Guinée: des milliers d’opposants ont manifesté sans incident


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A trois mois des élections, l’opposition fait de nouveau entendre sa voix. Des milliers d’opposants ont manifesté dans les rues de Conakry, ce lundi 18 février, pour exiger que les élections législatives prévues le 12 mai prochain soient libres et transparentes. Ils réclament notamment le renvoi, sans condition, de l’opérateur sud-africain Way Mark, chargé de mettre à jour le fichier électoral. C’est l’une des rares fois où les autorités ont levé l’interdiction de manifester.

Une mobilisation impressionnante de l’opposition guinéenne s’est déroulée à Conakry ce lundi. Plusieurs milliers de personnes ont défilé sur plus de 10 km, et la marche s’est terminée par un meeting à l’esplanade du Palais du peuple, le siège de l’Assemblée nationale situé dans le centre de la capitale guinéenne.

Dans un premier temps, cette manifestation avait été interdite, mais elle a finalement été autorisée par le pouvoir. Aucun incident n’a été signalé durant tout le défilé des marcheurs, ni lors du rassemblement qui s’est dispersé dans le calme. Jusqu’à présent, les manifestations de l’opposition avaient été régulièrement et durement réprimées par les forces de l’ordre.

Rejet de l'opérateur WayMark et de la CENI

Les manifestants ont scandé des slogans hostiles au pouvoir en place et à la Commission électorale nationale électorale (Céni), en charge de l'organisation des élections politiques dans le pays. Ils ont brandi des pancartes sur lesquelles on pouvait lire : « A bas la dictature », « oui à des élections législatives, libres et transparentes », « vive la Guinée libre et démocratique », ou encore « non à l’opérateur technique WaymMark ».

Le rejet de WayMark – l’opérateur sud-africain retenu par les autorités guinéennes pour la révision du fichier électoral –, mais aussi la possibilité pour la forte communauté guinéenne de l’étranger de voter comme le prévoit le code électoral : voilà en effet quelques-uns des points de revendication de l'opposition guinéenne, qui dénonce également le disfonctionnement de la Céni.

Le gouvernement a, quant à lui, déployé un important dispositif sécuritaire et des agents des forces de l'ordre ont été postés dans les grands carrefours et sur certains axes routiers, afin d'éviter tout débordement de la manifestation des militants de l'opposition.

A la tête du cortège, il y avait bien entendu les chefs des partis politiques : Cellou Dalein Diallo, de l’Union des forces démocratiques de Guinée ; Jean-Marc Télliano, porte-parole de l’opposition ; Mouctar Diallo, des Nouvelles forces démocratiques (NFD) ; mais aussi Barry Boubacar, le président du Parti national pour le renouveau (PNR) ou encore Madame Zalikatou DialloTraoré, secrétaire générale du Parti de l'espoir et du développement national (PEDN, parti de l’ancien Premier ministre Lansana Couyaté).

Joint par RFI, Boubacar Barry, président de l’Union nationale pour le renouveau (UNR), explique l’objectif de cette première manifestation à laquelle il a assisté.

Nous rencontrons des difficultés - depuis deux ans maintenant – pour organiser ces élections.
Boubacar Barry
10-10-2013 - Par Moktar Bah

De son côté, Kassory Fofana, leader du parti Guinée Pour Tous (GPT) et ancien ministre de l’Economie et des Finances du général Lansana Conté, se félicite de la mobilisation et fait un procès au régime du président Alpha Condé.

Le sens de la marche d’aujourd’hui est un signal fort envoyé au pouvoir pour qu’il revoie sa copie.
Kassory Fofana
10-10-2013 - Par Moktar Bah

En décembre 2012, la Céni a annoncé que les législatives – repoussées sans cesse depuis lors – auraient lieu le 12 mai prochain. Les dernières législatives remontent à juin 2002, sous la présidence du général Lansana Conté, décédé en décembre 2008 après 24 ans au pouvoir. Actuellement, c’est un conseil national de transition non élu qui fait office de Parlement.