Mali: opération «presse morte» pour la libération du journaliste du Républicain


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Les journalistes maliens ont décidé, lundi, de lancer une opération « presse morte » à compter de ce mardi 12 mars, jusqu’à la libération de leur confrère, Boukary Daou, du quotidien Le Républicain, arrêté pour avoir diffusé une lettre ouverte attribuée à un militaire. En visite à Nouakchott, le président malien par intérim, Dioncounda Traoré, a pour sa part affirmé que le journaliste a « dépassé la liberté de la presse » en publiant cette lettre qui, selon lui, incite les soldats à quitter le front.

Les directeurs de la publication de journaux et de radios privés se sont réunis, lundi, à Bamako pour soutenir Boukary Daou, arrêté la semaine dernière. Lors de cette rencontre qui s’est très vite transformée en Assemblée générale, une première décision a aussitôt été prise : « Nous avons décidé, à l’issue de notre Assemblée générale, de ne pas paraître et de ne pas diffuser, par voie des ondes, jusqu’à la libération de notre confrère arrêté », a déclaré Sambi Touré, directeur de publication d’Info Matin, journal de Bamako.

Une libération « immédiate »

A partir du mardi 12 mars - journée sans presse écrite et sans radio - il n’y aura donc pas de journaux privés dans les kiosques et pas d’émissions sur les nombreuses radios privées de Bamako et ce, jusqu’à nouvel ordre. Les confrères maliens tiennent ainsi à soutenir le directeur de la publication du quotidien Le Républicain, et à réclamer sa libération « immédiate ».

« Nous exigeons la libération immédiate de notre confrère arrêté », a par exemple martelé Kassim Traoré, président de l’Association des jeunes reporters du Mali. De son côté, Adama Drame, directeur de la publication de l’hebdomadaire Le Sphinx a déclaré qu’au Mali, « la liberté de la presse est de plus en plus bafouée ».

Une grande voix de la presse privée malienne – Amata Dia - s’est également fait entendre et a ému l’auditoire : « Moi, depuis quelque temps, je suis menacée de mort et je ne peux même pas, pour le moment, rendre publics les noms de ceux qui me menacent », a-t-elle déclaré.

Boukary Daou a été arrêté le 6 mars, dans la capitale malienne, après avoir publié une lettre ouverte de soldats maliens contre le capitaine putschiste Sanogo. Ces soldats -  tous au front - se disent « révoltés par les avantages accordés » au capitaine Sanogo dans une lettre adressée au président malien, Dioncounda Traoré.

« Nous avons appris que pendant que nous mourons, nous, dans le grand désert, le capitaine Sanogo, pour avoir fait un coup d’Etat, et mis le pays dans la situation que nous connaissons, doit bénéficier d’un salaire de quatre millions de francs CFA [plus de 6 000 euros par mois, NDR] », indique la lettre où il est également écrit : « Si cette décision n’était pas annulée dans les deux semaines suivantes, nous cesserons, nous, c'est-à-dire mes éléments et moi, de combattre », précise le signataire de la lettre, un certain « capitaine Touré ».

A « dépassé la liberté de la presse »

Avant même cette décision prise par les journalistes maliens de lancer leur opération « presse morte », le président Traoré s’est, pour sa part, exprimé sur l’arrestation du journaliste Boukary Daou et sur la publication de la lettre. Le président malien a affirmé que le journaliste a « quelque peu outrepassé la liberté de la presse et ses droits » et qu’il a été interpellé afin d’en apprendre davantage sur cette lettre qui, selon lui, incite les soldats à quitter le front.

Il sera libéré si (je dis bien « si ») ; s’il n’y a pas autre chose derrière ce qui a été écrit.
Dioncounda Traoré
11-10-2013 - Par Laura Martel

 Appel au dialogue entre les autorités et la presse

Joint par RFI, Gabriel Baglo, responsable Afrique de la Fédération Internationale des Journalistes, considère, quant à lui, que cette affaire témoigne d’une dégradation générale de la liberté de la presse au Mali. Il appelle à la libération du journaliste et, en cette situation de guerre dans laquelle se trouve le pays, il appelle également à un dialogue entre les autorités et les collègues de la presse.

Ce que nous croyons, c’est que cette lettre gêne les putschistes qui sont à Bamako dont le capitaine Sanogo.
Gabriel Baglo
11-10-2013 - Par Nathalie Amar