«Entre les deux rives de la Méditerranée» (3/5): «Méditerranées»

Le J1, ancien hangar portuaire marseillais qui accueille l'exposition "Méditerranéens" dans le cadre le la Capitale européenne de la culture.
© Siegfried Forster / RFI

Comment sommes-nous devenus des Méditerranéens ? L’exposition-fiction Méditerranées nous embarque dans un voyage entre nos héritages et l’actualité, entre le réel des légendes et les rêves d’aujourd’hui. Le sous-titre « Des grandes cités d’hier aux hommes d’aujourd’hui » promet la recherche de l’Ulysse de notre époque dans onze ports méditerranéens visités. L’embarcation se trouve au J1, ancien hangar portuaire transformé en nouveau lieu culturel phare de Marseille, capitale européenne de la culture. Entretien avec la commissaire Yolande Bacot.

« Entre les deux rives de la Méditerranée », c'est le thème central de la Capitale européenne de la culture. Marseille-Provence 2013 regarde la mer et attend qu’on lui répond de l’autre côté de la Méditerranée. Après l’échec du projet politique de l’ « Union pour la Méditerranée », lancée en 2008 par Nicolas Sarkozy qui avait désigné l’Egyptien Moubarak et le Tunisien Ben Ali comme co-présidents, place aux projets artistiques qui interrogent plus délicatement la question.

RFI : Pourquoi « Méditerranées » s’écrit-il au pluriel ?
 
Yolande Bacot : Parce qu’il n’y a pas la Méditerranée, mais il y a des mondes méditerranéens. Ce sont ces mondes méditerranéens que nous questionnons dans cette exposition en proposant au public ce parcours qui est à la fois un voyage dans le temps et dans l’espace. Ce parcours en dix étapes nous conduit de Troie jusqu’à Marseille au 19e siècle, en passant par Athènes, Alexandrie, l’Espagne arabo-musulmane, Vénice, Gênes, Istanbul, les Régences ottomanes, pour arriver à un retour au quai. Un retour au réel qui s’exprime par des photos d’un port industriel au 21e siècle, Fos-sur-Mer avec ses dockers et ses containers, une sorte d’envers du décor de la civilisation qui est la nôtre, ce monde consumériste et mondialisé. A la fin du parcours, où l’on a vu tout ce qu’ont apporté les étapes historiques, et bien, on a tout lieu de s’interroger sur ce qu’on léguera à ceux qui viendront après.
 
Vous parlez d’un Ulysse d’aujourd’hui. Qui est-ce cet Ulysse contemporain ?
 
Le parcours se fait avec Ulysse comme fil rouge. Mais ce n’est pas l’Ulysse d’Homère. C’est l’Ulysse, une figure archétypale de la Méditerranée dans toutes ses ambivalences. Cette idée est venue à la lecture du magnifique roman de Gabriel Audisio : Ulysse ou l’intelligence, qui fait d’Ulysse un archétype intemporel de la Méditerranée pouvant porter aussi bien un costume de Mickey qu’un costume-cravate. Le réalisateur Malek Bensmaïl l’a imaginé en harraga, un brûleur de frontières, un sans-papiers qui part avec une barquette marseillaise à la rencontre des Méditerranéens d’aujourd’hui. Ils ont beaucoup à dire sur ce qu’ils vivent à Tunis, à Alexandrie, au Liban et ailleurs.
 
Le parcours est rythmé par des magnifiques bateaux et vidéos. Les films, sont-ils les bateaux de notre époque ? Ce sont eux qui nous transportent d’une rive à l’autre dans les Méditerranées d’aujourd’hui ?
 
La dimension des visuels dans l’exposition est très forte. A la fois par la présence des films de Malek Bensmaïl qui restitue la Méditerranée d’aujourd’hui dans son actualité. Et par des films qui utilisent des documents historiques et animés qui nous permettent d’approcher l’histoire d’une manière très vivante et ludique. Méditerranées a cette particularité d’être un ovni dans l’univers de l’exposition puisqu’elle mêle à la fois du patrimoine, l’histoire, de l’esthétique et en même temps du contemporain. C’est tout cela la Méditerranée. Un ensemble de choses qui jouent les unes par rapport aux autres et qui donnent des points de vue et des perspectives différentes. Et qui nous permettent à voyager. S’il y a beaucoup de maquettes et de représentations de bateaux, c’est parce que la civilisation méditerranéenne s’est construite sur l’échange des marchandises et des idées. Dans notre fiction, on a imaginé que notre Ulysse part sur une barquette. Quand il arrive quelque part dans un autre port, par exemple à Alexandrie, au 3e siècle av. J-C, il trouve une embarcation qui correspond à l’époque correspondante. Le bateau sera sa machine à remonter le temps.
 

Malek Bensmaïl, réalisateur algérien, explique son Ulysse d’aujourd’hui, un Ulysse "brûleur de frontières", parti à la rencontre de ses contemporains.
11-10-2013 - Par Siegfried Forster

Les intitulés des dix étapes de l’exposition sont tout un programme : « Athènes – l’inégalité au fondement de la démocratie », « Alexandrie – l’utopie d’un lieu de savoir universel », « Istanbul – la ‘méritocratie’ ottomane », « Marseille – entre industrie et colonies ». L’exposition, quelle leçon veut-elle nous donner ?
 
Elle vise à nous montrer qu’on a peut-être tout intérêt à penser la Méditerranée dans la totalité de sa diversité en tenant compte de chacune de ses rives. Si la Méditerranée est porteuse d’une utopie, c’est peut-être que la Méditerranée devient un monde commun.

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Méditerranées, des grandes cités d’hier aux hommes d’aujourd’hui, exposition-fiction du 12 janvier au 18 mai, au J1, Marseille.

RFI DOSSIER SPECIAL - MUCEM + MP2013

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