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Drones au Sahel: les Américains vont donner un «coup de main» à la France

media

Selon plusieurs journaux américains, les Etats-Unis vont ouvrir une nouvelle base en Afrique de l’Ouest, plus précisément au Niger pour y stationner des drones. L’accord est même signé, dit The Guardian. Mathieu Guidère, spécialiste des mouvements islamistes, répond aux questions de Magali Lagrange.

RFI : Ces drones qui vont être stationnés au Niger, qu’est-ce que c’est ? Ce sont des engins de surveillance ? Des engins de combat ?

Mathieu Guidère : Les drones sont des avions sans pilote qui ont plusieurs fonctionnalités. La première, c’est la surveillance des airs et la surveillance des territoires en-dessous. Ils peuvent voler à très haute altitude et prendre des images de très haute qualité et de très haute définition, meilleures que celles des satellites. Ce sont également des engins qui peuvent être équipés en fonction de leur type, soit Reaper, soit Predator, pour attaquer éventuellement certains individus, certains pick-up. Ils sont largement employés en Afghanistan et c’est véritablement l’arme moderne par excellence aujourd’hui, l’arme la plus employée dans la lutte contre le terrorisme à la fois en Afghanistan, au Yémen et ailleurs.

Est-ce qu’on peut imaginer que les Etats-Unis vont les utiliser de cette façon-là dans le Sahel ?

Oui, je crois que les Américains étaient déjà à la recherche d’un endroit pour poser une base américaine dans la région, en Afrique. Le seul endroit jusqu’à présent était Djibouti où ils avaient repris une ancienne base française dans laquelle ils se sont installés. Grâce au Niger désormais, ils ont maintenant une base, un pied-à–terre en quelque sorte en Afrique, et c’est certainement à des fins d’abord de renseignement contre les groupes islamistes et radicaux dans toute la région - il y a pas mal de rébellions et de groupes armés -, et ensuite certainement ils peuvent être employés pour des frappes chirurgicales, pour des frappes ciblées sur certains groupes, sur certains convois, soit de troc, soit d’armement.

Avec cette nouvelle base, est-ce que vous pensez que l’Afrique peut devenir prioritaire pour les Etats-Unis dans la lutte contre le terrorisme ?

Il est clair que l’Afrique, depuis un certain temps - on l’a vu lors de la dernière visite du général Carter Ham qui dirige l’Africom [le commandement américain pour l’Afrique, Ndlr.] basé à Stuttgart en Allemagne mais qui cherche un pied-à-terre en quelque sorte en Afrique - que l’Afrique est de plus en plus prioritaire pour les Américains, non seulement pour la lutte contre le terrorisme mais surtout, pour les intérêts américains. Le continent africain est un continent émergent sur tous les plans, et en particulier sur le plan des ressources minières, des ressources pétrolières et gazières. Et les Américains cherchent par tous les moyens à sécuriser leurs approvisionnements. Si vous prenez un pays comme le Nigeria, c’est vraiment l’un des principaux fournisseurs en pétrole des Etats-Unis. Or vous avez un certain nombre de groupes armés qui sévissent dans le delta du Nigeria et contre lesquels les Américains aimeraient lutter. Sans parler des deux autres groupes dont on entend fréquemment parler, comme al-Qaïda au Maghreb islamique ou d’autres.

Pourquoi avoir choisi le Niger en particulier ?

En réalité, c’est par élimination. Les Américains ont tenté par tous les moyens d’abord de convaincre un pays d’Afrique du Nord. Ils ont beaucoup travaillé notamment sur l’Algérie pour essayer de convaincre le président Bouteflika de leur laisser l’autorisation de mettre cette base dans le sud algérien, qui aurait été une localisation idéale parce qu’il descend profondément dans le Sahel. On l’a vu avec la crise malienne. Mais les militaires algériens ont opposé leur veto là-dessus, tout en autorisant le survol des drones américains. Les Mauritaniens également ont refusé. Bref, presque tous les pays à majorité arabe de la région ont refusé cette autorisation et les négociations se sont déplacées vers les pays d’Afrique de l’Ouest. Et c’est le Niger qui a été le premier à donner cette autorisation en échange d’un certain nombre d’aides militaires et de protection de son territoire. Il a également besoin de l’expertise américaine dans cette région.

Est-ce que vous pensez que jusqu’à maintenant, les Etats-Unis avaient un peu sous-estimé la menace terroriste dans la région et que c’est un repositionnement ?

Pour les Américains, l’Afrique n’est pas une région prioritaire du point de vue de la lutte contre le terrorisme. Elle ne pose pas de difficulté majeure pour eux. Leurs craintes viennent essentiellement du Yémen, de l’Afghanistan, parce qu’ils ont des preuves que c’est de là qu’ont été planifiés un certain nombre d’attentats contre le sol américain. Mais jusqu’à présent, les Américains n’ont jamais eu vent d’un attentat qui serait planifié à partir de la zone africaine. Historiquement pour eux, ils considèrent que la sécurisation de cette région relève davantage de l’Europe et en particulier de la France. Aujourd’hui, ils sont clairement en repositionnement davantage géostratégique que sécuritaire dans l’ensemble de cette région.

Et justement, sur ces relations avec la France, est-ce qu’on peut dire que ce déploiement de drones pose la question des échanges d’informations entre la France et les Etats-Unis, puisque si c’est une maison de surveillance pour recueillir des renseignements, pourquoi les Etats-Unis ont besoin d’être là eux-mêmes ?

D’abord parce que la France ne possède très peu de drones. La France a entre trois et cinq drones opérationnels pendant que les Etats-Unis en ont une centaine. C’est une lacune majeure pour pouvoir recueillir des renseignements dans toute cette zone. La France dépend de ses satellites et elle dépend de ses avions, des avions de surveillance. Et donc elle a absolument besoin de ces avions sans pilote qui fournissent une qualité de renseignements bien supérieure aux satellites et aux avions en termes de régularité.

Donc, c’est un coup de main aux Français en fait ?

C’est un coup de main important aujourd’hui et la France va pouvoir en bénéficier. C’est une dépendance également bien évidemment à l’égard des Américains. Mais lorsqu’on est dans le cadre de l’Otan en tant qu’allié, et que l’on travaille sur la même zone main dans la main, je crois qu’il faut le voir plutôt dans le cadre d’une collaboration actuellement.

On voit-là la dernière étape s’enclencher dans la lutte contre les groupes islamistes armés au Mali...

Oui, avec la mise en place d’une base américaine dans la région, c’est le premier point. Il va y avoir probablement par la suite des forces spéciales autour de ces installations très coûteuses et très chères. Et là, on a clairement les Américains qui mettent pied en plein cœur de l’Afrique de l’Ouest avec la présence française déjà dans un certain nombre de pays de la région. Je crois que les groupes islamistes armés, et en particulier tous les groupes de la région, seront en mauvaise posture au cours des prochaines années.

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