet impérialisme sexuel. Avec l’assurance et l’arrogance de leur pouvoir d’achat, elle n’hésitent pas à frapper et à humilier leurs objets de désir. Pour son anniversaire, Teresa se voit offrir comme cadeau un jeune Kényan avec un pénis enrubanné : « Il est pour toi, tout pour toi. De la tête à la queue ». Bien entendu, les jeunes Kényans ne sont pas que des victimes. Ils exploitent aussi au maximum leurs « proies » féminines. Malheureusement, cette finesse du scénario atteint vite ses limites.

En parlant constamment d’Africains quand il s’agit de quelques beachboys kényans qui harcèlent les touristes, le film provoque un grand malaise. C’est particulièrement pénible quand Seidel revendique que ses histoires fictives « réinventent la réalité » et sont tournées sur les lieux réels de l’action. Le tournage sur la côte kényane a été particulièrement difficile, témoigne Gabriela Jemelka, l’assistante personnelle d’Ulrich Seidl, dans le dossier du film : « Lors du tournage sur la plage, des gens armés nous ont soudain encerclés et ont procédé à l’ "arrestation" du beachboy Gabriel. Ils se sont emparés de lui et l’ont emmené en bateau. On nous a alors expliqué que c’était parce que notre film diffamait le Kenya mais en fait, c’était juste pour exiger un bakchich. »

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