L'intervention militaire au Mali freine l'activité agricole


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La vallée du Niger, riche région agricole malienne, se retrouve au cœur des combats. Routes coupées, marchés suspendus, récoltes abandonnées... L'intervention militaire bloque aujourd'hui les activités économiques de la zone.

A cheval entre la zone occupée par les islamistes et la zone libre, la vallée du Niger se retrouve au cœur des combats. Les conséquences économiques sont lourdes car elle représente l'une des principales régions agricoles du pays.

Selon l'OCDE, la production de riz y est en plein essor depuis plusieurs années. Les périmètres irrigués des plaines de Koriomé Daye et Amadia, à une dizaine de kilomètres au sud de Tombouctou, ont produit à elles seules 360 000 tonnes de « paddy » [riz complet, ndlr] en 2012, soit 20% de la production malienne. A quelques kilomètres de là, la zone de Diré-Goudam produit 80% du blé malien.

Activités suspendues

Lundi, les islamistes ont récupéré la ville de Diabaly. Cette région constitue la deuxième plus grande de l'Office du Niger, une entreprise publique malienne qui gère l’un des plus étendus et des plus anciens périmètres irrigués de l’Afrique de l’Ouest.

« Autour de Diabaly, il y a des cultures de riz. Normalement, c'est la haute saison mais les jihadistes empêchent les gens de sortir. Ce sera une grande perte pour les producteurs car ils ne peuvent pas aller dans les champs », explique Falry Boly, vice-président du Sexagon (Syndicat des exploitants agricoles de l'Office du Niger). Pour éviter des regroupements de personnes, les marchés ont été suspendus et les routes sont bloquées en direction du Nord depuis la ville de Niono.

Pas de plan économique

Abdulaye Niang est le fondateur de la société Tambaroua Business Farming et se trouve à Samanko, une zone maraîchère importante à quelques kilomètres de Bamako. On y produit des tomates, des poivrons, des concombres. Pour l'heure, le commerce y est encore normal. Abdulaye Niang n'est pas convaincu par l'intervention française au nord du pays : « Sur le plan économique, à long terme, la présence française n'est pas très bonne pour le Mali. L'intervention aurait dû être organisée différemment, en fonction du poids économique de chaque région. Il fallait plus de cohérence et l'Afrique est trop marginale dans cette opération ».

Sur le site du quotidien Le Monde, Philippe Hugon, directeur de recherche à l'IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques), regrette que la question économique soit la grande absente des projets en cours. « Les causes profondes de la crise au Mali renvoient à la conjonction d'un explosion démographique, de jeunes sans perspective, de la prolifération des trafics, de crises environnementales et alimentaires et de l'extension d'un islam radical sous l'influence de puissances non africaines. [...] Eviter l'enlisement du conflit ou son déplacement vers d'autres zones suppose des projets offrant aux jeunes des opportunités de revenus et d'insertion sociale ».

Depuis 2001, l'Agence française de développement (AFD) a engagé près de 215 millions d'euros d'aide au Mali, essentiellement sous forme de subventions. L'aide au secteur agricole compte pour environ 35% de cette somme.