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Article publié le : vendredi 15 mars 2013 à 13:01 - Dernière modification le : vendredi 15 mars 2013 à 13:01

Mali: «L'influence du capitaine Sanogo existe toujours»

Aujourd’hui, le capitaine Sanogo a perdu une partie significative de son influence, mais elle est toujours présente.
Aujourd’hui, le capitaine Sanogo a perdu une partie significative de son influence, mais elle est toujours présente.
AFP PHOTO / ISSOUF SANOGO

Par Christophe Boisbouvier

Au Mali, il ne fait pas bon critiquer le capitaine Sanogo. La preuve en est, l'arrestation, le 6 mars dernier, du directeur du journal Le Républicain, qui avait publié une lettre ouverte de soldats contre l'ancien chef putschiste. Un an après son coup d'Etat, le capitaine Sanogo est-il toujours l'homme fort de Bamako ? Depuis Dakar, Gilles Yabi, directeur du projet Afrique de l'Ouest de l'ONG International Crisis Group (ICG), analyse la situation.

RFI : « Pas touche au capitaine Sanogo », disent les autorités maliennes. Un journaliste de Bamako l’a appris à ses dépens. Est-ce que le chef putschiste ne reste pas l’homme fort de Bamako ?

Gilles Yabi : Je ne pense pas. Il y a quand même eu beaucoup de développement depuis le coup d’Etat de mars 2012. Aujourd’hui, le capitaine Sanogo a perdu une partie significative de son influence. Mais évidemment, réduction de l’influence ne veut pas dire élimination de l’influence et neutralisation politique totale du capitaine Sanogo et de la junte qui a fait le coup d’Etat l’année dernière.

L’arrestation du directeur du journal Le Républicain, Boukary Daou, n’est-elle pas la preuve qu’il a toujours la main sur l’appareil sécuritaire ?

C’est la preuve que son influence existe toujours. Mais il ne faut pas oublier que le capitaine Sanogo a nommé les chefs d’état-major des différents corps des forces maliennes, qu’il a également nommé les chefs du service de renseignements, la fameuse sécurité d’Etat à Bamako. Ces personnes lui sont donc toujours redevables. Forcément, on est également dans un contexte où le président Dioncounda Traoré a certes été renforcé par l’intervention militaire française, mais il cherche toujours à ménager le capitaine Sanogo dans cette phase de la transition.

Beaucoup disent que pour l’instant, le capitaine Sanogo fait profil bas, mais qu’en réalité, il ne renonce pas et que dès que les troupes étrangères seront parties, il tentera de reprendre la main.

Le coup d’Etat était davantage la conséquence d’une crise de la gouvernance du secteur de la sécurité et de la gouvernance du pays pendant des années, que, au fond, l’élément déclencheur de cette crise. Le résultat, c’est qu’aujourd’hui la classe politique civile est décrédibilisée. Tant que la classe politique n’occupe pas l’espace politique, cela laisse la possibilité au capitaine Sanogo et à d’autres militaires d’occuper cet espace et de s’opposer à l’alternative à la classe politique. Cela peut effectivement toujours donner une place aux militaires.

Cela étant, le capitaine Sanogo, contrairement à d’autres capitaines dans la région qui ont pu prendre le pouvoir, est conscient de la réaction des partenaires internationaux et régionaux qui lui sont extrêmement hostiles, qui ne vont pas accepter qu’il puisse revenir, en tout cas au premier plan politique, à court ou à moyen terme.

Il paraît qu’entre eux, les lieutenants du capitaine Sanogo se disent : « En Mauritanie et au Niger, nos frères d’armes putschistes ont pu gouverner pendant au moins un an et se constituer un petit capital, pourquoi pas nous ? On n’a pas fait tout cela pour revenir au point de départ. »

Il y a des frustrations très claires aujourd’hui au sein de l’ex-junte. Elles sont liées au sentiment d’avoir fait un coup d’Etat, d’avoir dénoncé les responsables politiques - notamment l’ancien président Amadou Toumani Touré, mais également tous les acteurs politiques principaux des dernières années -, et finalement de voir revenir au premier plan ces acteurs politiques-là et y compris le président intérimaire Dioncounda Traoré.

