Mali - 
Article publié le : jeudi 31 janvier 2013 à 19:50 - Dernière modification le : jeudi 31 janvier 2013 à 19:50

Pierre Servent sur RFI: «les Touaregs du MNLA sont dans une position un peu ambiguë par rapport à Bamako»

Francetv/DR

Par RFI

Pierre Servent, colonel de réserve de l’armée de terre et spécialiste des conflits et de l’armée, revient pour RFI sur les Touaregs du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA), présents dans le nord du Mali.

RFI : Les soldats français sont arrivés seuls à Kidal. Il a été évoqué une forme de coopération, et le mot même d’accord a été prononcé avec le MNLA. Est-ce le cas ?

Pierre Servent : Il s'agit plus, à mon avis, d'une prise de contact. Et c’est le rôle notamment des forces spéciales, « les commandos ». Ces derniers sont connus depuis plusieurs jours en raison de leurs opérations militaires de vive force, combattant les jihadistes. Mais dans leur rôle, il y a une autre fonction, qu'ils appellent des « missions d’environnement ». Elles consistent à prendre contact avec les élus d’une zone, d’une région, pour voir comment cela se passe sur le plan politique.

A mon avis, c’est ce qui se passe pour avoir une évaluation du terrain à Kidal, puisque dans cette ville, a priori, il n’y a pas d’ennemi majeur. Mais il y a les Touaregs du MNLA, qui sont dans une position un peu ambiguë par rapport à Bamako. Donc, nous sommes dans une phase, je dirais, à la fois politique et militaire.

Et donc, on voit un statut particulier, en fait, du MNLA par rapport aux autres groupes armés. Pourquoi ?

La France, depuis longtemps, a essayé de faire des efforts avec d’autres pays, pour que la question touarègue soit discutée. Même s’il n’y a pas que des Touaregs au Nord - il y a également des Peuls, des Arabes, etc. -, il est vrai que ce sont les Touaregs qui posent problème. Les Touaregs laïcs se sont, rappelons-le, associés avec les jihadistes l'année dernière. Mais en même temps, Paris et d’autres capitales reconnaissent qu’il y a des revendications touarègues qui sont légitimes ; que Bamako, tout au long de ces dernières années, a laissé tomber les Touaregs du Nord. Ce qui explique qu’ils se soient rapprochés d’autres mouvements pour conquérir leur indépendance. Néanmoins, Paris ne peut pas s’immiscer dans une question de politique intérieure.

C'est un sujet d'autant plus sensible que le MNLA propose son soutien, à la France notamment, et aux autres pays africains, pour combattre contre les jihadistes qui se sont retranchés plus au Nord. C’est un point important, et je pense qu’il doit y avoir en ce moment pas mal de discussions et de tractations.

Peut-on imaginer, du coup, une collaboration prochaine entre les troupes armées françaises et le MNLA ?

Là, je suis vraiment incapable de vous dire. Il n’y a que le ministère de la Défense qui pourrait répondre à cette question. Et le ministre (Jean-Yves Le Drian, ndlr), qui s’exprimait ce matin sur France Inter est resté assez évasif. Là, vraiment, ce sont des contacts politiques, diplomatiques. Je ne suis absolument pas en mesure de vous dire quelle tournure cela peut prendre.

Mais si une collaboration dans le nord du Mali est envisageable, que se passe-t-il dans les autres régions ? Ça s’est passé comme ça à Kidal, certes, mais à Tombouctou et Gao, cela a-t-il été également le cas ? Y a-t-il eu des contacts avec le MNLA ?

Les autres villes étaient sous contrôle islamiste. A Gao, par exemple, il y a eu des combats assez durs entre les Français et un des mouvements jihadistes, le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’ouest (Mujao). Tombouctou, elle, a été désertée par les jihadistes.

Là, si vous vous voulez, à Kidal on est vraiment dans le fief touareg. C’est vraiment la zone que je qualifierais d'historique. Donc, nous sommes dans une position un peu particulière, avec un MNLA qui, l’année dernière, a fait alliance avec les jihadistes, et qui s'est retrouvé rapidement - pardonnez-moi l’expression - le « cocu » de l’affaire. Parce qu’il s'est fait battre après, militairement, par ses alliés, et a été totalement marginalisé. Et je pense qu'ils essaient de revenir dans le jeu, sur le plan diplomatique et politique. La France est assez sensible à cela, et souhaite éviter de faire rebasculer leurs combattants du côté d’une rébellion. Par conséquent, nous sommes dans une phase subtile, psychologique, politique, assez délicate.

Des combattants du MNLA, le 2 février 2012.
AFP PHOTO / MNLA

Le président par interim du Mali a d'ailleurs dit, sur RFI, que tous les groupes armés se sont « disqualifiés », en dehors peut-être du MNLA pour un dialogue. Peut-on imaginer un dialogue entre Bamako et les Touaregs maintenant ?

