Opération Serval: quatre semaines de présence française au Mali

Des soldats français aux alentours de l'aéroport de Bamako, le 23 janvier dernier.
© REUTERS/Malin Palm

L’opération militaire française au Mali, baptisée Serval en référence à un petit félin du désert, a été lancée il y a tout juste quatre semaines. Son objectif était de repousser l’avancée des islamistes armés, qui occupaient le nord du pays depuis plus de neuf mois. Une grande partie du Mali a retrouvé sa liberté, mais l’offensive militaire se poursuit et vise désormais des groupes jihadistes dispersés notamment dans l’Adrar des Ifoghas. Des militaires français et tchadiens sont arrivés hier à Aguelhok, dans l'extrême nord-est du pays. Ils pourraient continuer vers Tessalit.

C’est une montée en puissance des troupes franco-tchadiennes. Elles ont quitté par voie terrestre leur base de Kidal pour aller vers Aguelhok, une localité stratégique située à 160 kilomètres au nord de Kidal. C’est dans les zones montagneuses de cette localité que se sont retranchés les jihadistes. Mais pour le moment, il n’y a pas de combats.

A moins de 100 kilomètres d’Aguelhok se trouve Tessalit. Un autre point stratégique pour la présence de l’aéroport international. Il s’avère désormais probable que les troupes franco-tchadiennes aient également pour objectif d’aller contrôler cette localité de Tessalit.

C'est pour répondre à l'appel à l'aide d'un « pays ami qui se noie », selon les termes du ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius, que la France s'est engagée, le 11 janvier dernier, au Mali.

Dans un premier temps, c’est d’abord une opération aérienne de grande envergure qui a débuté pour stopper les jihadistes qui venaient de prendre le contrôle de Konna, au centre du pays. Car c'est bien la prise de cette localité par les islamistes, le 10 janvier, qui a été l’élément déclencheur de l’intervention de la France, survenue le lendemain.

Les frappes aériennes françaises ont stoppé nette l'avancée jihadiste. Il n'était alors plus question, vu de Paris, de se donner du temps pour mettre sur pied une force africaine et former l'armée malienne à la lutte contre le terrorisme au Sahel.

Internationalisation de la crise

Quelques jours après le début de l’intervention militaire française, le 17 janvier, la crise s'est internationalisée, avec la prise d'otages sur le complexe gazier d’In Amenas, dans l’est de l’Algérie. L’attaque a été revendiquée par le groupe de Moktar Belmoktar, qui a dit avoir agi en représailles contre l'intervention au Mali.

Cependant, sur le terrain, la France a continué d’avancer rapidement. En une semaine, les localités de Konna, Diabaly et Douentza sont passées sous contrôle des armées malienne et française.

Puis, ce sont les grandes villes du Nord, sans combats ou presque, qui ont suivies : d'abord Gao, le 26 janvier, puis Tombouctou, deux jours plus tard. Et enfin Kidal, le 30 janvier. Cette phase a par ailleurs été marquée par l'entrée en scène de renforts tchadiens et nigériens sur le terrain.

Seconde phase de l’offensive

Une seconde phase de l’offensive au Mali s’est alors ouverte : la traque des jihadistes repliés dans l'extrême nord-est du pays. Avec eux probablement, selon le gouvernement français, se trouvent les quatre otages français enlevés au Niger.

La guerre n'est donc pas finie pour les 4 000 militaires français déployés, à l'heure actuelle, dans le cadre de l’opération Serval. L’essentiel des frappes aériennes françaises se concentre maintenant sur les zones montagneuses, au nord de Kidal, et notamment dans la région d’Aguellhok et Tessalit.

Joint par RFI, le général Martin Klotz, porte-parole adjoint du ministère français de la Défense, précise que plusieurs objectifs ont été atteints, mais que d’autres sont encore en cours. Il cite notamment l’intégrité territoriale que le Mali n’a pas encore recouvrée, ou encore le déploiement de la Mission internationale de soutien au Mali (Misma).

« Le MNLA doit accepter d'être désarmé »

A terme, la Misma doit comprendre environ 6 000 soldats, dont 2 000 seulement sont déjà au Mali. Les effectifs du contingent français au Mali « devraient diminuer » à partir du mois de mars, déclare la porte-parole du gouvernement français Najat Vallaud-Belkacem, qui précise : « si tout se passe comme prévu ».

Le passage de relais à la Misma pourrait se faire progressivement

Général Martin Klotz
07-02-2013 - Par Nicolas Champeaux

Du côté de l’Union africaine, le président béninois a déjeuné, ce jeudi 7 février, avec son homologue français François Hollande. Sa visite à Paris s'est déroulée sous le signe de la crise malienne, que Boni Yayi a suivie de bout en bout, en sa qualité de président en exercice de l'UA.

