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RDC: les raisons de la reddition surprise de Bosco Ntaganda

Bosco Ntaganda, ici à Goma en décembre 2009, aurait demandé à être transférer à La Haye, pour compraître devant la CPI, où il doit répondre d'accusations de crimes de guerre.
© REUTERS/Paul Harera

Le chef rebelle congolais Bosco Ntaganda est réfugié depuis lundi 18 mars à l'ambassade américaine à Kigali où, selon Washington, il aurait demandé à être remis directement à la justice internationale. Il serait donc en passe d’être transféré à La Haye, pour un procès devant la Cour pénale internationale (CPI), qui a délivré contre lui un mandat d’arrêt international pour crimes de guerre.

Pourquoi Bosco Ntaganda, le chef de la mutinerie du M23 dans l'Est du Congo, poursuivi par la Cour pénale internationale (CPI) depuis 2005 qui l’accuse de crimes de guerre, s’est-il si soudainement rendu, lundi 18 mars ?

Il y a d'abord la version officielle. Selon le département d'Etat américain, cet ancien chef rebelle tutsi, surnommé « Terminator » en raison de ses méthodes violentes, se serait rendu librement à l'ambassade des Etats-Unis à Kigali où il aurait demandé à être transféré à la CPI.

Pourtant, jusqu'ici, le général Bosco Ntaganda avait tout fait pour éviter de se retrouver dans cette situation. Intégré au sein de l'armée congolaise, malgré les mandats d'arrêt de la CPI (un premier mandat d’arrêt lancé en août 2006, un second mandat d’arrêt lancé en juillet 2012), il n'avait pas hésité à faire défection quand des rumeurs d'arrestation étaient parvenues jusqu'à lui.

Un chef de guerre acculé

Une autre version est avancée par plusieurs autres sources. Bosco Ntaganda était acculé. Il avait tenté, en début de semaine dernière, de rejoindre le Masisi en passant par le parc des Virunga. Mais il avait été arrêté dans sa progression par les milices hutues du FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda).

Il a donc dû faire demi-tour et avait participé aux combats contre la faction du M23 de son rival, Sultani Makenga. Faute de munitions et de logistique suffisante, le général Bosco Ntaganda a fini par traverser la frontière rwandaise, vendredi ou samedi dans la nuit, toujours selon les mêmes sources.

Le gouvernement rwandais affirme toujours ne pas savoir comment il est parvenu jusqu'à l'ambassade des Etats-unis. Mais cette reddition a été sans doute préparée par Kigali et Washington dans les heures qui ont suivi son entrée en territoire rwandais.

 

Les étapes avant la comparution devant la CPI

Quant à savoir quand il sera effectivement transféré à la CPI, cela ne pourra se faire qu’à l’issue d’une procédure très codifiée. D'abord, il faut que le Conseil de sécurité des Nations unies lève l’interdiction de voyager qui pèse contre Bosco Ntaganda, dans le cadre des sanctions qui ont été prises contre lui en 2005. Une formalité qui peut aller assez vite.

Ensuite, Bosco Ntaganda est sous le coup de deux mandats d'arrêt de la CPI. Mais il peut aussi se présenter libre à La Haye, et être arrêté sur place. Sauf si les Etats-Unis ou le Rwanda se décident à exécuter ces deux mandats d'arrêt.

Assurer le transfert à La Haye

Des discussions sont déjà en cours entre la CPI et Kigali. C’est ce qu'affirme le département d'Etat américain. Le Rwanda, de son côté, déclare ne pas vouloir se mêler à cette procédure. Il n’y a pas d'objection non plus de Kinshasa. Un transfert vers La Haye semble donc se dessiner.

Il reste également à régler la question, très pragmatique, du transport. La CPI n'a pas de moyens logistiques pour le transférer. Soit Bosco Ntaganda se rendra sur place par avion de ligne avec les escortes appropriées. Soit la Cour peut demander à un Etat partie de mettre un avion à sa disposition, comme ce fut le cas pour Thomas Lubanga.

A qui profite la reddition de Bosco Ntaganda

Sultani Makenga : un rival écarté

Le premier bénéficiaire est sans doute Sultani Makenga. Le voilà débarrassé de son rival. Bosco Ntaganda, qui était dans le viseur de la communauté internationale, nuisait à l'image de tout le mouvement. Finies les divisions, place à la négociation. Selon la médiation ougandaise, les pourparlers de Kampala pourraient reprendre dès la semaine prochaine. Un calendrier confirmé par le M23, mais pas encore par Kinshasa.

Rwanda : un protégé encombrant

Le Rwanda, de son côté, se débarrasse d'un protégé devenu trop encombrant, sans prendre la responsabilité de son arrestation ou de son transfert à La Haye. Une position très en retrait. Mais selon plusieurs sources, cette reddition a été préparée par les deux pays, dans les heures qui ont suivi l'entrée de Bosco Ntaganda en territoire rwandais. Washington avait régulièrement appelé à l'arrestation du chef de guerre, allant même jusqu'à offrir une récompense de 5 millions de dollars pour toute information conduisant à son arrestation.

Kinshasa : faire un exemple

Côté congolais, cette reddition a valeur d'exemple : Ntaganda serait le premier responsable du Nord-Kivu à être jugé par la CPI, avec l'espoir que cela décourage ceux qui souhaiteraient à l'avenir défier Kinshasa.

Un bémol tout de même. Bosco Ntaganda est un homme qui en sait sans doute beaucoup, à la fois sur le Rwanda et sur le Congo. C'est ce qui l'avait protégé jusque-là. Depuis le premier mandat d'arrêt en 2006, il n'avait jamais été véritablement inquiété.

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