Azarias Ruberwa: «Kinshasa n’a pas le choix, il y aura intégration du M23»

Depuis mai 2012, l’armée combat le Mouvement du 23 mars (M23) dans l’est de la République démocratique du Congo. Les rebelles revendiquent à l’origine la pleine application des accords du 23 mars 2009, qui avaient notamment régi leur intégration dans l’armée et devaient consacrer le retour de milliers de réfugiés congolais tutsis. Le plus vieil ancêtre du M23 est le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), l’ex-rébellion de l’avocat Azarias Ruberwa, 48 ans, originaire du Sud-Kivu (est) et qui fut vice-président de la transition (2003-2006) au sortir de la guerre. Aujourd’hui, le RCD est un parti d’opposition qui compte trois sénateurs et une trentaine de députés provinciaux.
RFI : Vous avez rencontré, début mars, Aubin Minaku, président de l’Assemblée nationale, dans le cadre de consultations préliminaires menées en amont des concertations nationales voulues par le président Joseph Kabila…
Azarias Ruberwa : Il nous a dit que le président était conscient qu’il y avait beaucoup de problèmes dans le pays et il nous a donné quelques matières qui allaient faire l’objet de ce dialogue – des questions liées à la gouvernance, des questions liées à la justice, des questions liées à la réconciliation… (…) Nous lui avons fait des suggestions – avec cette réserve que, pour la démocratie, si c’est une réunion sérieuse nous prendrons part, mais si c’est du gaspillage de temps et d’énergie, de fonds, sans déboucher sur des remèdes substantiels, à ce moment-là on ne pourrait pas en faire partie. Il m’a laissé entendre que ce serait des décisions qui seront exécutées.
Qu’avez-vous suggéré ?
La première matière c’est évidemment la situation sécuritaire du pays, en particulier la situation sécuritaire à l’est. Compte tenu de la nature, de l’historique et de la vision, surtout, du RCD, nous avions dit que nous pouvions être d’un apport important pour une paix durable à l’est de la RDC en particulier, et dans l’ensemble du pays en général. Nous connaissons le problème, nous connaissons les hommes, nous avons géré cette partie du territoire les années passées (…) Nous avons également abordé des matières comme la réconciliation, et particulièrement l’aspect de la nation. Parce que depuis l’Indépendance, lorsqu’on ne reproche pas ici d’appartenir à telle province, on reproche d’appartenir à telle tribu ou alors d’avoir tel type de faciès et ça fait de vous [quelqu’un de] plus Congolais ou moins Congolais.
Vous faites référence aux Congolais tutsis ?
Oui, absolument, bien sûr ! Il y a pas mal de questions. (…) Au-delà du niveau national, vous avez d’autres questions intrinsèques au sein de la société où, quelqu’un, parce qu’il est tutsi, il a tel faciès, on va lui imputer une nationalité étrangères (…) Il y a aussi des questions spécifiques aux minorités, telle cette question des réfugiés qui ne rentrent pas alors que ça fait quinze ans qu’ils sont dans les pays voisins. Ils voient leur terre en face, et donc ils peuvent constituer à coup sûr un bastion de recrutement pour quiconque veut des revendications qu’ils estiment légitimes.
Le M23 a étendu ses revendications à la sphère sociale, politique, économique… recoupant des doléances de l’opposition. Est-ce que le M23 a sa place à la table de ces concertations ?
Si les concertations se faisaient avant la conclusion des discussions de Kampala, évidemment, ils seraient peut-être fondés – comme tout Congolais qui fait des critiques – mais pas comme revêtus d’un mandat. Par contre, si au moment de ces consultations, la réunion de Kampala conclut que le M23 a un statut de parti politique ou de mouvement, et bien là, il fera cause commune avec les autres.
