Centrafrique: faut-il craindre des tensions religieuses? - France - RFI

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Centrafrique: faut-il craindre des tensions religieuses?

media Monseigneur Dieudonné Nzapalainga, archevêque de Bangui. AFP/Steve JORDAN

Ces derniers mois, des tensions religieuses sont apparues en Centrafrique. En janvier, le régime du président renversé, François Bozizé, avait accusé la coalition Seleka de prôner un islam intégriste. Et ce dimanche, à Bangui, lors de la prise de la capitale par la rébellion de la Seleka, les fidèles chrétiens ont été victimes de pillages. Faut-il craindre une montée des tensions interreligieuses en Centrafrique ? Joint par RFI ce lundi 25 mars, Monseigneur Dieudonné Nzapalainga, archevêque de Bangui, a réagi aux derniers événements.

RFI : Quel est votre message, dans ces moments d’épreuves, pour la population centrafricaine ?

Monseigneur Dieudonné Nzapalainga : Je commence par une pensée pour tous ceux et toutes celles qui viennent de perdre la vie. En même temps, la population centrafricaine a soif de paix. Elle l’a manifesté à plusieurs reprises. Nous sommes à nouveau dans un moment difficile où la population est ballotée de gauche à droite. Lorsqu’on lui procurera la paix, elle pourra, à son tour, apporter le meilleur d’elle-même pour le développement de ce pays qu’est la République centrafricaine.

Comment avez-vous vécu, vous-même, ces événements à Bangui ?

Ces événements ont été douloureux. Tous ces hommes et toutes ces femmes que nous avons vus courir de gauche à droite, perdus, hagards, font que nous pouvons nous poser des questions : qu’est-ce qui arrive ? Quel est le sens de notre humanité ? Quel est le sens de notre vie ? Plus que jamais, tous ceux qui ont accepté d’être des politiques doivent prendre leurs responsabilités en se demandant : qu’est-ce que nous offrons à nos pères et à nos sœurs ? Que tous ceux qui veulent servir la politique mettent plus en avant la population.

Mon message à la rébellion Seleka est le suivant : on ne peut pas construire ce pays en excluant les autres. Nous avons une feuille de route. Si nous décidons de la mettre en place en impliquant les uns et les autres – sans qu’il y ait de chasse aux sorcières – alors, on pourra repartir sur de nouvelles bases. Sinon, ce sera l’éternelle rancune, l’éternelle frustration que nous allons faire endurer à la population.

Quelles doivent être, selon vous, les priorités des hommes de la Seleka, maintenant qu’ils ont le pouvoir ?

La priorité, c’est la protection de la population, des hommes et des biens. Il faut mettre fin aux pillages et que les responsables de la Seleka prennent leurs responsabilités par rapport à tous les dégâts collatéraux.

La cathédrale de Bangui a d’ailleurs également été pillée.

Dimanche, devant la cathédrale, des hommes et des femmes qui étaient venus prier se sont fait piller en sortant de l’église par des gens qui voulaient prendre également leurs véhicules, par la force. S’agit-il d’éléments incontrôlés et non pas des chrétiens qui aient été ciblés ? C’est à ceux qui ont maintenant en charge la responsabilité de pouvoir le faire, de réagir vite et vérifier qui sont les auteurs de tels actes.

Tout au long de cette crise, on a vu des tensions religieuses monter progressivement. Est-ce que cela vous inquiète et comment les éviter ?

Je suis le premier à être inquiété par cette tension religieuse et j’en appelle aux responsables de ce mouvement, la Seleka, d’éviter la dérive. Notre solution passe par le dialogue et non pas par la force. Il est temps de mettre rapidement fin à des actes injustes qui pourraient entraîner, dans la tête des gens, des sentiments anti-religieux ou qui pourraient leur faire penser que cette crise ou encore ces événements visent les chrétiens en étant contre eux.
Il faut que les prêtres, les pasteurs et les imams soient protégés. Je parle pour tout le monde. Les hommes de Dieu doivent être protégés. Cette crise est politique ; il ne faut pas la laisser dévier pour qu’elle prenne un itinéraire religieux.

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