Nicolas Tiangaye sur RFI: «C’est l’entêtement de Bozizé qui a conduit à cette situation»

Le Premier ministre centrafricain Nicolas Tiangaye, reconduit dans ses fonctions, le 27 mars 2013 à Bangui.
© AFP PHOTO / SIA KAMBOU

Ex-défenseur des droits de l'homme et membre de l’opposition, Nicolas Tiangaye a été reconduit ce mercredi 27 mars par Michel Djotodia, le nouvel homme fort de République centrafricaine, au poste de Premier ministre qu’il occupait depuis le 17 janvier. Notre envoyé spécial à Bangui, Cyril Bensimon, lui a demandé ce qu’il va advenir maintenant en Centrafrique, après le renversement du président Bozizé par les rebelles de la Seleka.

RFI : En devenant le Premier ministre de Michel Djotodia, vous cautionnez donc un coup de force.

Nicolas Tiangaye : Je ne cautionne pas un coup de force. J’ai été désigné Premier ministre dans le cadre des accords de Libreville. Et c’est ce processus qui se poursuit, donc il ne s’agit pas d’une caution à quel que coup d’Etat que ce soit.

Mais comment allez-vous faire maintenant, puisque ce coup d’Etat a été condamné par l’Union africaine et par l’Union européenne ?

Mais il ne s’agit pas de croiser les bras ! Il ne s’agit pas de laisser tomber le pays ! Je pense que le pays est dans une situation qui est telle qu’il faudrait que tous les Centrafricains se mobilisent, pour qu’on ne sombre pas définitivement dans le chaos. Je suis conscient de l’énormité de la tâche. Mais je pense que tous les Centrafricains doivent être conscients que là où nous nous trouvons, il est question de se mobiliser tous ensemble, pour sortir de cette situation-là.

Et avec les bailleurs de fonds internationaux, avec les pays amis de la Centrafrique, comment allez-vous faire ?

Mais il faut leur faire comprendre que c’est l’entêtement de Bozizé, qui a refusé d’appliquer les accords de Libreville, qui a conduit à cette situation devenue irréversible. Et il faudrait que nos partenaires comprennent cette situation et tiennent compte du fait qu’il y a des populations qui souffrent, et qu’on ne peut pas abandonner ces populations.

La première urgence aujourd’hui en Centrafrique, et en particulier à Bangui, c’est le rétablissement de la sécurité. Comment comptez-vous rétablir la sécurité, puisqu’il y a encore beaucoup d’éléments de la Seleka qui sont en ville et qu’il n’y a quasiment pas de force de police. Comment pensez-vous régler ce problème ?

Bien entendu, cette question de sécurité se pose… Il y a des éléments de Seleka qui doivent être casernés. Ils doivent être casernés à Kasay, à camp Béal. Et tous les autres éléments qui ne seront pas casernés seront considérés comme des faux éléments Seleka. Parce qu’il faut dire aussi qu’il y a des personnes qui ne sont pas réellement de Seleka et qui revendiquent le statut de combattants Seleka.

Quand seront-ils casernés ?

Mais ça a déjà commencé.

Comment envisagez-vous vos relations de travail avec Michel Djotodia ? Aujourd’hui, c’est lui l’homme fort. C’est lui qui a les armes. Est-ce que vous n’êtes pas, en quelque sorte, prisonnier de Michel Djotodia ?

Je ne sais pas comment je peux être prisonnier de Michel Djotodia. Vous connaissez mal ma personne, peut-être. Moi, je suis un homme épris de paix et de liberté. J’ai des convictions et je suis là parce que, au stade où se trouve ce pays, il s’agit pour moi d’assumer la plénitude de mes responsabilités, pour apporter ma contribution à la survie de ce pays.

Et par exemple, s’il y a des actes qui vous déplaisent menés par la Seleka, vous pourriez démissionner ?

Je vous dis que s’il y a des actes qui sont posés et qui sont contraires à ma conscience, à mes principes et aux valeurs démocratiques que j’ai toujours défendues toute ma vie, je prendrai mes responsabilités !

C'est-à-dire ?

C'est-à-dire que je les dénoncerai.

Mais vous pourriez démissionner ?

Vous allez trop vite en besogne. Nous n’en sommes pas encore là.

Que répondez-vous à ceux qui disent que finalement vous avez dès le début, poussé pour ce renversement du pouvoir ?

C’est depuis les élections de 2011 que j’ai, avec mes amis de l’Opposition démocratique, demandé l’annulation et la reprise des élections. Nous avions demandé le départ de Bozizé. Et donc, dire aujourd’hui que c’est nous qui sommes pour le renversement de Bozizé, ce n’est pas juste. Aujourd’hui, j’ai opté pour le réalisme politique. C'est-à-dire que le pays se trouve au tournant de son propre destin. Et quelle est la place que moi, je dois occuper ? Quel est le rôle que je dois jouer pour sortir mon pays de ce pétrin ?

Nicolas Tiangaye, est-ce qu’aujourd’hui vous auriez un message à envoyer au président Bozizé ?

Non, je n’ai aucun message à lui envoyer.

Vous pensez que, finalement…

Je vous dis que je n’ai aucun message à lui envoyer. C’est tout.

Et aux populations, quel est le message que vous voulez envoyer ?

Dans la situation actuelle, on essaie de reprendre espoir, de reprendre le travail. Tout sera mis en œuvre pour le retour à la paix et à la légalité constitutionnelle.

Nicolas Tiangaye, est-ce qu’il faut réaménager les accords de Libreville ?

Je ne réponds plus à cette question.

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