Evidemment, il y a aussi la perception de risque que les élections organisées rapidement n’induisent finalement pas un changement important au niveau de la classe dirigeante du pays. Il y a donc cette frustration. Mais, à nouveau, on est dans un processus malien qui est quand même très internationalisé maintenant, avec une opération de maintien de la paix de l’ONU qui va se mettre en place. Dans ce dispositif-là, il sera difficile au capitaine Sanogo et aux éléments de la junte de résister et d’imposer leur vision.

Mais cette force internationale, dans un an ou deux, sera partie. Est-ce que d’ici là la Misma n’a pas intérêt à neutraliser les quelque 400 militaires qui sévissent au camp militaire de Kati ?

Bien entendu. De toute façon, il y a beaucoup de défis qui se posent aux partenaires internationaux du Mali. Parmi ces défis, il y a la réforme du secteur de la sécurité. Ce n’est pas un comité militaire de réformes qui va faire cela et certainement pas un comité dirigé par le capitaine Sanogo. Tout dépendra de l’accompagnement international qui sera mis en place. Il y a aujourd’hui la possibilité de neutraliser progressivement l’influence de la junte.

La communauté internationale compte beaucoup sur la future élection présidentielle pour qu’arrive au pouvoir un président légitime qui s’imposera naturellement à tous. Mais est-ce qu’elle ne se trompe pas ?

C’est une question délicate. Je crois qu’il y a vraiment de solides raisons pour parvenir à des élections rapidement. En même temps, les élections rapidement, ce n’est pas à n’importe quel prix. L’échéance de juillet pour organiser ces élections me semble très ambitieuse et pas très réaliste, et peut-être pas très souhaitable. Mais évidemment, l’échéance pourrait être simplement trois mois plus tard, peut-être à la sortie de la saison des pluies.

Cela pourrait laisser davantage de temps, non seulement pour la sécurisation du territoire du nord du pays qui n’est pas totale, mais également laisser du temps pour créer des conditions psychologiques qui soient favorables à l’organisation d’une campagne électorale et pour que les populations maliennes sentent réellement que les élections font partie du processus de sortie de crise. C’est un pays, tout de même, où les taux de participation aux élections ont été beaucoup plus bas que ce qu’on observe dans les pays voisins d’Afrique de l’Ouest.

Est-ce qu’il faut réconcilier les communautés avant les élections ou peut-on faire les deux choses en même temps ?

Il faut réconcilier dès maintenant. Il faut entreprendre dès maintenant. Et surtout il faut s’assurer qu’on ne fasse rien qui aggrave la rupture de confiance qui existe déjà entre les communautés. C’est pour cela que la mise en place de cette Commission dialogue et de réconciliation est extrêmement importante. Il est nécessaire d’avoir très rapidement la composition de cette Commission et d’entreprendre un travail qui pourrait commencer à la base, localité par localité. Car il y a des différences importantes d’une région à l’autre, et même d’un cercle de régions à l’autre, en terme de crispations et en terme d’évolution des rapports de forces entre les communautés pendant les neuf mois d’occupation par les forces du MNLA (Mouvement national de libération de l'Azawad) d’abord et ensuite par les forces jihadistes.
 

tags: Amadou Haya Sanogo - Ansar Dine - Dioncounda Traoré - Mali - MNLA - Mujao
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(9) Réactions

Sanogo n'a pas autant

Sanogo n'a pas autant d'influence. Du moins depuis l'intervention Française. L'arrestation du "journaliste" est bien justifiée car c'était plus un appel à la révolte et à désertion du front par les soldat qu'une émission d'opinion. Ceux qui est regrettable au Mali c'est que notre presse est plus politisée que professionnelle.

La place du Capitaine.

