Fespaco: le Prix de la critique africaine parrainé par RFI pour «One Man’s Show» d’Aduaka Newton Ifeanyi

Le réalisateur nigérian Aduaka Newton Ifeanyi après la première de son film «One Man's Show» pour lequel il a obtenu le Prix de la critique au 23e Fespaco.
© Siegfried Forster / RFI

C’est un film aussi exigeant qu’expérimental qui a gagné, vendredi 1er mars, le Prix de la critique lors de la 23e édition du Fespaco qui se termine ce samedi 2 mars avec l’Etalon d’or. One Man’s Show d’Aduaka Newton Ifeanyi raconte l’histoire d’un artiste, englouti par son métier, qui combat notre monde de plus en plus virtuel. Quand il est atteint d’un cancer, sa vision artistique commence à vaciller. L’Etalon d’or de 2007 pour Ezra, le réalisateur nigérian vit actuellement en France. Il met en scène le Camerounais Emile Abossolo Mbo qui nous fait vivre une grande expérience cinématographique entre Dante et Stand-up comedy, théâtre et performance. Entretien avec Aduaka Newton Ifeanyi.

Regarder votre film exige beaucoup d’efforts. One Man’s Show est-ce un film difficile ?

C’est un film très difficile. Après Ezra, je voulais faire un film simple, mais faire simple est une chose très difficile. En plus, je voulais avoir plus la main sur mon film. C’est pour cela que je l’ai produit moi-même. Il parle d’une histoire que j’avais essayé de raconter depuis dix ans : un artiste noir qui a réussi et qui est confronté à ses limites dans un contexte européen. Je ne parle absolument pas de politique, je me concentre uniquement sur le combat de cet homme. Je montre le prix à payer pour son choix d’être artiste
 
Dans le film, son fils de cinq ans lui demande : Qu’est-ce que l'imagination ? Qu’est-ce que la mémoire ? C’était une question que vous posez au public, n’est-ce pas ?
 
Oui, il nous pose la question, parce qu’il s’agit d’une limite assez floue. Si nous n’avons pas de la mémoire, est-ce que nous aurons encore l’imagination ? Et si notre imagination vient de notre mémoire, à ce moment là nous devrons prendre notre imagination plus au sérieux.
 
Il y a des chapitres intitulés « Naissance », « Enfer », « Purgatoire » ou « Paradis ». Est-ce une petite bible cinématographique ?
 
Non, je pense que c’est plutôt Dante (rires). C’est la Divine Comédie de Dante. La chose amusante derrière cette histoire, c’est que ma mère m’a toujours dit de faire une histoire d’amour et une comédie. Avec One Man’s Show, j’ai fait une histoire d’amour disons assez cruelle et une comédie divine (rires). Pour moi, la Comédie divine est le sourire de Dieu à l’attention de l’homme qui veut toujours contrôler les choses. Pour moi, c’est le hasard, la chance qu’on rencontre dans la vie qui nous définit et non pas nos projets. C’est notre inconscient qui se transforme en mémoire.
 
Au début et à la fin du film, il y a deux scènes absolument incroyablement interprété par Emile Abossolo Mbo. Comment l’avez-vous trouvé ?
 
C’est un acteur incroyable. Je l’ai rencontré il y a onze ans à Paris. En 1996, il avait joué au Palais des papes au Festival d’Avignon, une pièce d’Aimé Césaire, La Tragédie du roi Christophe. Et tout d’un coup sa carrière s’est arrêtée. J’ai vu comment il a galéré et je n’ai jamais compris pourquoi. C'est pour cela que je voulais faire un film qui montre le combat de ces acteurs noirs. Leur situation n’a souvent rien à avoir avec leur talent, mais beaucoup avec le fonctionnement de l’industrie. Cet acteur a tout sacrifié pour sa carrière : son fils, sa femme, sa vie, il a tout transformé en matière première de son art. Et à la fin, son art le déçoit. C’est ça que je voulais montrer.
 
Vous ne parlez pas un mot français, mais étonnamment, le film est entièrement interprété en français.
 
 Je me suis toujours dit que je ne pouvais pas faire un film en français. Finalement, je voulais en finir avec cette idée que la pièce est autour de la langue parlée. Le cinéma a sa propre langue ! On peut parler avec du texte et une langue, mais ce qu’on comprend, cela doit être « cinéma ». Le cinéma va au-delà de simples mots : des émotions, des lumières, le subconscient. Le cinéma est un espace très puissant. Cela se passe dans une boîte noire, le focus est l’écran, et ensuite apparaissent des émotions ou un voyage psychologique dans la vie d’un homme. Je me suis senti capable de tourner le film en français. Je voulais tuer cette idée qu’il faut maîtriser une langue pour tourner un film dans cette langue. J’ai pu me libérer de cette idée, parce que j’ai travaillé avec des comédiens très talentueux en qui j’avais confiance. On a répété ensemble pendant cinq semaines. Mon travail était de surveiller le côté émotionnel et dynamique du film. Parce que, finalement, nous sommes tous les mêmes. Quand vous enlevez les mots, les émotions sont les mêmes. Je pense qu’on met trop l’accent sur la langue, parce que la plupart des vérités ne sont pas parlées.

Dossier spécial FESPACO 2013

Accesseur Cinéma africain

 

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