«Les Chevaux de Dieu», rendez-vous au paradis


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Après avoir reçu le prix François-Chalais au dernier festival de Cannes, des louanges dans la presse et un écho très favorable lors des projections au Maroc, Les Chevaux de Dieu sort ce mercredi 20 février en salles en France. A partir du 23 février, il sera en lice pour l’Etalon d’or du 23e Fespaco. Le Marocain Nabil Ayouch scrute minutieusement les soubresauts d’une société qui bascule vers l’intégrisme. Montrant la vision des terroristes, nés dans des bidonvilles, il y dévoile les ingrédients explosifs qui ont rendu possible les terribles attentats de Casablanca en mai 2003.

Des gamins qui courent, se disputent, se battent… L’enjeu de la bagarre est simple : but ou pas but ? C’est que du foot sur un terrain vague, mais la scène violente et troublante du début résume bien la portée du film. Avoir un but dans la vie, c’est existentiel. Reste à savoir lequel : Marquer un but sur un terrain de foot ? Faire du fric avec les drogues ? Gagner sa vie honnêtement avec des oranges ? Se vendre à un marchand-truand pourri ?

Un système en faillite
 
Les habitants du bidonville Sidi Moumen mènent une vie désespérante : chaque jour, la misère ronge encore plus l’humanité de chacun. Ayouch dépeint un système en faillite : le père, la mère, la famille, les politiques, la société, tous se retrouvent en débâcle. L’espoir crève à petit feu. Après les attentats du 11-Septembre 2001, la religion deviendra la seule instance encore capable de donner des repères. La loyauté totale vers Allah remplace la raison. Dans cette histoire, la pratique de l’Islam se révèle très pratique. Vous avez violé un petit garçon ou tué votre patron ? Dieu vous pardonnera vos péchés, sous condition d’adhérer au diktat de cet Islam politique, de devenir un cheval de Dieu avec sa devise divine : « Tout ce qui nous rapproche à la mort, nous rapproche du paradis ».

Les visages du désespoir
 
Les Chevaux de Dieu pose la question de l’absolu et de la responsabilité de chacun. Nabil Ayouch filme avec beaucoup d’empathie le cheminement intérieur des jeunes protagonistes, les visages du désespoir et de la corruption, la vie difficile du bidonville, les frustrations sexuelles et l’humiliation née de la misère. Comment un meneur de jeu dans le foot se transforme en dealer, violeur, ivrogne, prisonnier… avant de renaître sous les auspices de l’Islam et se sacrifier comme martyr ?
 
La réalité de l'autre
 
Nabil Ayouch expose brillamment l’univers et l’état d’esprit du bidonville et ainsi de la société marocaine actuelle. La caméra survole les maisons, entre dans les cœurs, pénètre les désirs homosexuels et s’immisce dans la conscience des futurs kamikazes. Le réalisateur ose montrer la réalité de l’autre, souffle le chaud et le froid : le travelling au-dessus des toits nous soulage des plans terriblement rapprochés, le paradis des martyrs nous guette comme seule échappatoire de l’étouffant huis clos du bidonville. Le film explique tout : la faillite d’une société, la corruption, la pauvreté, l’absence de repères… sans pour autant donner une véritable réponse. Car Nabil Ayouch a sauté l’épisode-clé de l’histoire : la case prison. Hamid, le petit caïd qui aspire devenir messager de Dieu grâce à une ceinture d’explosifs, on le voit entrer en prison comme voyou et sortir comme croyant pratiquant et missionnaire. Mais rien, absolument rien n’explique la rédemption. Le mystère demeure intact. Du grand cinéma.

Dossier spécial FESPACO 2013

Accesseur Cinéma africain