RDC : négociations au point mort sur fond de division du M23

Le 28 juillet 2012, en RDC, près de Mabenga. Un combattant rebelle du M23 sillonne cette route du Nord-Kivu, vaste région frontalière avec le Rwanda.
© AFP PHOTO/ PHIL MOORE

Alors que les négociations se poursuivent à Kampala, de violents combats ont opposé, ce jeudi 14 mars encore en RDC, les deux factions rebelles du M23. Les soldats fidèles au général Bosco Ntaganda et à Jean-Marie Runiga ont dû se replier dans les environs de Kibumba. Ces affrontements ont provoqué le déplacement de plusieurs milliers de personnes tout en bloquant le trafic. La Monusco a même été obligée d’escorter une vingtaine de camions commerciaux entre Katalé et Goma, alors que d’autres sont toujours bloqués dans la capitale provinciale.

Pendant ce temps, aucun accord n’est en vue à Kampala entre le gouvernement et le mouvement rebelle du M23. La date de ce vendredi 15 mars avait été avancée par Kinshasa pour une fin des pourparlers avec éventuellement la signature d’un accord de paix, mais rien ne se passe dans la capitale ougandaise.

Cela fait plus de trois mois maintenant que ces négociations ont été entamées et l’affaire est encore plus compliquée depuis que le M23 s’est déchiré en deux factions. Il est impossible de signer quoi que ce soit maintenant avec le M23, qui est toujours occupé avec ses dissensions internes. Il y a d’une part les affrontements sur le terrain entre les hommes de Makenga et de Ntaganda, pendant qu’à Kampala, deux délégations du M23 revendiquent chacune la représentativité du mouvement.

Dans le camp Makenga, celui du nouveau président Bertrand Bisimwa, on dit que tout sera plus clair quand on en aura fini avec le camp de Bosco Ntaganda. Dans l’autre camp, c’est plus subtil : on nie tout lien avec Ntaganda. On parle d’un « différend surmontable », selon le chef de la délégation François Rucogoza.

Kinshasa dans l’attente

La priorité n’est donc pas, pour le moment, de trouver un accord de paix avec le pouvoir congolais. Les délégués de Kinshasa, de leur côté, attendent des nouvelles de la capitale. Ce matin, vendredi 15 mars, on disait que le ministre des Affaires étrangères s’apprêtait à venir à Kampala, mais cela n’a pas été confirmé.

Il ne viendrait sans doute pas pour siffler la fin de la partie puisque ce n’est pas à Kinshasa de le faire mais à la médiation ougandaise, laquelle se montre particulièrement discrète. Les délégués pensent qu’il y aura certainement une pause, que la délégation sera rappelée à Kinshasa le temps que tout cela se décante. Personne ne parle de fin des pourparlers, et encore moins d’échec.

Les négociations reprendront sans doute une fois la bataille terminée entre les deux camps du M23. Avec le vainqueur.

Réactions

René Abandi, le chef de la délégation M23 qui représente le camp du général Makenga et du président Bertrand Bissimwa (hostile à Bosco Ntaganda) a évoqué la nécessité de mettre hors d'état de nuire le général Bosco Ntaganda.

Bosco Ntaganda est un ennemi de tout le monde au Congo. C'est criminel de droit commun( ..) Le laisser libre, c'est soumettre les populations entières à un danger permanent.

René Abandi
16-03-2013 - Par Bruno Minas
Bosco Ntaganda est  un ennemi de tout le monde au Congo. C'est criminel de droit commun( ..) Le laisser libre, c'est soumettre les populations entières à  un danger permanent.

Pour sa part, Roger Lumbala, le seul leader de l’opposition congolaise qui a rejoint le M23 à Kampala, ne veut pas avoir à choisir son camp entre les deux factions du mouvement rebelle.

La division m'importe peu. Ce sont les revendications du M23 qui rentrent dans la logique de celles de l'opposition politique qui m'ont poussées à répondre à cette invitation. Je suis convaincu qu'aujourd'hui les mêmes revendications sont encore valables.

Roger Lumbala
16-03-2013 - Par Bruno Minas

 

Sur le terrain, les combats continuent

Dans l'est du Congo, les deux factions rivales du M23 continuent de se battre dans les environs de Kibumba à 30 kilomètres de Goma.
Des opérations de ratissage si l'on en croit la faction Bisimwa / Makenga. Le gros des combats aurait eu lieu jeudi. Cette faction assure avoir repris l'essentiel des positions que sa rivale occupait dans le territoire de Rutshuru. Mais elle se méfie. On connait trop bien les tactiques de Bosco Ntaganda, on avance prudemment, explique son président Bertrand Bisimwa.

Du côté de Jean-Marie Runiga, l'autre président du M23 réputé proche du général Ntaganda, on dit tenir ses positions, repousser jour après jour les attaques.

Les combats de ces derniers jours ont fait plusieurs milliers de déplacés supplémentaires. Ils se réfugient où ils peuvent, dans les écoles ou près des bases de la Monusco, la Mission des Nations unies au Congo. Mais l'accès des humanitaires reste extrêmement limité sur un axe traditionnellement assez fréquenté.

La Monusco a même été obligée d'escorter une vingtaine de camions commerciaux entre Katalé et Goma. D'autres sont toujours bloqués dans la capitale provinciale, ce qui risque à terme de peser lourdement sur l'économie locale.

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