«Moi Zaphira», Bravo Apolline Traoré !


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Elle représente le pays hôte, Burkina Faso, dans la compétition officielle du plus grand festival panafricain du cinéma. Moi Zaphira nous raconte l’histoire d’une femme courageuse qui refuse de soumettre son bonheur aux us et coutumes d’une tradition dépassée. A Ouagadougou, au 23e Fespaco, Apollina Traoré avait tremblé avant la projection du film, après c’était aux spectateurs d’être touchés et troublés par la beauté des images et la justesse de son propos sur la société burkinabè. Dès la première jusqu’à la dernière minute, Traoré a conquis son public, venu en nombre dans une salle bondée jusqu’à la dernière place à même le sol. Après une séance émouvante, elle a réservé à RFI sa première réaction.

Lors de la première au cinéma Burkina, les spectateurs ont visiblement vécu un moment de grâce et de bonheur. « Moi Aminata », est-ce un film pour toucher le cœur des Burkinabè ?

Oui, je crois que je l’ai touché. Les bonnes réactions sont venues au bon moment. Ma première crainte c’était qu’ils ne vont pas comprendre les petites rigolades que j’ai mises dans le film. Heureusement, cela a bien marché. Ils ont réagi exactement comme je voulais.
 
C’est un film qui repose en grande partie sur cette belle langue bambara que beaucoup découvriront grâce à vous. Ceux qui sont obligés de suivre les sous-titres en français, ratent-ils quelque chose ?
 
On ne peut pas tout sous-titrer. Il y a certains termes, insultes et réactions, quand on parle en bambara c’est différent. Malheureusement, on ne peut pas le traduire en français. On ne peut traduire un peu ce qu’on veut dire. C’est vrai, quand on comprend le bambara, c’est beaucoup plus marrant, beaucoup plus profond qu’en français et on perd un peu quand on le traduit.
 
Vous montrez une réalité crue du Burkina Faso : des femmes obligées de se prostituer pour survivre, des hommes qui meurent dans les mines, le courage des femmes, la lâcheté des hommes et même un village qui préfère vivre aux crochets des Blancs avec des vivres apportés que de cultiver ses propres champs. Votre film, est-ce une traversée de la société burkinabè ?
 
Bien sûr, tout cela existe. Il ne faut pas avoir peur de montrer ce qu’il en est. J’ai voulu montrer une femme forte qui se bat contre certaines traditions. D’autres traditions sont très importantes, mais on évolue et on s’adapte. Par rapport à certaines réalités dans des villages, voilà, il ne faut pas toujours attendre l’aide extérieure et c’est ce que j’ai voulu dénoncer. Et ce n’est pas parce qu’on nous aide qu’on ne va plus rien faire. Il faut se battre. Avec son rêve, la femme n’avait pas décidé de changer le village, elle a tout simplement décidé une meilleure vie pour sa fille. Et ce rêve-là a changé un village. Quoi de plus merveilleux ?
 
« Moi Zaphira », ce « Moi », c’est quoi dans la société burkinabè actuelle? C’est l’individualisme ?
 
Exactement, mais c’est pour montrer que l’individualisme peut changer le monde.
 
Il y a la beauté de la langue, mais aussi une beauté visuelle poussée qui passe par l’utilisation du noir et blanc. La seule couleur est ce magazine qui lui donne l’idée de transformer sa fille en mannequin. Pourquoi ce choix des couleurs?
 
J’ai voulu montrer le noir et blanc. C’est vrai qu’en gonflant le film, en allant en 35mm, cela a perdu un peu la qualité du noir et blanc. Cela s’est un peu sépiaïsé, c’est devenu un peu rouge. On a travaillé en vidéo, après on l’a transformé en 35mm et avec le 35mm, une bobine couleur, malheureusement, cela nous donne un peu cette couleur chaude. Mais bon, on nous a demandé du 35mm, on a donné du 35mm. Mais j’ai voulu faire du noir et blanc pour que les spectateurs comprennent un peu son mal-être. Le noir et blanc est froid, il n’y a pas de couleur et elle n’est pas bien dans sa peau. Elle n’est pas contente où elle est, mais son seul espoir c’est ce magazine de mannequins. L’espoir c’est la couleur, c’est sa couleur et ce magazine est un peu comme sa bible. C’est pourquoi j’ai décidé de montrer ce magazine en couleur.
 
Qu’est-ce que vous attendez après cette première projection ?

J’ai vu des bonnes réactions. Je ne suis plus qu’heureuse et aujourd’hui je ne souhaite que ce film traverse les frontières.

 

Dossier spécial FESPACO 2013

Accesseur Cinéma africain

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