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France Mali

Mali: Kidal, centre de toutes les attentions

Combattants d'Ansar Dine dans la région de Kidal, en août 2012.
© AFP PHOTO / ROMARIC OLLO HIEN

Kidal est la dernière grande ville du Nord encore aux mains de groupes armés, le MNLA et le MIA. Mais la situation est particulière. La France, dont les troupes contrôlent l'aéroport, veut privilégier la négociation avec ceux qui disent rejeter le terrorisme. En attendant, l’état-major français a fait état, ce jeudi 31 janvier, de « frappes assez importantes » dans la région d’Aguelhok, au nord de la cité. Un secteur où se seraient réfugiés les jihadistes.

C'est dans les montagnes au nord de Kidal - dans le massif des Ifoghas - que s'est repliée une partie des jihadistes armés.

C’est aussi dans cette zone que se trouvent « probablement les otages » français retenus par al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), affirme le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian.

L'état-major français a par ailleurs annoncé qu'il y avait eu des frappes aériennes « assez importantes » ces derniers jours sur des sites des groupes jihadistes, à une centaine de kilomètres au nord de Kidal, plus précisément dans la région d'Aguelhok.

Joint par RFI, le colonel Thierry Burkhard, porte-parole de l’état-major, précise que les objectifs visés étaient « des dépôts logistiques et des centres d’entraînement ».

On a conduit une opération avec des forces spéciales pour s’assurer du contrôle de l’aéroport de Kidal.
Thierry Burkhard
11-10-2013 - Par Christine Muratet

La particularité de Kidal, c'est aussi que les forces françaises ne sont pas accompagnées par les soldats maliens, contrairement à l'offensive sur Gao et celle de Tombouctou.

Des soldats tchadiens doivent participer à la sécurisation de la zone, mais l'armée malienne a été tenue à l'écart, comme le souhaitait le Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA). Ce dernier ne veut voir ni soldats maliens, ni soldats ouest-africains dans son fief, ce qui d’ailleurs a suscité des interrogations à Bamako, voire de l'agacement pour certains.

Cependant, la hiérarchie militaire malienne veut éviter toute provocation, toute tension avec les Touaregs de Kidal, en attendant d'éventuelles négociations.

Sur RFI, le président malien par intérim, Dioncounda Traoré, a affirmé que « le seul groupe avec lequel des négociations peuvent être envisagées est certainement le MNLA, à condition qu'il renonce à toutes ses prétentions territoriales ».

Vers le Nord, sanctuaire des mouvements terroristes

Cela fait maintenant trois semaines que les forces françaises opèrent au Mali. La poussée des troupes extrémistes vers le Sud a été stoppée avec l’armée malienne. Après avoir repris les villes du centre du Mali, les Français sont donc maintenant dans le nord du pays. Après la prise de l’aéroport par les forces spéciales, des avions gros-porteurs se sont posés sur la piste. Des hélicoptères ont aussi été utilisés et un détachement est venu de Gao.

On sent bien que nous allons assister, dans les semaines qui viennent, à un glissement du dispositif de pointe des Français. « A présent, nous sommes entrés dans la phase de reconquête : des îles dans un océan de sable », confiait ce jeudi après-midi à RFI un haut gradé de l’armée française, évoquant notamment les localités de Tessalit et d’Aguelhok.

Le deuxième volet de cette opération française, c’est effectivement la lutte contre les mouvements terroristes, à savoir l’opération Sabre, qui a été lancée il y a quelques temps. On peut penser, à présent, que les éléments islamistes - les plus déterminés - qui ont été chassés des villes vont rejoindre leurs zones sanctuaires. Identifiées depuis longtemps, ces zones englobent les caches de la forêt de Ouagadou, au Nord-Ouest. Ou encore les grottes du massif des Ifhogas, au nord-est du Mali.

Dans l’idéal, les Français verraient bien les forces africaines et la force internationale au Mali (Misma) les remplacer, dans le centre du pays, pour pouvoir se consacrer pleinement à la lutte contre le terrorisme, au Nord.

Vu l’immensité de la zone, ils auront besoin, en tout cas, d’importants moyens de renseignement comme par exemple des drones. « Les Américains nous laissent utiliser les leurs librement, mais bien sûr, ils voient ce que nous cherchons », a indiqué une source militaire à RFI.

En ce moment, l’armée française dispose, en permanence et quotidiennement, d’un moyen d’écoute et de reconnaissance au-dessus du Mali, ce qui est peu et qui suppose, par conséquent, de bien choisir la zone vers laquelle pointer ce capteur pour obtenir des renseignements pertinents.

Opération Serval : premier bilan

Serval était un pari risqué, de l'aveu d'une source militaire de haut rang. « Dans les premières semaines, pour pouvoir intervenir au plus vite, nous avons côtoyé les limites des règles de sécurité. Maintenant, nous devons consolider notre dispositif », ajoute cette même source.

Après avoir stoppé la poussée islamiste et libéré avec l'armée malienne les grandes villes du centre, les militaires français vont se réorganiser.

A Bamako, comme sur d'autres bases, les conditions de vie étaient jusqu'alors plutôt rustiques. Hangars chauffés à blanc par le soleil, progression interminable dans des zones de brousse, les hommes et les matériels ont été mis à rude épreuve. « Nous ne sommes pas venus avec une logistique complète, mais nous sommes arrivés si vite qu'il fallait choisir. Aujourd'hui, la maintenance reste un point de préoccupation », souligne cette source.

Pour les troupes, la relève pourrait venir de la Misma, la force africaine qui se déploie dans le pays. Pour être crédible, il va lui falloir être autonome. Les Togolais, les Burkinabés, les Nigérians ont commencé à arriver. « Mais il ne faudrait pas que le soufflé retombe », indique-t-on à Paris. L'armée française ne pourra pas être partout à la fois. D'autant plus que les opérations continuent. Dans le nord, les principales missions sont la reconquête des villes après Kidal et la lutte antiterroriste. Une affaire qui s'annonce être de longue haleine. « Regardez, pour éliminer ben Laden, les Américains ont mis dix ans », conclut notre interlocuteur.

 

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