Certains estiment que les accords de Kampala pourraient se terminer par une réintégration dans l’armée des soldats du M23…
Kinshasa n’a pas le choix. Dans une guerre on vous n’avez pas la suprématie, vous ne pouvez pas mettre fin à cette guerre sans intégration. C’est quasi impossible. (…) Nous revenons encore une fois au débat sur la paix et la justice. Je m’interroge : comment voulez-vous que les chefs de l’armée, qui sont exclus de l’armée et qui sont sous sanction [de l’ONU], laissent jouer la carte de la paix pour que ce soit simplement leurs subalternes qui soient intégrés ? Et leur sort, alors ? Et ils diraient : « Nous faisons la paix mais emmenez-nous en prison » ? (…) Il n’y a pas de mythe ou de mystère à faire : il y aura intégration. Maintenant, avec la division du M23, c’est une autre affaire…
Le M23 a éclaté en deux factions, l’une proche du chef militaire, le général Sultani Makenga, l’autre proche du président politique, Jean-Marie Runiga. Est-ce une chance pour la paix ou deux fois plus de problèmes pour Kinshasa ?
A court terme, c’est une chance pour la paix parce qu’il y aura certainement un accord avec le gouvernement. Le premier accord ou l’accord à court terme sera entre le gouvernement et le groupe du général Makenga. Je pense qu’il n’y a pas de doute. A court terme c’est bon pour le gouvernement. Mais à long terme, c’est une mauvaise chose. J’aurais préféré un accord comme c’était envisagé il y a quelques semaines entre le gouvernement et l’ensemble du M23, plutôt qu’avec une partie.
Avez-vous essayé de dire à vos anciens frères d’armes du RCD de baisser les armes ?
Ce n’était pas mon rôle. D’abord, personne ne me l’a demandé. Et dans un contexte comme celui-ci, on va vous sortir toutes thèses du monde pour montrer que vous êtes contre les intérêts de la République. Alors pour éviter ce genre de débat, compte tenu des sensibilités qui entourent ces questions, communautaires aussi, j’ai dû me dire : « Chaque fois que je vais m’exprimer, je vais soutenir des négociations ». Et je le fais. (…) Je n’ai pas fait un travail systématique parce que je n’en n’avais pas le mandat. Au demeurant j’aurais pu aider à coup sûr à régler ce genre de problème.
Vous avez été candidat malheureux à la présidentielle de 2006. Comptez-vous tenter votre chance en 2016 ?
C’est trop tôt mais dire que je n’y pense pas, ce serait faux. Je ne confirme pas la chose encore, mais justement par rapport à mes convictions et par rapport au potentiel du pays, je me dis pourquoi ne pas continuer à travailler sur l’opportunité d’un jour où je puisse être en mesure d’influencer à grande échelle. Le moment venu je préciserai mes ambitions.

Delicious
Digg
Facebook
Twitter
Yahoo!
Technorati
















Réagissez à cet article
(21) Réactions
Tant qu'il n'y aura
Tant qu'il n'y aura refondation et la restauration de l’État;et l'éveil de l'esprit patriotique; le problème du l'Est en particulier et du Congo en général sera loin d’être résolu... Il y a absence totale de l'autorité de l’État dans certaine partie de la République et le Congolais n'aime son Pays, c'est ce qui explique en grande partie la situation du Congo: Crises interminables, pauvreté etc.
Si la reclamation de toute
Si la réclamation de toute identité doit se faire par le recours aux armes, c'est vraiment regrettable car vous avez exterminé les autres congolais pour vous imposez en congolais.
Azarias vient de le démontrer que c'est lui qui a la clé pour résoudre les problèmes de l'Est car il a dirigé à un certain moment cette partie du pays. Pour tout dire, Azarias nous dit, sans lui, pas de paix à l'Est.
Un jour viendra que chaque congolais pour défendre son identité prendra l'arme contre tout celui qui veut l’exterminer....
Nous devons arrêter cette
Nous devons arrêter cette hérésie : Kabila n'est pas un banamulenge. Persister à le croire dénote d'une acculturation et obscurantisme flagrant. Évoluons. cessons les balivernes.