Sanogo doit partir.
Capitaine, ta place c'est au front nord et non a Bamako.

un journaliste arrêté à la

un journaliste arrêté à la suite de la publication d'un billet nommant le Capitaine Sanogo. Bon sang où est donc passée la liberté d'expression et d'informer le peuple??????

Qui est donc ce Monsieur pour

Qui est donc ce Monsieur pour qu'on embastille un journaliste à cause de lui.
Ce n'est qu'un petit soldat mal formé qui ne connait pas la place qui est la sienne dans la société.
Libérez Boukary Daou.

Qui est donc celui là pour

Qui est donc celui là pour que la justice se déchaîne contre un journaliste à cause de lui?
Respectons-nous un peu en Afrique!

Le Mali, malgré tous les

Le Mali, malgré tous les efforts fournis par la Communauté internationale, continuera à s'enfoncer dans la crise si Sanogo et sa clique de Kati continuent à peser sur les décisions nationales. Cette communauté internationale qui a fait le laxisme de ne pas envoyer de troupes pour sécuriser les institutions maliennes simplement parce que SANOGO a fait planer une menace de confrontation si des militaires étrangers venaient au Mali. Ce manque de sécurité des dirigeants actuels du pays les empêchent de dire toute la vérité sur le "fléau" Sanogo, parce qu'en le faisant, ils risquent de subir le même sort que des personnes très connues (notamment Dioncounda et Soumaïla Cissé), et beaucoup d'autres anonymes. D'ailleurs, que peut Sanogo, lui qui n'arrive pas à sortir de son cocon de Kati pour rejoindre le front, alors que c'est dans ce domaine qu'il accusait ATT d'être indolent? Si les partenaires extérieurs veulent vraiment aider le Mali, ils doivent l'aider à démanteler l'actuelle configuration du camp de Kati, bouter Sanogo et ses sbires hors du cercle du pouvoir avant que leur cas ne nécessite une autre intervention armée semblable à celle de l'opération SERVAL.

Il faut neutraliser ce

Il faut neutraliser ce putschiste Sanogo qui au lieu d'aller combattre sur le front est resté à Bamako pour faire de la politique.La France doit savoir si elle quitte le Mali sans neutraliser ce Sanogo, tout leur travail ne servirais à rien.

Oui, opposition international

Oui, opposition international le sait bien que Sanogo reste et demeure un danger pour le processus de paix du Mali mais ne dit rien.
Il est la chose de tout ces problèmes et je l'ai toujours dit, que c'est le moment tirer le tout au claire. Ce Monsieur est la vrais cause de tout ce désordre et sa place est en prison.
Quand on écoute le président du Mali et son entourage, on sent qu'ils ne sont pas livre et parle pour plaire au capitaine Sanogo.

Il ne sert a rien de changer

Il ne sert a rien de changer les infrastructures si la superstructure demeure. Je crois qu’ici la France et la communauté internationale font l’erreur de ne pas prendre en compte l’aspect social et culturel du pouvoir et des acteurs engages. Sanogo reste et demeure un danger pour le processus de paix et la stabilisation du Mali; cela est un fait et tout le monde fait semblant de l’ignorer. Il (Sanogo) est conscient que tout nouveau gouvernent aura pour objectif premier de le déloger et si besoin est de l'éliminer physiquement cela s’appelle la politique a l’Africaine; on règle un problème en l’éleminant. Voila pourquoi il (Sanogo) assoit sont pouvoir en mettant des marionnettes qu’il peut diriger a volonté et créer le chaos a son avantage. Tout nouveau president au cas ou le cas Sanogo n'est pas résolu honnêtement jouera le role que Mr. Dioncounda joue actuellement c’est a dire aucun sauf que de recevoir des pseudo honneurs devant les cameras et de rendre compte a Sonogo quand les lumières sont éteintes. Si la France est aussi pressée de classer le cas Malien qu’elle le fasse mais la prochaine fois qu’elle mettra les bottes en Afrique ce sera non seulement pour combattre des fanatiques mais aussi des jeunes endoctrines comme ce fut le cas en Cote D’Ivoire. A bon entendeur salut!

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