Tunisie : une figure de l’opposition assassinée

Chokri Belaïd.
© AFP / Belaïd

En Tunisie, la mort de l’opposant laïc Chokri Belaïd ébranle les plus hautes sphères du pouvoir et suscite l’émoi. Le président tunisien Moncef Marzouki, qui était en déplacement en France et qui devait se rendre jeudi 7 février au Caire pour le sommet de l’Organisation de la coopération islamique (OCI), rentre dès ce mercredi après-midi 6 février. Chokri Belaïd, secrétaire général du Parti des patriotes démocrates unifiés et membre de la coalition du Front populaire, a été assassiné par balles ce matin alors qu’il sortait de son domicile à Tunis. Le Premier ministre Hamadi Jebali parle d’un « acte de terrorisme contre tout le pays ».

Très forte émotion à la hauteur du choc en Tunisie. Chokri Belaïd était l’une des grandes figures de la scène politique tunisienne : d’abord pendant la révolution qui a fait tomber Ben Ali, mais aussi très présent dans les médias. Il était l’un des leaders les plus influents de l’extrême gauche tunisienne. Justement à ce titre, Chokri Belaïd était régulièrement accusé par certains membres et partisans du parti islamiste Ennahda d’être à l’origine de troubles sociaux dans le pays. C’était particulièrement le cas lors des dernières émeutes sociales dans la ville de Siliana en décembre dernier.

Ce mercredi matin, dès l’annonce de son assassinat, sa famille, sa femme, ses frères, ses sœurs, mais aussi des milliers de Tunisiens, ont afflué à l’hôpital avec un discours extrêmement critique contre le gouvernement à majorité islamique qui, de son côté, dénonce un acte de terrorisme. Mais depuis des mois, Chokri Belaïd recevait des menaces de mort sur les réseaux sociaux. Et selon ses proches, aucune mesure de sécurité n’avait été prise.

L'ambulance transportant le corps de Chokri Belaïd, opposant tunisien, assassiné le 6 février 2013. © Reuters / Souissi

Une population sous le choc

Depuis ce matin, des milliers de Tunisiens sont rassemblés devant le ministère de l'Intérieur. Et cette après-midi des heurts entre policiers et des dizaines de protestataires ont éclaté sur l'avenue Bourguiba, alors que des manifestants y accompagnaient l'ambulance transportant le corps de l'opposant.

Dans le bassin minier au centre du pays plusieurs locaux du parti islamiste au pouvoir ont été incendiés. L'émotion a même gagné Paris où des Tunisiens font le siège de l'ambassade et demandent que le drapeau soit mis en berne. Comme beaucoup, ces opposants exigent la dissolution des ligues de défense de la révolution accusées d'être soutenues par le parti islamiste Ennahda au pouvoir et soupçonnées d'être responsables des dernières violences dirigées contre des réunions publiques de partis politiques.

Aucune piste officiellement avancée

Alors pour le moment en tout cas, beaucoup d’accusations mais aucune piste n’a été officiellement avancée quant aux auteurs de ce meurtre. Tout juste sait-on qu’il était en scooter et qu’ils l’ont abattu de plusieurs balles en sortant de son domicile ce matin.

Depuis des mois, la violence politique explose en Tunisie. Chokri Belaïd est la deuxième personnalité politique à mourir de mort violente depuis l’arrivée au pouvoir des islamistes d’Ennahda. Et cette après-midi, des milliers de personnes commencent à affluer dans le centre de Tunis pour une grande marche de protestation.

Ennahda condamne ce meurtre

Comme beaucoup d'autres mouvements, le parti islamiste dénonce un crime odieux. Son patron Rached Ghannouchi refuse la responsabilité que certains lui font porter et condamne lui aussi l'assassinat. Le Premier ministre, qui est un des ténors d'Ennahda évoque un acte terroriste, un acte criminel, pas seulement contre Belaïd mais contre la Tunisie. Hamadi Jebali évoque un tournant grave tout en promettant que les assassins seraient arrêtés.

Le président Moncef Marzouki qui se trouvait à Strasbourg au Parlement européen a décidé d'écourter son déplacement et de rentrer en Tunisie. Il annule également son déplacement prévu au Caire Jeudi. Le chef de l'Etat dénonce un crime odieux qui vise à mener le peuple tunisien à la violence et dans ce contexte tendu, il appelle à la retenue et à la sagesse.

Cet assassinat politique, c'est une menace

Moncef Marzouki
06-02-2013

 

On ne pensait pas que ça allait dégénérer

Mokhtar Jelali
06-02-2013

Il y a une certaine inertie du gouvernement pour réprimer les gens qui font preuve de beaucoup de violence

Mokhtar Jelali
06-02-2013

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