Prise d'otages d'In Amenas: Alger sous pression

L'Algérien Mokhtar Belmokhtar, surnommé «le Borgne» .
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Mercredi 16 janvier au matin un commando islamiste d'une vingtaine d'hommes a réussi à s'introduire dans le vaste complexe gazier d'In Amenas, dans le sud-est algérien. Une quarantaine d'employés occidentaux est toujours retenue en otages sur le site. Durant la nuit, les forces de sécurité algériennes auraient tenté un assaut, sans succès. Elles continuent à encercler le site. Mais les ravisseurs, qui se revendiquent de l'ex-membre d'Aqmi, Mokhtar Belmokhtar, leur demandent de quitter la zone. Ils exigent « la fin de l'agression française au Mali » et de pouvoir quitter le pays. Alger refuse de répondre aux revendications.

Aux dernières nouvelles, les islamistes prétendent qu’ils ont repoussé une attaque de l’armée algérienne pendant la nuit. Selon la télévision qatarienne Al-Jazeera, ils exigent le retrait de l'armée algérienne en préalable à toute négociation. L’armée algérienne, les services de sécurité et le groupe d’intervention spéciale (GIS) encerclent la plateforme gazière.

Ce matin, le bilan est d’une quarantaine d’otages dont un Français, selon nos informations. Cependant, Paris ne confirme rien sur la présence de notre ressortissant parmi les otages.

Les 150 Algériens, eux, auraient été relâchés de la base. Mais le PDG français de CIS Catering affirmait mercredi soir au JDD.fr qu'ils sont au contraire retenus dans la base. Les informations qui filtrent à Alger restent donc très confuses, compte tenu de la distance avec le site d'In Amenas, en plein désert.

Jeudi matin, le bilan de l’attaque est de deux morts, dont un Britannique, et d’environ six blessés.

L’armée discute avec les terroristes mais on sait que ces derniers ont piégé toute la base. Ils ont posé des explosifs sur certains otages et ils menacent de tout faire exploser. Du côté des autorités algériennes, la ligne de conduite ne bouge pas d'un iota : pas de négociations et pas de réponses aux revendications.

Les autorités menacent même directement les ravisseurs. Le ministre algérien de l’Intérieur, Dahou Ould Kablia, explique à nos confrères de France 24 qu'« il n’y a aucune autre possibilité pour les preneurs d’otages que celle de négocier la possibilité de sortir. [Sinon], les choses peuvent se traduire autrement s’ils persistent dans le maintien de leur position. »

Voilà les preneurs d’otages prévenus. Mais, dans le contexte du moment, des questions se posent sur la marge de manoeuvre dont dispose Alger vis-à-vis de cette opération terroriste et de la gestion de cette crise.

Sur place, les autorités algériennes sont très critiquées sur la façon dont elles ont communiqué autour du sort des trois otages algériens aux mains du Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (le Mujao) au Mali.

« Pas une guerre française »

Historiquement, on sait que les Algériens refusent toute intervention de forces étrangères sur leur sol. Mais cette fois, ils vont devoir faire avec les pressions des Etats étrangers. Les Japonais ont d’ores et déjà indiqué que la vie des otages devait être une priorité absolue.

Quant aux Américains, dont plusieurs ressortissants font partie des otages, ils ont réagi, très prudemment. Le département d’Etat s’est contenté de confirmer qu’il y avait des Américains parmi les otages, mais sans dire combien ni citer de noms. Leur nombre pourrait varier entre 3 et 7.

La secrétaire d’Etat Hillary Clinton a téléphoné au Premier ministre algérien et à l’ambassadeur des Etats-Unis à Alger pour discuter de la situation. Le secrétaire à la Défense, Leon Panetta, a été plus direct lors d’une conférence de presse à Rome. Il a parlé d’un « acte terroriste » et déclaré que « les Etats-Unis prendraient toutes les mesures nécessaires pour faire face à la situation ».

Si al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) est responsable, comme tout semble l’indiquer, cela pourrait atténuer les réserves de l’administration Obama à aider plus activement la France dans son opération au Mali. Washington hésite à se lancer dans un nouveau conflit, mais si les intérêts américains sont menacés, cela change les choses. Comme l’a dit Leon Panetta à Rome : « Au Mali, ça n’est pas une guerre française, il faut un effort international », auquel naturellement les Etats-Unis sont prêts à participer.