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Aqmi : la face cachée du chef terroriste Abou Zeïd

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L'organisation al-Qaïda au Maghreb islamique avait installé son quartier général à Tombouctou durant dix mois, avant d’être délogée par les armées françaises et maliennes. Les Tombouctiens, qui ont rencontré le preneur d’otage Abdelhamid Abou Zeïd, regrettent la barbarie de ses hommes, mais leurs témoignages dessinent le portrait en creux d’un homme mystérieux et parfois sensible.

Il n’y a aucune place pour le doute. L’occupation jihadiste a laissé un très mauvais souvenir au médecin en chef de l’hôpital de Tombouctou. Devant des délégués de l’ONU jeudi, le docteur Ibrahim Maïga a été pris de sanglots lorsqu’il a évoqué la souffrance imposée aux femmes, les coups de fouets, les coups de crosse, les femmes enceintes incarcérées, et les morts in utéro.

Le docteur Maïga, qui a lu le reste de son discours d’une voix chevrotante, semble souffrir d’un stress post-traumatique. Il soignait les victimes et leurs bourreaux, puisqu’il consultait régulièrement le chef d’Aqmi, Abou Zeïd. « Il était craint de tout de monde, et il ne se séparait jamais de sa kalachnikov. Il est chétif, il doit mesurer un mètre cinquante. Mais mentalement, c’est quelqu’un de fort, de stable, il est sûr de lui et semble avoir un moral d’acier. Mais il savait aussi se montrer sensible, il se souciait de la santé de la population », reconnaît le docteur.

Il prêtait des véhicules et du carburant au docteur

Homme de cœur Abu Zeïd ou fin stratège ? Il lui arrivait de prêter ses véhicules et du carburant à Ibrahim Maïga pour qu’il soigne des malades en brousse. Zeïd, fondamentaliste islamiste s’il en est, ne s’était pas non plus opposé à ce que des auxiliaires médicaux chrétiens étrangers viennent renforcer les effectifs de l’hôpital.

Avant de prendre la fuite, Abu Zeïd s’est acquitté de toutes ses dettes contractées à la pharmacie Jour et Nuit, la seule qui est restée ouverte durant les dix mois d’occupation. Les djihadistes s’y approvisionnaient tous les jours, et achetaient moult compresses, des anxiolytiques, des couches, du lait en poudre, raconte Ibrahim Djitteye, l’assistant pharmacien. « Abu Zeïd venait souvent avec ses gardes du corps, qui posaient leurs mitraillettes sur le comptoir. Il me devait 220 000 francs CFA, et il m’a tout rendu avant de prendre la fuite », se souvient le jeune assistant. Les chefs d’Aqmi se sont également acquittés de leurs dettes envers le boucher et un restaurateur de Tombouctou avant de quitter la ville.

« C’est un homme petit, avare en paroles »

Le porte-parole du comité de crise de Tombouctou, mis en place dès le début de l’occupation pour remplacer l’administration, a été lui aussi très surpris de sa première rencontre avec Abu Zeid. « C’est un homme petit, avare en paroles, discret, presque effacé. Il n’a pas du tout l’allure d’un chef de guerre, et jamais il n’a élevé le ton. Quand on soulevait un problème il écoutait », raconte Mahamane Alidji Touré. Le comité de crise, à plusieurs reprises, est parvenu à faire reculer Aqmi. « La population était derrière nous. Si le but d’ Aqmi était de séduire et d’endoctriner les gens, ils ont complètement manqué le coche », ajoute l’ancien directeur d’école. Les chefs d’Aqmi semblent avoir dressé le même constat.

Dans les anciens bureaux de la commission de presse des jihadistes, RFI et Libération ont découvert l’intégralité de la feuille de route datée du 20 Juillet et rédigée par le grand patron d’Aqmi Abdelmalik Droukdel. « Il aurait mieux valu éduquer les habitants et leur transmettre les règles de l’islam plutôt que de réprimer de la sorte, il est très difficile de combattre tout un peuple », regrette le grand patron d’Aqmi dans le chapitre « vision sur la formation d’un gouvernement provisoire de l’Azawad », cinquième chapitre de ce vade mecum broché d’une centaine de pages.

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