Mali: à Sévaré, des milliers de déplacés dépendent toujours de l'aide humanitaire


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La directrice exécutive du Programme alimentaire mondial (Pam) a achevé dimanche une visite de 48 heures au Mali. La crise humanitaire « n'est pas terminée au Mali, bien que les yeux du monde soient désormais plus tournés vers la Syrie », a déclaré à Mopti Ertharin Cousin. La directrice du Pam a notamment effectué une visite de terrain dans un camp de déplacés à Sévaré, situé à 600 kilomètres au nord de Bamako. Dans ce camp, les déplacés, venus de toutes les régions du Nord (Douentza, Hombori ou encore Gao ou Kidal), rechignent à repartir chez eux, ce qui pose de multiples problèmes.

Ambiance dans les camps de déplacés de Sévaré. A perte de vue des tentes qui abritent depuis plusieurs mois des centaines d’hommes, femmes et d’enfants, tous des déplacés. Profitant de l’accalmie, certains sont retournés dans leur village d’origine dans le grand nord.

Mais d’autres ne veulent pas retourner car pour eux, leur sécurité n’est pas totalement garantie. Et puis au moins, sur place dans le camp, ils sont assistés. Un déplacé témoigne : « actuellement on a une vie très paisible avec l’aide du Pam. On n’a pas de problèmes alimentaires aujourd’hui ».

Selon les chiffres officiels, 40 000 déplacés se trouvent actuellement dans la région de Mopti, dont dépend administrativement la localité de Sévaré. Cela cause notamment de multiples problèmes, comme l’accès aux soins médicaux, mais aussi des soucis de scolarisation des enfants. « Rien que dans la commune de Mopti, nous avons un effectif de 3 000 élèves déplacés, explique Oumar Bathily, maire de la commune de Mopti, chef lieu de région. Ce qui fait qu’en moyenne, nous avons 180 élèves par salle de classe. Ce sont vraiment des cours au rabais. »

Selon le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), au 1er mars 2013, quelque 173 000 Maliens ont trouvé refuge dans les pays voisins : au Niger, au Burkina Faso et en Algérie. Mais c'est en Mauritanie qu'ils sont les plus nombreux : près de 75 000 d'entre eux se sont installés au camp de Mbéra, à l'extrême sud-est du pays, à 50 kilomètres de la frontière malienne.

En pleine brousse, ce camp s’étend sur quelque 300 hectares. Une véritable ville de tentes divisée en quatre zones, regroupant chacune 37 blocs. Les quelques 75 000 réfugiés viennent principalement de Tombouctou, Goudam, Léré, Niafunké et leurs alentours.

Après les arrivées massives, dans les premiers mois de 2012, suite au début des affrontements entre l’armée malienne et le Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA), l’effectif du camp s’était peu à peu stabilisé autour de 54 000 personnes en fin d’année.

Une tendance contrariée par le début de l’intervention française le 11 janvier dernier. En deux mois, plus de 20 000 réfugiés supplémentaires ont rejoint Mbéra dans un flux discontinu, avec un premier pic dû aux bombardements de l’aviation française. Selon Mohamed Hagmala, un des représentants des réfugiés, « lorsque les bombardements ont commencé, ça a été un catalyseur. Mais dès le moment où les gens ont vu que les tirs étaient ciblés et que les dégâts collatéraux n’étaient pas comme ils le craignaient, cela a atténué l’afflux, jusqu’à l'arrivée des forces terrestres dans le nord. »

En effet, un deuxième pic a été enregistré entre le 12 et le 24 février avec plus de 4 000 nouveaux réfugiés. La plupart affirment effectivement avoir fui l’avancée de l’armée malienne qu’ils accusent d’exaction contre les populations arabes et touarègues, notamment à Tombouctou, ou encore à Léré, à l’occasion du marché du 15 février.

Ces derniers jours, l’afflux a de nouveau diminué. Ils ne sont qu’une trentaine à avoir gagné la Mauritanie ce week-end. Il faut dire qu'« entre la frontière et Tombouctou, la région s’est déjà bien vidée », témoigne  Mohamed Hagmala.