Michel Djotodia sur RFI: «Nous ne sommes pas là pour faire une chasse aux sorcières»

Michel Djotodia, le 11 janvier 2013 à Libreville, au Gabon.
© AFP PHOTO / STEVE JORDAN

Dans une interview exclusive accordée à notre envoyé spécial à Bangui, le président autoproclamé de la République centrafricaine Michel Djotodia revient sur les raisons du coup d'Etat, et sur la situation politique centrafricaine à court et moyen terme.

RFI : Faut-il désormais vous appeler Monsieur le chef de l’Etat ?

Tout dépend de vous. Si vous voulez m’appeler président de la République, vous le faites, et si vous ne voulez pas, vous pouvez m’appeler seulement président de la coalition Seleka. Ce n’est pas mal.

Mais ce soir, vous vous considérez comme le nouveau chef de l’Etat ?

Après la déclaration que je vais faire, je pourrai à ce moment me considérer chef d’Etat.

Vous venez de prendre le pouvoir par les armes, comment envisagez-vous cette transition politique ?

Je ne suis pas le seul à envisager ce qu'il y a à faire ici. La victoire n’est pas la mienne. Elle est la victoire du peuple centrafricain. Cela suppose que le peuple centrafricain doit être uni, doit voir l’avenir avec objectivité, parce qu’il n’y a pas la paix. Et sans la paix, on ne peut rien faire. Donc il va falloir maintenant ramener la paix, ramener l’autorité de l’Etat sur toute l’étendue du territoire. Et ce n’est peut-être que par ce procédé qu’on peut espérer et puis essayer de relancer l’économie centrafricaine.

Vous pensez avoir les moyens de restaurer l’autorité de l’Etat ?

Nous le ferons avec le concours de nos amis comme la France, les Etats-Unis d’Amérique et la Chine. Il faut aussi dire que nous faisons partie de la Communauté économique des Etat de l'Afrique centrale (Ceeac)  et de la Commission de la communauté économique et monétaire de l'Afrique Centrale (Cemac). Donc tous ces gens seront à nos côtés.

Que répondez-vous à ceux qui disent que vous avez été soutenu par le Tchad, par le Congo-Brazzaville, peut-être même par le Gabon, dans cette entreprise pour renverser le président Bozizé ?

Si nous avons pris les armes, ce n’est pas parce qu’on est poussé par telle ou telle personne. C’est la misère tout simplement qui nous a poussé à prendre les armes, c’est tout.

Mais ces derniers jours, est-ce que vous avez été soutenu notamment par le président Idriss Déby ? Est-ce que vous avez peut-être reçu des armes, des combattants ?

Mais pourquoi vous êtes toujours en train de dire que c’est le président Déby, c’est le président ceci : non ! Le chef d’Etat tchadien n’a rien à voir avec ce qui se passe. Ce n’est pas lui qui a poussé Bozizé à mal gérer la Centrafrique. Ce n’est pas le président Déby Itno qui a demandé à Bozizé d’appeler par exemple la population à la haine tribale. Ce n’est pas le président Déby. Ce n’est pas le président congolais Denis Sassou Nguesso. Ce n’est pas le président gabonais Ali Bongo.

Comme je le disais, c’est la misère qui nous commande. On veut sortir de cette misère. Le Centrafricain ne mange pas à sa faim. Le Centrafricain n’arrive pas à s’habiller. Le Centrafricain n’arrive pas à se soigner. Le Centrafricain n’arrive pas à bien dormir. Est-ce que c’est l’affaire du président Denis Sassou Nguesso, du président Bongo, du président Idriss Déby Itno ? Je ne crois pas.

Où est François Bozizé ?

Je ne sais pas. Il m’est difficile de dire où il est.

Est-ce qu’il a quitté le pays ?

Selon certaines informations, il a quitté mais nous sommes en train de vérifier. Il est en fuite, mais nous ne savons pas où il est.

Quel type de gouvernement allez-vous former. Vous allez respecter l’accord de Libreville ? Reprendre Nicolas Tiangaye comme Premier ministre ?

J’ai rencontré monsieur Tiangaye et nous avons eu une conversation. Nous resterons toujours dans l’esprit de Libreville.

Avec Nicolas Tiangaye comme Premier ministre ?

Tout à fait.

Est-ce que vous prendrez aussi des ministres qui étaient dans le précédent gouvernement et qui étaient fidèles à François Bozizé ?

Nous allons vérifier. S’ils sont encore là, nous allons essayer de les appeler parce que nos portes sont ouvertes pour tout le monde. Nous ne sommes pas là pour faire une chasse aux sorcières. Nous sommes venus pour tous les Centrafricains et toutes les Centrafricaines. Nous avons pris les armes pour eux. Il n’y a pas de raison pour qu’on procède encore à la chasse aux sorcières. Cela n’a pas de sens, c’est absurde.

Il y a eu des pillages ce dimanche 24 mars en ville, notamment menés par les éléments de la Seleka. Que comptez-vous faire pour rétablir l’ordre ?

Je suis désolé et je présente mes excuses aux victimes de ces vols. Mais il y a quelques heures, nous avons pu récupérer plus de 200 véhicules.

Qu’allez-vous en faire ?

Nous allons les restituer. Ce ne sont pas les nôtres.

Quel message envoyez-vous aux Banguissois, aux Centrafricains, qui s’inquiètent finalement de cette situation ? Ils ne vous connaissent pas, et ne savent pas ce qu’est la Seleka. Ils sont forcément inquiets.

Je ne crois pas. La population centrafricaine est bien informée de l'arrivée de la Seleka. Elle connaît bien la Seleka. Tout ce que je peux leur dire par conséquent, c'est d'appeler au calme. Que les Centrafricains restent chez eux, qu'ils respectent le couvre-feu qui a été décrété.

Combien de temps comptez-vous rester au pouvoir ?

Nous venons seulement de commencer, et vous me demandez combien de temps je vais rester au pouvoir ? (rires) Je ne peux pas vous le dire parce que vous savez très bien qu’il faut du temps pour amener la paix. Il y a l’insécurité... Je ne peux pas par conséquent vous dire d’emblée si je vais passer un mois ou deux mois au pouvoir, non.

Vous comptez respecter l’échéance électorale et organiser des élections dans les plus brefs délais ?

Il a été dit à Libreville que nous devons respecter un délais de trois ans pour organiser des élections libres et transparentes. Nous n’allons pas faire plus.

Donc dans trois ans, vous organiserez des élections et remettrez le pouvoir ?

Tout à fait. Je n’ai pas dit que dans trois ans, je remettrai le pouvoir. J’ai dit que d’ici trois ans, nous allons organiser des élections libres et transparentes avec le concours de tout le monde.