Mali : affrontements entre militaires et islamistes après une tentative d'incursion des jihadistes


©

D'intenses affrontements ont été signalés le 9 janvier 2013 dans les environs de Konna, dans le centre du Mali sur la ligne de démarcation qui sépare le Nord contrôlé par les islamistes du sud du pays. Des sources militaires maliennes invoquent une tentative d'incursion des combattants islamistes qui aurait été repoussée. il semble clair que l'armée malienne tente de sécuriser un périmètre autour de Konna. Ce lieu est devenu - comme toute la région de Mopti - le verrou que l'armée veut rendre infranchissable. Pour éviter que les mouvements islamistes puissent poursuivre son avancée vers le sud.

C’est une première depuis neuf mois. L’armée malienne et les jihadistes s’affrontent sur la ligne de démarcation à environ 700 kilomètres au nord de Bamako. Les combats ont eu lieu entre Konna (environ 70 km au nord de Mopti), sous contrôle gouvernemental, et Douentza (145 km au nord-est de Mopti), sous contrôle des islamistes.

Dans le camp des jihadistes, il faut compter les combattants d’Aqmi, al-Qaïda au Maghreb islamique, d’Ansar Dine, du Mujao, Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest, et même des éléments de la secte Boko Haram.

Il y a de nombreux tirs nourris. Selon une source indépendante contactée par RFI, l’armée malienne a déployé de grands moyens, des blindés et surtout des renforts de troupes arrivées du sud du pays.

Aucune des deux parties n’avance pour le moment un bilan. Et il semble bien que même si ce sont les premiers affrontements de cette envergure, ils risquent de n’être pas les derniers. Dans la nuit de mercredi à jeudi, l’armée malienne s’est déployée dans toute la région, avec un équipement, dit-on, adapté.

Et ce jeudi, une nouvelle réunion de l’état-major est envisagée ici à Bamako pour faire le point de la situation, alors qu’en face, très probablement, les jihadistes, qui peuvent être redoutables, s’organisent également.

Réactions contrastées aux manifestations

Sur le plan politique, plusieurs centaines de personnes ont manifesté mercredi à Bamako et Kati, siège de la junte, pour réclamer notamment des « concertations » sur la transition au Mali, et le départ du président intérimaire Dioncounda Traoré qu'elles accusaient de trahison. L'appel à manifester a été lancé par plusieurs organisations, dont des coalitions politiques partisanes du coup d'Etat militaire du 22 mars au Mali.

Comme la Copam-Forces vives (Coordination des organisations patriotiques pour le  Mali) l'une des organisations qui a lancé l'appel à manifester hier et qui appelle à une nouvelle manifestation ce jeudi pour réclamer la tenue de concertations nationales. Hamadoun Guindo, son président s'en explique.

Ce n'est pas au président intérimaire Dioncounda Traoré de décider tout et tout seul. Nous avons besoin de débattre de tout cela. Il faut donc négocier.
Hamadoune Guindo
10-10-2013 - Par Nicolas Champeaux

A l'inverse, Amadou Koïta, porte-parole du FDR, Front du refus, qui a tenu une réunion extraordinaire suite à la manifestation, condamne avec la plus grande fermeté l'initiative des groupes politiques à l'initiative du sit-in.

Au moment où les islamistes se donnent la main pour déstabiliser le Mali. L'armée malienne n'a pas besoin d'un conflit au sommet de l'Etat. La leçon que doit donner le peuple malien c'est celle de l'unité.
Amadou Koïta
10-10-2013 - Par Nicolas Champeaux

Objectifs divergents

Les uns exigent la tenue d’une conférence nationale souveraine, un peu comme celle qu’a connue le Bénin, dans les années 1990. Les autres répondent qu’il n’en est pas question.

Les premiers forment une coalition au sein de laquelle on retrouve partis politiques et associations et syndicalistes maliens. Les seconds réunis au sein du Front uni pour la sauvegarde de la démocratie et de la République, FDR, comptent également de « grosses cylindrées » de la classe politique malienne, des associations et des syndicats.

Entre les deux groupes, c’est pour le moment, la guerre des communiqués. Si le premier groupe, qui organise actuellement les marches, obtient gain de cause, il faut s’attendre à une dissolution de l’Assemblée nationale, les pleins pouvoirs pour des alliés désignés et même probablement l’instauration d'un régime d'exception avec l’élaboration d’une feuille de route.

En revanche, si c’est finalement le FDR qui remporte la bataille, l’Assemblée nationale devrait rester en place et la feuille de route sera probablement présentée devant les députés. Pour le moment, il se dit, sans véritable preuve, que les deux camps ont des soutiens civils et militaires.

Sur le plan diplomatique

Dans ce contexte tendu, les diplomates défilent à Bamako : Djibril Bassolé, l'envoyé du médiateur de la Cédéao (Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest), était le 9 janvier dans la capitale malienne pour une journée marathon, avant de rentrer à Ouagadougou où il doit s'entretenir ce jeudi avec le corps diplomatique sur la situation malienne puis recevoir la presse.

Aujourd'hui, c'est Romano Prodi, l'envoyé spécial de l'ONU, qui sera à Bamako, une visite qui coïncidera avec celle de Pierre Buyoya le représentant de l'Union africaine pour le Mali. Pierre Buyoya qui avait prévu ce déplacement depuis au moins une quinzaine de jours, bien avant les derniers événements au nord du pays et les manifestations d'hier dans la capitale malienne.

De son côté, le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, en visite au Niger hier, a souhaité une solution « rapide » de la crise au Mali voisin, préconisant, mais en dernier recours, une action militaire à laquelle la Turquie pourrait « coopérer ».

Il n'y a pas de discussion en cours au sein de l'Otan sur une possible participation à une force internationale au Mali, a indiqué mercredi un responsable de l'Alliance atlantique. La veille, le président en exercice de l'UA, le Béninois Thomas Boni Yayi, a provoqué une certaine surprise en déclarant lors d'une visite au Canada, qu'il souhaitait que l'Otan participe à la coalition internationale qui doit être formée pour aider le Mali à reconquérir le nord du pays.

Robert Fowler, un ex-diplomate canadien qui fut kidnappé au Niger, il y a quatre ans (avec son collègue Louis Guay), et détenu pendant quatre mois dans le nord du Mali, croit au contraire que les pays de l'Otan et notamment le Canada devraient apporter leur contribution.

Republier ce contenu

Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.