Centrafrique: Bozizé lâché par Déby, ignoré par Hollande


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Le Tchad n'est pas intervenu pour sauver le soldat Bozizé. Les militaires tchadiens intégrés au sein de la Fomac sont restés l'arme au pied et ont laissé la coalition rebelle Seleka poursuivre sans résistance leur avancée jusqu'à Bangui. Pourtant Ndjamena avait aidé le président Bozizé à arriver au pouvoir, il y a tout juste dix ans, l'avait soutenu lors des précédentes rébellions, allait même jusqu'à assurer sa sécurité. Alors que s'est-il passé?  

Le président Deby a tout simplement perdu patience. C'est ce qu'explique son entourage. Il y a près d'un an, en mai 2012, il s'est rendu à Bangui et a appelé publiquement son homologue à dialoguer avec l'opposition. Signe du malaise qui existait déjà entre les deux chefs d'Etat.

En privé, Idriss Déby lui aurait aussi demandé d'abandonner son projet de modifier la constitution pour briguer un troisième mandat. Il s'attirerait les foudres de la communauté internationale. Ce qu'évidemment François Bozizé a eu du mal à accepter de la part d'un parrain qui avait lui-même, en son temps, modifié la Constitution pour rester au pouvoir.

Dans les mois qui ont suivi, les relations n'ont fait que s'envenimer, François Bozizé soupçonnant son voisin du nord de soutenir les rebelles, puisqu'il accueillait deux de leurs leaders au moins sur son sol. Le même Bozizé a accusé la garde rapprochée tchadienne, mise à disposition par Idriss Déby, de commettre des exactions à Bangui. En octobre, elle a donc plié bagage. Et preuve d'ultime défiance, qui a choqué tous ses pairs de l'Afrique centrale, François Bozizé s'est tourné vers l'Afrique du Sud pour assurer sa protection.

Quand la Seleka a lancé sa première offensive sur Bangui, en décembre, les militaires tchadiens étaient intervenus. Principe de précaution, Ndjamena soupçonnait Michel Djotodia d'entretenir de bonnes relations avec la rébellion tchadienne. Mais dès janvier, le régime tchadien avait obtenu des chefs de la Seleka l'assurance que Bangui ne deviendrait pas la base arrière des opposants à Idriss Déby. Ce qui explique aussi pourquoi cette fois, les militaires tchadiens sont restés l'arme au pied.

 

Bozizé ignoré par Paris

Lorsqu'en octobre dernier, François Hollande annonce à Dakar la fin de la Françafrique, Francois Bozizé ne sait pas encore qu'il sera le premier chef d'Etat africain à subir l'épreuve de cette nouvelle logique.

Le président centrafricain le comprendra deux mois plus tard en décembre, lorsque les rebelles sont aux portes de Bangui. Paris répond à ses appels au secours par une fin de non-recevoir. Les soldats français ne sont plus là pour protéger un régime. Autre temps, autres mœurs.

Mais Francois Hollande applique finalement ce qui a déjà été amorcé par son prédécesseur Nicolas Sarkozy qui a renégocié les accords de défense en les débarrassant des clauses secrètes permettant à l'armée française d'intervenir militairement.

Depuis mai dernier, Francois Bozizé n'aura pas réussi à renouer le contact avec les nouvelles autorités françaises. Pour ne s'être pas engagé à respecter la Constitution, c'est-à-dire à renoncer à un troisième mandat, le numéro un centrafricain n'aura pas obtenu son ticket pour une visite officielle à Paris.

En septembre, lors du sommet de la francophonie à Kinshasa, Francois Bozizé n'a eu droit à aucun aparté avec son homologue français. Dans cette nouvelle crise centrafricaine, Paris ne joue pas en première ligne mais garde la main à travers des piliers de la France en Afrique : le Tchad, le Congo-Brazzaville et le Gabon. La démocratie, se plaît à dire Francois Hollande, ne se négocie pas. On verra si ce principe sera imposé aux nouveaux maîtres de Bangui.

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