Il le faudrait absolument. Beaucoup de voix s’élèvent dans ce sens. Ce que je constate, c’est qu’il reste beaucoup de réticence de la part du sud du Mali. Je le vois également dans les contacts que je peux avoir avec la communauté malienne en France, qui considère que le MNLA a trahi la cause malienne, qu'il y a eu des exactions commises par les soldats du MNLA l’année dernière. Donc, à la fois il y a des voix politiques qui vont dans un sens positif, en disant : « Il faut absolument remettre dans le jeu les Touaregs du MNLA ». Et d’autres crient vengeance.

Quel rôle pourraient-ils jouer ? Peut-on imaginer une implication politique ?

Les années passées, vous avez eu des accords entre les Touaregs du Nord et Bamako. Vous avez même un des chefs historiques touaregs dont on a beaucoup parlé, Ag Ghali, qui s’est radicalisé pour créer Ansar Dine, un autre mouvement touareg devenu jihadiste. Mais ce personnage, Ag Ghali, il avait pignon sur rue à Bamako à une époque. Il a même été nommé comme diplomate du Mali en Arabie Saoudite, parce qu’il était revenu dans le jeu. Les années passées, vous avez eu à plusieurs reprises des tentatives de conciliation, de négociations avec les Touaregs – qui ne s’appelaient pas le MNLA à l’époque –. Parce que le Mouvement national de libération de l’Azawad est un mouvement séparatiste. Ce type de discussion n'aurait pas été accepté à l'époque.

Il y a par conséquent déjà eu des processus de discussions politiques et diplomatiques. A mon avis, il faut essayer de les remettre en place. Le problème c’est que tout ça se fait à chaud, dans la confusion. Avec une situation militaire qui n’est pas totalement clarifiée.

Peut-on imaginer que les Touaregs dans le Nord puissent avoir une place régionale ?

Là encore, il s'agit vraiment de questions politiques. Le MNLA continue quand même de revendiquer une indépendance. Peut-on aller vers une forme d’autonomie ? Quel type d’accord politique pourrait se nouer entre le Sud et le Nord ? Tout ça avec un problème, c’est qu’il n’y pas un gouvernement solide à Bamako. Nous sommes dans un processus intérimaire. Des élections sont prévues pour juillet, donc il faut que ces élections puissent se tenir et voir, après, comment les nouvelles forces politiques vont se positionner. Notamment celles qui, à Bamako, seront vraiment sanctifiées par le suffrage universel, à travers un pays qui sera globalement réuni. Là, en tant que Français, je peux difficilement me prononcer. Il faudra que ce soit ce dialogue entre le Nord et le Sud qui s’établisse, chacun se respectant, et chacun enterrant ses morts, parce que, dans les faits, il y en a des deux côtés.

tags: Ansar Dine - Dioncounda Traoré - Mali - MNLA
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(16) Réactions

Monsieur Viguier,Le MNLA

Monsieur Viguier,
Le MNLA était allié et a combattu avec les islamistes jusqu'à l'imminence d'une intervention armée. Les massacres, les autres crimes de guerre et crimes contre l'humanité commis solidairement avec les islamistes lui sont imputables. Par opportunisme, ce mouvement et ses dirigeants veulent s'absoudre de leur crime en "prêtant main forte à la France notamment pour les otages. Et aller creuser sur la responsabilité des tels mouvements dans le rapt et la vente d’occidentaux à des fous mais payant grassement.. Réveillez vous et regardez la réalité en face. La plupart de ces groupes ne représentent qu’eux-mêmes et contribuent à ces amalgames avec les touareg qui pour l'écrasante majorité ne demande ni autonomie ni indépendance mais seulement de vivre en paix.

Opinion

C'est exactement cela l'Impérialisme et le néocolonialisme: Décider que les autorités maliennes (fussent-elles transitoires) et l'armée ne méritent pas confiance chez eux. Comme c'est curieux. Et faire preuve de cécité intellectuelle sur les faits même avérés, voilà l'origine de tous les maux. On est pas sorti de l'auberge.

Vous savais très bien que ce

Vous savais très bien que ce massacre d'Aguelhoc et le fait des islamiste.
Un fait démontré par la méthode et pratique courante des islamistes.
Suivi d'un mise en scène macabre de l'armé malienne, pour faire de la propagande raciste. .....

Bien au contraire, la

Bien au contraire, la réaction des militaires Français est de circonstance Le MNLA est un interlocuteur responsables et légitime.
l'armé malienne c'est vraiment pas ceux, a qui on peut faire confiance.

Je suis Française mais pas d'accord

Je suis Française mais pas d'accord du tout avec l'attitude de mon pays à Kidal. Ainsi, c'est le M.N.L.A qui décide qui a le droit d'entrer à Kidal!?!! La France ne doit pas rentrer dans leur jeu ; les Français ne sont que "les accompagnateurs" des Maliens.

