Tunisie: les diplômés chômeurs délaissés par la classe politique


©

La Tunisie est dans l’attente d’un nouveau gouvernement. Sera-t-il composé de politiques, de techniciens ou d’un peu des deux ? La question monopolise actuellement le débat politique et les médias, à la grande frustration de toute une frange de la jeunesse, exclue, qui ne voit toujours pas arriver de solutions à ses problèmes quotidiens. Une jeunesse sans emploi, notamment les diplômés chômeurs, qui avait été le fer de lance de la révolution en 2011. Or l’Institut national de la statistique tunisienne vient de publier des chiffres qui montrent qu’en deux ans, le taux de chômage de ces diplômés ne s’est pas vraiment amélioré. Il s’élevait (officiellement) à 33,2% pour le 4e trimestre 2012. Cette stagnation est un véritable potentiel explosif pour le pays selon certains.

Avec notre envoyé spécial à Tunis, au siège de l’Organisation des diplômés chômeurs,

En 2011, ils avaient été l’un des moteurs de la révolution tunisienne. Aujourd’hui, les diplômés chômeurs ont le sentiment d’avoir été mis sur le côté par la classe politique.

Salem Ayari est le coordinateur de l'Union des diplômés chômeurs : « Ces deux années blanches n’ont rien fait réellement ni au niveau de la création de postes de travail ni au niveau du développement. Ils ont juste travaillé avec les anciens programmes, ils ont crée 25 000 postes dans le secteur public. Il y a presque 14 000 postes pour les anciens d’ Ennahda arrêtés pendant le régime de Ben Ali. Pour les jeunes chômeurs, ils n’ont rien fait ».

« Tant qu’il n’y a pas de travail, il n’y aura pas un espoir pour le futur »

Pour faire entendre leur voix, ces diplômés chômeurs se sont organisés. Ils revendiquent 24 bureaux régionaux (un pour chaque gouvernorat), 170 bureaux locaux, 10 000 adhérents.

Une véritable force sociale qui n’hésite pas à interpeller les politiques : « Les jeunes ont poussé Ben Ali à quitter la Tunisie pour avoir leur liberté et pour avoir un futur meilleur, des postes de travail. Tant qu’il n’y a pas de travail, il n’y aura pas un espoir pour le futur. Il n’y aura pas de stabilité, il y aura toujours des manifestations et des grèves, des sit-in. On peut parler de la deuxième révolution, surtout pour les jeunes ».

L’Union des diplômés chômeurs dit préparer une manifestation afin de rappeler aux hommes politiques tunisiens pourquoi les jeunes ont participé à la révolution.