De gauche à droite, les 5 chefs d'Etat des puissances émergentes composant les Brics : Manmohan Singh (Inde), Xi Jinping (Chine), Jacob Zuma (Afrique du sud, hôte du sommet de Durban), Dilma Roussef (Brésil), et Vladimir Poutine (Russie)
© REUTERS/Rogan Ward

Le sommet des Brics, qui se tient jusqu'à aujourd'hui, 27 mars 2013, à Durban en Afrique du Sud, a pour thème le partenariat avec l'Afrique. Les cinq pays émergents qui forment les Brics – Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud – sont en effet particulièrement actifs sur le continent (le président chinois Xi Jinping en a fait d'ailleurs sa première tournée internationale), à tel point que certains comparent cela avec la « ruée vers l'Afrique » de la fin du XIXe siècle, lorsque les Européens ont colonisé le continent. Mais la comparaison n'est pas tout à fait de mise.

L'Afrique du Sud n'a été admise au sein des Brics qu'en tant que pont entre ces grands pays émergents et le continent africain. Car ce dernier a pris une place considérable pour les Brics, en premier lieu la Chine, ces dernières années : négligeable il y a dix ans, le commerce entre les deux entités a, depuis, été multiplié par dix.

Pourtant, insiste Simon Freemantle, analyste à la Standard Bank, cette « ruée vers l'Afrique » n'est pas comparable avec la colonisation du continent par les Européens. « C'est du néo-colonialisme si on accepte de se faire coloniser, explique-t-il. Et cela se passe si on ne prend pas la main sur les négociations, si l'on croit que l'on est obligé d'offrir beaucoup pour que ces pays investissent, achètent nos produits, ... etc. Mais ce n'est vraiment pas le cas ici. »

« Un moment très excitant »

Pour Lynette Chen, du Nepad, l'agence de développement de l'Union Africaine, ce sont les Africains qui peuvent, et doivent, avoir la prédominance dans les relations économiques avec la Chine. « Ce qu'il faut, analyse-t-elle, c'est redéfinir la façon dont nous faisons des affaires, et je pense que le gouvernement chinois est prêt à le faire. C'est un moment très excitant, car les pays des Brics peuvent se concerter, ensemble, et décider ensemble de leurs propres règles du jeu. Et ça, c'est quelque chose que les pays occidentaux doivent prendre note ».

les Brics devraient lancer aujourd'hui leur propre banque de développement, qui, à terme, pourrait permettre de financer des projets d'infrastructure en Afrique. Le ministre brésilien des Finances, Guido Mantega, qui participe à ces négociations, revient au micro de Nathalie Amar sur l'intérêt  que pourrait représenter un fonds de réserve propre aux Brics...

Nos pays vont continuer à grandir. Nous sommes plus dynamiques. Nous devons mieux profiter de nos propres marchés et de notre propre commerce
Guido Montega
11-10-2013 - Par Nathalie Amar

Le sommet des Brics à Durban met un coup de projecteur sur l'Afrique du Sud et son leader Jacob Zuma. Une aubaine pour redorer le blason du président sud-africain après l'humiliation subie en Centrafrique. Quatorze soldats sud-africains envoyés pour protéger Francois Bozizé ont été tués par la rébellion, une cinquantaine d'autres seraient encore retenus prisonniers.

L'Afrique du Sud est le nain économique des Brics mais depuis hier, Jacob Zuma peut s'enorgueillir d'avoir réuni à Durban des chefs d'États dont certains comme le chinois Xi Jinping comptent aujourd'hui parmi les plus puissants de la planète. Le numéro un sud-africain s'entretiendra en privé avec la brésilienne Dilma Roussef puis avec Vladimir Poutine le président russe. Sans oublier la brochette de présidents africains invités à un grand forum.

Durban met les petits plats dans les grands pour débattre de l'indépendance économique et politique de ces dragons qui cherchent à s'émanciper d'un système international encore contrôlé par les grandes institutions occidentales, comme celle de la Banque mondiale ou du FMI.

Cette grand-messe aux allures d'un Bandoeng (Conférence des Etats non-alignés qui s'est tenu à Bandoeng, en Indonésie, en 1955, ndlr) version troisième millénaire consolera-t-elle Jacob Zuma de son cinglant revers centrafricain ?

Quatorze de ses soldats ont été tués pour avoir tenté de défendre Francois Bozizé chassé en quelques heures par une rébellion désormais installée à Bangui. Quelques jours plus tôt l'ex-numéro un centrafricain avait effectué un aller-retour en Afrique du Sud pour demander à son ami Zuma d'intégrer la RCA dans la Communauté de Développement de l`Afrique du Sud (Sadec) et d'assumer la médiation à la place du Congo-Brazzaville.

Paradoxe ou ironie, les deux acteurs-clé dans la crise centrafricaine, le tchadien Idriss Déby le congolais Sassou Nguesso font partie des convives de Durban. Derrière les sourires de facade il y aura sans doute une mise au point entre les trois hommes.

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