Le Fespaco 2013 est fini, la ruée vers l’or continue

Les derniers festivaliers ont quitté Ouagadougou, la capitale africaine du cinéma. Et Alain Gomis, l’heureux gagnant de l’Etalon d’or du Fespaco 2013 avec Tey (Aujourd'hui), a remballé son prestigieux trophée doré pour retrouver ce lundi 4 mars Paris et repartir pour d’autres aventures cinématographiques. Au Burkina Faso, en attendant le Fespaco 2015, la ruée vers l’or continue. Car l’or est devenu le produit numéro 1 dans les exportations du pays, avec des effets néfastes pour la société et l’environnement, comme l’avait démontré Apolline Traoré dans son film Moi Zaphira.
Jusqu’au verdict du jury le weekend dernier, tous les vingt cinéastes de la compétition officielle du Fespaco n’avaient qu’une seule idée en tête : recevoir l’Etalon d’or, ce cheval cabré, fier et doré du pays des hommes intègres, symbole de l’excellence cinématographique africaine. Mais d’autres chercheurs d’or restent encore actifs au Burkina Faso. Comme ce jeune ingénieur canadien, rencontré par hasard dans l’avion vers Ouagadougou. Après un voyage de 24 heures non-stop de Montréal à Ouagadougou via Paris, il est venu pour la deuxième fois au Burkina pour travailler dans une mine d’or.
Depuis 2009, poussé par les cours mondiaux, l’or est devenu le premier produit d’exportation du pays représentant 46 pour cent des recettes. Pourtant, le Burkina, pays enclavé au cœur du Sahel, reste le premier producteur de coton d’Afrique subsaharienne. Ces dernières années, le secteur minier avait réellement explosé. De 5,4 tonnes en 2008, la production aurifère a atteint les 40 tonnes en 2012. En 2011, la production d’or des six mines industrielles en service a contribué pour 620 milliards F CFA aux recettes d’exportation du pays. Et le Burkina ne veut pas s’arrêter là. Le pays a délivré 162 autorisations de recherche minière en 2012 et ouvert la huitième mine en mai 2012.
700 mines d'or
Dans son film Moi Zaphira, qui a reçu l’Etalon d’or de la meilleur actrice, la réalisatrice burkinabè Apolline Traoré met à l’écran cette partie sombre de son pays où la moitié de la population vit avec moins d’un dollar par jour et où, selon l’Unicef, jusqu’à 700 000 enfants de 5 à 18 ans travailleraient dans les 700 mines d'or dont six mines industrielles. Les conditions de travail y sont souvent misérables et les maladies, l’abus sexuels, l’exploitation et la mort monnaie courante. Dans Moi Zaphira, l’héroïne du film s’apprête à se prostituer dans un bar à côté d’une mine d’or pour payer les médicaments pour sa fille malade. Et elle finit à se travestir et risquer sa vie pour travailler dans les mines d’or, à priori interdites aux femmes, parce que censées de porter malheur et faire tarir les mines. Ainsi Apolline Traoré nous offre une remarquable traversée de la société burkinabè. Elle ne montre pas uniquement les éboulements de sites miniers, mais l’effondrement de la société autour.
Une autre traversée de la société burkinabè, avec Tiko, artiste-peintre à Ouagadougou. |
![]() Tiko, 39 ans, artiste-peintre à Ouagadougou. Siegfried Forster / RFI |
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