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Eko Atlantic, le Nigeria s’offre un bijou dans la lagune de Lagos

media

La métropole du Nigeria est en train de modifier son visage. Le changement est d’importance puisqu’il s’agit de construire, à partir de rien, une île dans la lagune de Lagos. Baptisée Eko Atlantic, cette ville du futur a pour premier but d’amortir l’assaut des vagues de l’Atlantique qui gruge le littoral. La première phase des travaux vient d’être lancée en présence notamment de Bill Clinton, l’ex-président américain.

Les choses ont été faites en grand, à la mesure du Nigeria. Eko Atlantic sort petit à petit, mètre par mètre de l’océan Atlantique. Ce projet immobilier gigantesque qui devrait à terme accueillir quelque 250 000 habitants sur 9 km2 est avant tout présenté comme un plan de sauvetage pour la métropole Lagos et sa lagune. Menacées par les coups de boutoir de l’Atlantique, les terres du littoral sont littéralement englouties. Pour arrêter le processus, l’idée d’un barrage est naturellement venue aux responsables. Mais tant qu’à faire, autant construire une structure qui soit à la fois une protection contre l’océan, un espace habitable et… une opération financière rentable. 

Le projet Eko Atlantic était né. Eko, étant le nom de la ville de Lagos en yoruba. Et ce qui n’est encore qu’une langue de terre sableuse qui s’allonge depuis l’île Victoria représente le plus gros chantier du pays et le seul projet de reconquête des terres à cette échelle sur le continent africain. Ici, tout se compte en millions ou en milliards : les tonnes de sable arrachées au fond de l’océan, les mètres cube de béton coulés et bien sûr, les dollars… 
 
L’admiration de Bill Clinton
Un accropode, d'un poids de cinq tonnes, est mis en place au moyen d'une grue. © Eko Atlantic
Les travaux de dragage ont été lancés en 2009 par la plus importante entreprise chinoise du secteur, la China Communications Construction. La  première phase du projet immobilier sur le point d’être lancée sur l’île artificielle vient d’ailleurs d’être officiellement inaugurée le 21 février 2013. Le président nigérian Goodluck Jonathan a voulu pour l’occasion marquer l’ampleur du projet en conviant pour l’occasion Bill Clinton. L’ex-président américain, via sa fondation Clinton Global Initiative, avait d’ailleurs, dès 2009, reconnu le projet comme un des plus enthousiasmant et des plus ambitieux en Afrique. « Je pense que d’ici cinq ans, les gens viendront de partout juste pour admirer » l’ouvrage, s’est encore enthousiasmé Bill Clinton lors de l’inauguration.  
 
Et l’ouvrage a en effet de quoi épater les foules. Un immense barrage, le « Grand mur de Lagos » comme l’ont baptisé les habitants de la mégapole, protège l’île artificielle sur 4,5 kilomètres de long ; à terme il s’étirera sur 7 km tournant le dos à l’océan, à 9 mètres au-dessus du niveau de la mer. Ce dispositif de brise-lames, à la fois immergé et émergé, est constitué de blocs de béton dits « accropode » destinés à absorber l’énergie des vagues.
 
Les différentes étapes du colossal chantier sont assurées par un consortium de compagnies chapeauté par le groupe Chagoury, incontournable dans les milieux d’affaires nigérians et par sa filiale South Energyx. Trois grandes banques nigérianes participent à l’opération ainsi qu’une française, BNP Paribas. Pour l’ingénierie hydraulique, les Néerlandais de Royal Haskoning ont été choisis, tant leur suprématie en la matière reste dominante.
 
Visible de l’espace  
A ce jour, le comblement représente 4 millions de mètres cube et la prolongation de l’île Victoria ainsi gagnée sur la mer, est même visible de l’espace. Une photo haute-résolution prise depuis un satellite américain, à 600 km au-dessus de la Terre, témoigne de l’importance du chantier. Et surtout, elle permet de constater que la côte a retrouvé le tracé qui était le sien il y a un siècle.
 
Si les promoteurs d’Eko Atlantic sont diserts sur les apports positifs de leur projet, ils sont nettement plus discrets quand il s’agit d’en évaluer l’impact environnemental. Sur leur site, la page qui est dédiée à ce volet s’ouvre que sur le fatidique « 404 », autant dire sur les abîmes du néant ! Cela dit, les habitants moins bien lotis de la lagune ont déjà fait savoir qu’ils avaient à se plaindre des modifications qu’engendrent le chantier herculéen : marées plus fortes, érosions des côtes, sans compter les expulsions pour laisser place à la nouvelle cité destinée aux nantis…
 
Bidonvilles et dollars
 
Par contre, toujours sur le site, la page destinée à séduire de potentiels investisseurs est bel et bien disponible. On y fait miroiter tous les avantages que peut offrir le Nigeria et singulièrement la ville nouvelle à ceux qui sont à l’affût de placements rentables. Pour ceux qui ont de l’argent et qui ont confiance dans la solidité du « Grand mur de Lagos » prévu, assurent ses constructeurs, pour résister au moins deux siècles aux plus fortes tempêtes, pour ceux-là effectivement, il y a des opportunités à saisir dans cette loterie à 6 milliards de dollars, entièrement montée avec des fonds privés.    

Eko Atlantic, qui entend rivaliser avec Dubaï, proposera de luxueux appartements, trois marinas, des centres commerciaux et des bureaux où travailleront 150 000 personnes. Traversée par une voie navigable large de 30 mètres, la cité sera autonome tant en énergie qu’en approvisionnement en eau et disposera d’une sécurité privée. La ville de Lagos est en effet soumise à une formidable pression démographique : ses 15 millions d’habitants sont rejoints chaque année par 600 000 autres. Loin de fléchir, la population de la conurbation de Lagos devrait atteindre dès 2015 plus de 25 millions d’habitants selon les projections des Nations unies. Les deux tiers des habitants de la capitale économique du Nigeria vivent aujourd’hui dans des bidonvilles.

 

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