RDC: Bosco Ntaganda se trouve à l'ambassade des Etats-Unis à Kigali


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La ministre rwandaise des Affaires étrangères a reconnu ce lundi 18 mars 2013 que le général congolais Bosco Ntaganda s’était rendu à l’ambassade des Etats-Unis. Jusque-là, Louise Mushikiwabo s'était refusée à tout commentaire, alors que Kinshasa avait accusé Kigali ce week-end d'avoir accueilli sur son sol ce chef rebelle, recherché par la Cour pénale internationale pour crimes de guerre au Congo.

Voilà donc Bosco Ntaganda à l'intérieur de l'ambassade des Etats-Unis à Kigali. C'est d'abord par Twitter que la ministre rwandaise l'a annoncé avec ce message : « Nous avons appris que Bosco Ntaganda est entré au Rwanda et qu'il s'est rendu à l'ambassade des Etats-Unis. » « Rendu » étant ici entendu dans le sens de reddition.

Il n'y a pas plus d'information dans le communiqué qui a été publié par la suite sur le site du gouvernement, sauf qu'il s'y serait rendu de lui-même, ce lundi matin. Il s’est passé 48 heures depuis l'entrée des troupes du M23 au Rwanda.

Tout le week-end, les réponses des autorités rwandaises étaient évasives sur la présence de Bosco Ntaganda sur leur territoire. Samedi, elles avaient toutefois reconnu que plus de 700 combattants du M23 tendance Runiga, réputé proche du général Bosco Ntaganda, avaient franchi la frontière. Un voyage de presse avait même été organisé. Interrogés sur la présence ou non à leur côté du général Ntaganda, ces rebelles avaient démenti et juré ne pas savoir où il se trouvait.

A Kinshasa, on se félicite de voir que l'ex-chef rebelle s'est rendu à l'ambassade américaine. « C'est une bonne chose car ça marque la fin de l'impunité pour les seigneurs de guerre au Kivu », confiait hier soir à RFI Lambert Mendé, porte-parole du gouvernement congolais qui espère que le Rwanda coopère.

Ce qui nous intéresse, c'est que Ntaganda est bel et bien sur la route de la Cour pénale internationale.
Lambert Mende
11-10-2013 - Par Marie-Pierre Olphand

Quelle attitude pour Washington ?

Que va-t-il advenir du général rebelle ? Bosco Ntaganda est recherché par la CPI pour des crimes de guerre présumés commis en Ituri. Washington n'a pas ratifié le statut de Rome qui institue la Cour. Rien n'oblige donc les Etats-Unis à transférer Bosco Ntaganda à La Haye. La porte-parole du département d’Etat américain, Victoria Nuland, a toutefois précisé que Washington avait pris contact avec la Cour internationale et le gouvernement rwandais afin de faciliter cette demande.

La diplomate affirme qu'à sa connaissance, aucune négociation n'a eu lieu avant la reddition de l'ex-chef rebelle et qu'elle ignore pourquoi il a choisi précisément l'ambassade des Etats-Unis. Si Washington n'a jamais ratifié les statuts de la Cour pénale internationale, le Congrès a adopté le 3 janvier dernier une loi qui étend le programme Rewards for Justice (Récompenses pour la Justice) aux personnes poursuivies par la CPI. Toute information menant à la capture de Bosco Ntaganda, mais aussi de Joseph Kony, était donc désormais susceptible de rapporter 5 millions de dollars.

Jusqu’au début 2012, cela jetait un froid lorsqu’on parlait de Bosco Ntaganda avec un officiel congolais. Personne ne pouvait ignorer que ce général était à la fois le grand chef de l’armée dans l’est et le criminel de guerre recherché par la CPI. Ce grand écart a duré quelques années, temps que Bosco Ntaganda a mis à profit pour s’enrichir considérablement.

Tout le monde se souvient de l’affaire de l’avion chargé d’or qu’il a confisqué à Goma en 2011. On lui attribue toutes sortes de trafics et même des braquages de banques. A seulement 40 ans, celui que ses amis ont surnommé « Terminator » n’a aucune formation ni diplôme, mais une vraie expérience de la violence.

Il a fait ses armes au sein du Front patriotique rwandais. Ensuite on le retrouve dans l’Ituri aux côtés de Thomas Lubanga, devenu par la suite le premier homme condamné par la Cour pénale internationale. Bosco est poursuivi pour les horreurs commises dans cette région.

Ensuite, il a rejoint le CNDP de Laurent Nkunda, avant de le trahir au profit de Kinshasa. Le fait qu’il se soit jeté dans les bras des Américains montre qu’il était vraiment aux abois. Avec eux il risque gros, mais il sait qu’il aura la vie sauve.