Monsieur Ruberwa,Je penses
Monsieur Ruberwa,
Je penses que je n'ai rien à vous apprendre, car vous lisez bien la Bible.
Si Dieu existe réellement, sachez que si vous ne vous convertirez pas face au Congo, vous vivrez bientôt; la confusion. On ne se moque pas de Dieu.
Assez les morts inutiles. Retenez au moins: " Il vient, notre Dieu, il ne reste pas en silence ; Devant lui est un feu dévorant, Autour de lui une violente tempête."
Merci.
KABILA, AZARIAS et tout les
KABILA, AZARIAS et tout les aures banyamulenge savent bien le coup de M2, le CONGO EN ENTIER A BESOIN DE LA PAIX, remplir les poches parce que tu as tué non arrêtons ça.
Réaction
M. Ruberwa, nous ne discuterons plus de votre nationalité vu les hautes fonctions que vous avez occupées au Congo. Vous êtes congolais de fait, malgré tout! Toutefois, les congolais ne sont pas dupes. Il ne s'agit pas seulement de faciès, il y a aussi votre attachement visible et évidente au Rwanda. Par ailleurs, le fait de s'allier à une autre nation pour attaquer son propre pays est un crime de haute trahison, qui devrait coûter aux coupables la déchéance de leur nationalité. ...
James Kabarebe n'est-il pas aujourd'hui chef d'Etat major rwandais, alors qu'il se déclarait congolais à l'époque, Laurent Nkunda n'est-il pas au Rwanda? Mutebusi? J'en passe. Et vous, quand deviendrez-vous un homme d'Etat congolais nationaliste détaché de sa tribu? .......
Pour qu'il y ait la paix, il
Pour qu'il y ait la paix, il faudra d'abord identifier les populations de ce coin et distinguer les différentes vagues des réfugies venus du Rwanda.
Les réfugiés de 1994 (Ceux rentrés au Rwanda et devenus réfugiés congolais au rwanda et ceux qui se sont restés au Congo et qui sont dans les rebellions), les réfugiés de 1971,(Ceux rentrés au Rwanda en 1994 et dont certains sont aussi devenus réfugiés congolais au rwanda), les refugiés de 1959-1961 (et qui ont financé le FPR et dont les enfants sont au pouvoir à Kigali). Demander aux Banyabwisha (les seuls congolais d'origine) de faire la part de chose et demander à ceux qui se sentent congolais de ne plus s'attaquer aux autres congolais sous le prétexte fallacieux d'exclusion. Depuis l'indépendance, aucun paysan n'a été exclu de son champs par un congolais. Cela se fait à partir de l'agression rwandaise de 1996.
Est-ce que le pasteur Azarias
Est-ce que le pasteur Azarias a déjà songé à demander pardon au peuple congolais du mal qu'il lui avait fait en prenant les armes?
C'est une méthode de la
C'est une méthode de la communauté internationale pour continuer d'assujettir les congolais( difficiles à coopérer avec elle quand ils sont en position de force). On utilise les tutsi, comme à l'époque de la colonisation, maintenant par les fausses vraies guerres, pour les introduire dans la société congolaise. Nous connaissons la vérité et la réalité; ... S'ils sont réellement congolais , la seule minorité; toutes les ethnies du Congo sont minoritaires. Azarias, Bizima, Deogratias, Nkunda, et autres sont des morceaux de bois sous l'eau, qui ne deviendront pas des crocodiles. l'acquisition de la nationalité se fait selon une procédure légale et non au travers la guerre, le viol, ou le pillage.
Le mal est tres profond! Si
Le mal est très profond! Si l'on se permet de traiter d’étranger même le chef d’État lui-même initiateur dudit dialogue entre congolais; le bout du tunnel est encore a des années lumière d'ici. Si seulement nous pouvions surmonter l'esprit xénophobe; traiter cas par cas les maux qui nous rongent depuis 1960; les traitres s'en iraient d’eux-mêmes...