Guinée: les appels au calme d’Alpha Condé n’ont pas empêché la reprise des violences

Un magasin incendié, lors des affrontements de vendredi 1er mars, dans le quartier de Madina.
© REUTERS/Saliou Samb

En Guinée, l'appel au calme et à l'apaisement du président Alpha Condé n'a pas été entendu. Les violences se sont poursuivies samedi 2 mars dans la matinée à Conakry. Une personne a été tuée par balle, ce qui porte à trois le nombre de morts - dont un policier - depuis le début des violences, mercredi 27 février. L’opposition, qui doit être reçue lundi par Alpha Condé, réclame une médiation internationale.

Les tirs à balles réels, enregistrés pour la première fois depuis le début des violences, mercredi, sont le fait d’un groupe de forces de l’ordre qui sème la terreur depuis la nuit de vendredi à samedi dernière dans le quartier de Koloma, ignorant les appels au calme lancé hier soir sur les medias d’Etat par Alpha Condé, président de la république.

Samedi, on a enregistré au moins un mort, décédé des suites de ses blessures. Douze autres blessés reçoivent des soins dans divers centres médicaux de la capitale.

Trois morts et près de 200 blessés

C’est la suite de trois jours de violence, qui ont déjà fait trois morts, près de 200 blessés et d’importants dégâts matériels. Vendredi, des magasins et des supermarchés ont été vandalisés un peu partout dans la ville de Conakry, notamment à Matoto, dans le Sud-Est de la ville, et au grand marché de Madina, au vu et au su des forces de l’ordre déployées sur les lieux.

C’est pourquoi le gouverneur de Conakry a décidé la fermeture du grand marché ce samedi et menacé de poursuite tout fauteur de trouble, dans l’espoir de ramener le calme dans la cité.

Demande de médiation internationale

L’opposant Cellou Dalein Diallo, président de l'UFDG, accuse la police de jouer le jeu du pouvoir, d'être partisane et d'agresser la communauté peul. « Nous souhaitons que se mette en place une médiation internationale, pour qu’on examine les divergences qui opposent le pouvoir et l’opposition, et que l’on essaye de trouver des solutions, dans le cadre d’un dialogue, mais sous l’arbitrage de la communauté internationale », a-t-il déclaré à RFI, évoquant « une crise de confiance » entre le pouvoir et l’opposition.

« Il n’y a pas de bonne foi, il n’y a pas d’honnêteté dans l’exercice du dialogue. Chaque fois que l’on a essayé de le faire – on ne l’a pas souvent fait d’ailleurs – mais aujourd’hui, on sait qu’il n’y a pas de volonté d’aller sur la base d’un consensus à ces élections », juge Cellou Dalein Diallo.

« Monsieur Alpha Condé souhaite qu’on aille aux élections à ses conditions, avec son opérateur, avec sa Céni, avec son calendrier qui n’a fait l’objet d’aucun examen ni au niveau de la Céni, ni au niveau de la classe politique. Il n’est pas question qu’on aille avec l’opérateur Waymark qu’il a choisi tout seul sans appel d’offre ni cahier des charges », affirme-t-il encore, estimant que l’« on ne peut pas aller non plus sans le vote des Guinéens de l’extérieur, dès lors que la Constitution de la république leur a donné le droit de participer aux élections législatives pour le scrutin de liste. »

L'opposition reçue lundi par Alpha Condé

Damantang Albert Camara, porte-parole du gouvernement, estime que l'opposition est dans le procès d'intention, il se fait l'écho des appels au calme d'Alpha Condé.

« Aujourd’hui, il y a une initiative qui a été prise par le président de la République pour amener les acteurs politiques autour d’une table. C’est prévu pour ce lundi, et j’ose croire que nous n’aurons pas besoin, encore une fois, de faire appel à la communauté internationale, qui soit dit en passant, est présente dans notre dialogue », a-t-il déclaré, dénonçant un « procès d’intention que l’opposition fait par exemple à l’opérateur Waymark en partant du principe que, si le président s’est quelque peu impliqué dans la venue de cet opérateur – ce qui est faux d’ailleurs - cela veut dire que cet opérateur profite de la présidentielle. »

Pour le porte-parole du gouvernement, il faudra nécessairement « trouver les moyens d’instaurer la confiance. Soit nous le faisons nous-mêmes, soit nous appelons d’autres personnes pour nous aider à le faire. Mais l’idéal, c’est qu’on y arrive très vite pour aller aux élections. »

La président de la république, Alpha Condé, a prévu de rencontrer les leaders de l’opposition, la semaine prochaine, pour tenter de sortir de ce bras de fer.

La France, de son côté, a appelé l’ensemble des acteurs politiques guinéens à faire preuve de retenue et à s’engager, sans délai et de bonne foi, dans un processus de dialogue politique.

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