Il a tjs eu lieu un problème"

Il a tjs eu lieu un problème" soit disant", dans la zone sahélo-saharienne de l'Afrique.Ce problème a tjs été appuyé par la France (au Niger comme au Mali). Au Niger, les touaregs,a travers la France, ont au départ demandé une indépendance dans la zone nord, pour finir vers un fédéralisme.Heureusement la vigilance des hommes politiques et militaires a n'a pas été trompée.Finalement une décentralisation intégrale a été adoptée.Je conseille aux maliens d'êtres très vigilants par rapport à leurs sauveurs. Faites tout pour garder le Mali indépendant et unique.Si le Mali est au centre de tous les évènements, c'est parce que des maliens ont prêté le flanc à des terroristes qui ont pu facilement envahir le pays.

Ce fameux colonel soit ignore

Ce fameux colonel soit ignore totalement ce qui se passe dans la zone sahélosaharienne de l'Afrique soit il joue au perroquet répetant intégralement ce que la France et les pseudo-rebellions touaregs veulent faire croire au reste du monde.Je dis pseudo car ils ne sont des rebelles mais plutôt des narcotraficants et des bandits sans conviction de developpement et d'unité de leur patrie.A ce titre on doit les traiter comme on traite des terroristes.Il y'a de cela des décenies qu'ils ont commencé leur bavure sous l'égide de la France à travers leur marionnette de Blaise et surtout grace au défunt Khadaffi.Au Niger qu'est-ce qu'ils ont manqué? Au Mali dans quelle institution de l'Etat ne se trouve t-ils pas? Valent ils plus que tous les autres dignes fils de ces pays? Non! tout le monde est egal; alors qu'ils deposent leur arme et qu'ils viennent travailler comme tout le monde. Nothing else!!!

Au delà de la mauvaise fois

Au delà de la mauvaise fois bâtie sur les allégations du MNLA et ANSARDIN des autorités françaises et de certains responsables africains comme Blaise Compaoré soutenant que le Nord du Mali a été délaissé depuis plusieurs années par le gouvernement, il y a véritablement un deficit de communication de Bamako sur toutes les réalisations et concessions faites au titre de la discrimination positive en faveur de cette région. A titre d'exemples, il n'y a pas un seul FED, du 1er au 10ème en cours, dont l'essentiel des fonds ne soit destiné à la réalisation de projet pour cette region au détriment du reste du pays en prise aux plus graves difficultés existencielles. Je ne citerais pas les quotas de postes administratifs (y compris ministères et primature) et militaires sacrifiés à l'hotel de l'insertion de cette minorité pour la paix au Mali.
Le gouvernement se doit de publier ces données pour faire voir les sacrifices consentis depuis 1961 avec des ressources provenant essentiellement du FED, donc facile à vérifier par tous, pour arrêter cette campagne de désinformation et d'intoxication du MNLA contre le Mali et tous les maliens du Nord et du Sud.

Mais hélàs, en Afrique on

Mais hélàs, en Afrique on veut souvent voir des discriminations "ethniques' même là où il n'y en a pas. Et à force de jouer sur cette corde et d'en faire leur gagne pain, les "gens'' du MNLA (parlant au nom des touareg) sont entrain de remonter le reste du Mali contre ceux qu'ils prétendent "défendre". En effet, à moins que le MNLA milite pour l'instauration d'une discrimination positive en faveur des populations du Nord, son "combat" n'a aucun sens eu égard à la situation de l'ensemble des autres communautés. Ceux qui abordent le problème autrement serait mieux inspirés d'aller enquêter au Mali et se renseigner sur le sort de l'ensemble des populations avant de se faire les instruments de propagande d'un groupe armé qui n'a curieusement de légitimité qu'à 4000 kms de Kidal. "Au regard de ce problème, on se rend compte que la désinformation n'est que le revers de l'information, et malheureusement de la vraie, celle qu'on ne cherche plus, mais que des pseudo-spécialistes en tout et rien inventent confortablement assis sur leur fauteuil".

Les idéaux du MNLA ? Si

Les idéaux du MNLA ? Si seulement il en a. On ne le dit pas assez mais quel est le but de ce mouvement ? Il prétend lutter pour le droit des touareg délaissées par le gouvernement, mais quel argument fallacieux ! Il est temps d'arrêter de véhiculer des idées galvaudées servant de prétexte pour justifier des actions subversives et très souvent criminelles. Il suffit d'aller au Mali, au Niger (2 pays que je connais) pour voir que le sort des autres communautés n'est guère différent de celui des "communautés du Nord", qu'il n'y a dès lors pas un traitement discriminatoire à l'égard de ces communautés; et que le réel problème dans les deux pays précités réside dans la fracture qui existe entre "les tenants du pouvoir" qui monopolisent et "privatisent" les biens publics; et les populations oubliés et laissés pour compte dans la jouissance de ces biens. Et objectivement, cela est valable pour toutes communautés.

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