Le numéro un béninois estime que deux préalables doivent être remplis afin de régler la crise malienne. D'une part, le MNLA doit déposer les armes et dialoguer. D'autre part, les militaires du capitaine Sanogo - auteurs du coup d'Etat du 22 mars 2012- doivent cesser toute interférence dans la vie politique.

Le MNLA doit accepter d’être désarmé

Boni Yayi
07-02-2013 - Par Olivier Rogez

La peur des amalgames

Dans les grandes villes du Nord, l'arrivée des forces françaises et maliennes a provoqué des explosions de joie. Mais pour certains, c'est la peur qui domine, la peur d'être assimilé aux islamistes ou aux rebelles touaregs, en raison de sa couleur de peau. La crainte d'exactions est forte.

RFI a pu recueillir un témoignage inédit, celui d'un Touareg de près de 60 ans. Habitant des rives du fleuve Niger, près de Gourma Rharous - entre Gao et Tombouctou -, il est parti depuis un mois se réfugier en brousse avec sa famille. Son propos est rare, parce qu'il est difficile de pouvoir joindre quelqu'un en brousse.

On a peur d’être ciblés comme des islamistes ; on n’a rien à voir avec des rebelles ; nous sommes des citoyens ; nous sommes de pauvres gens

Témoignage d'un Touareg
07-02-2013 - Par Sarah Tisseyre

Où en est le processus de transition ?

La feuille de route a été adoptée à l’unanimité, il y a dix jours, par l'Assemblée nationale malienne. Le président malien par intérim, Dioncounda Traoré, a annoncé à cette occasion des élections présidentielles et législatives pour fin juillet. Une commission nationale de dialogue doit être mise en place dans les prochains jours et le gouvernement promet une mise en œuvre rapide de ce processus. Cependant, les partenaires internationaux s'impatientent.

Du côté du gouvernement malien, on se veut rassurant car la feuille de route est sur les rails. Mais cet optimisme n'a pas réussi à lever l'inquiétude et le scepticisme des partenaires du Mali. Selon un diplomate en poste à Bamako, tout le monde s'impatiente. Du côté de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao), on se désole de voir que rien n'avance dans les faits. Les élections en juillet ? « On a perdu déjà beaucoup trop de temps ». Des cartes électorales biométriques pour juillet ? « C'est exclu », assure un diplomate européen. Les critiques sont sévères. « Le Mali a changé de Premier ministre mais l'administration reste toujours aussi lente et désordonnée; on ne tiendra jamais les délais », assure, désolé, un connaisseur du dossier.

Autre inquiétude : le dialogue politique sur l'avenir du nord du Mali. « C'est le black out total. Personne ne sait qui va représenter légitimement les communautés du Nord dans ce dialogue, ni quelle sera la place accordée aux groupes armés », estime un représentant de la médiation africaine. Interrogations également sur le retour des réfugiés et la réinstallation de l'administration dans les zones occupées.

La pression de la communauté internationale est forte. En début de semaine, à Bruxelles, les représentants maliens ont tenté de rassurer leurs partenaires. C'est la reprise de l'aide internationale qui est en jeu.

Le coût de l'opération Serval

Un mois après son démarrage, le coût de l'opération militaire malienne pour les finances publiques s'élève déjà à 70 millions d'euros. C'est le chiffrage lâché le 7 février par le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian devant les députés français, lors d'une audition à huis clos.

C'est en ligne avec ses précédentes déclarations. Lors d'une interview accordée à RFI le 23 janvier dernier, donc deux semaines après le début des opérations, le ministre avait évalué le coût des deux premières semaines à 30 millions d'euros.

L'essentiel des dépenses aura été consacré à l'acheminement des militaires français vers la zone d'opération. Outre ces coûts logistiques, il faut inclure les heures de vol pour l'aviation de guerre. Une heure de vol pour un mirage 2000 est d'environ 12.000 euros. Pour un Rafale, c'est largement plus, près de 27.000 euros l'heure. A quoi, il faut ajouter les primes versées aux hommes engagés sur le terrain. Et à l'heure actuelle, ils sont 4.000.

Cela dit, si l'on en croit les déclarations des ministres français, l'opération ne devrait pas coûter excessivement cher. Le retrait devrait s'amorcer le mois prochain. Et le coût total pourrait donc être couvert par la ligne budgétaire affectée préventivement aux opérations extérieures, une ligne de 630 millions d'euros.

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