Soudan du Sud: un pays toujours miné


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Le 4 avril est la journée internationale de la sensibilisation au problème des mines. Un problème que doit relever le Soudan du Sud après un demi-siècle de conflits. Chaque année, au moins 4 300 personnes, dont plus de 70% de civils et 42% d'enfants, sont victimes de mines ou d'engins non explosés dans le monde, soit une victime toutes les deux heures. Et les mines tuent ou blessent plusieurs années après la fin d'un conflit, comme au Soudan.

Le « bip-bip » du détecteur de métal retentit dans la brousse. Le démineur se met alors à genoux pour fouiller méticuleusement le sol à la recherche d'une mine ou d'une munition non explosée. Accompagné d'un petit groupe d'hommes, tous de bleu vêtu, ils avancent prudemment, presque centimètre après centimètre. Le secteur est quadrillé par des piquets. Blanc : la zone est claire ; rouge : le terrain n'a pas encore été examiné. Depuis 2005, et la fin de la guerre civile soudanaise, cette scène est courante dans le nouveau Soudan du Sud. Nombreuses sont les organisations internationales à ratisser au quotidien ce territoire plus grand que la France.

Une aide internationale indispensable

Sans expérience, ni matériel et encore moins de moyens financiers, le Soudan du Sud n'était pas en mesure d'entamer ce travail de titan. Dès 2004, les Nations unies ont donc dépêché une mission pour traiter tous les types de mines.

« Les combats ont duré plus de quarante ans ! Les deux armées ont eu le temps de poser des mines un peu partout ! », explique John Dingley, directeur du programme sud-soudanais auprès du service de l'action antimines des Nations unies (SLAM).

Au-delà des machines et du personnel pour déminer, le SLAM finance des programmes de sensibilisation et des partenariats avec par exemple la police nationale ; « lorsque le gros du déminage sera effectué, la police pourra bientôt se charger de détruire les plus petites munitions », dit encore John Dingley.

Le sud du pays très touché

Comme de nombreux champs de mines, celui-ci est situé près d'une route, à une cinquantaine de kilomètres de la capitale Juba. C'est l'organisation South Sudan Integrates Mine Action Service (SIMAS) qui traite cette zone.

« A terme, cela permettra de développer un axe routier plus large et sécurisé », explique Raji Pillai, le responsable du site. A la fin du conflit aucune piste n'était praticable et le moyen le plus sûr d'atteindre Juba était l'avion. Cette concentration de mines dans le sud est liée à l'histoire du conflit ; car c'est autour de Juba que se situaient la majorité des lignes de front.

L'emplacement des mines reste tout de même aléatoire. Il y a quelques semaines, deux mères et leurs enfants se reposaient près d'un arbre, quand l'explosion a tué sur le coup deux enfants et blessé mortellement un jeune bébé. Seules les mères ont survécu. Les arbres offraient un terrain de repos idéal pour les soldats, ils avaient donc été minés par les deux camps.

Un travail d'arrache-pied

Sur le champ de mines, le démineur se relève. Ce n'était ni une mine ni une munition non explosée mais juste un morceau de métal. Parfois, après des mois de travail intense, rien n'a été découvert. Mais pour les démineurs ce n'est pas décourageant, au contraire ! Les populations pourront utiliser en toute sécurité ce terrain pour planter, couper du bois ou encore agrandir le village.

Entre les lignes de piquets, sur le champ de mines, pas un bruit. Les démineurs sont extrêmement concentrés. « C'est obligatoire, explique Rambo Isaac, un seul faux-pas et le démineur met sa vie, et celle de ses collègues, en danger. »

Près de 5 000 victimes

Rambo Isaac a décidé de s'engager dans la lutte anti-mines pour que ses enfants et tous les autres puissent jouer à l'extérieur. Ils sont victimes des munitions non explosées avec lesquelles ils s'amusent. Les travailleurs dans les champs sont également susceptibles d'être blessés ou tués. Le SLAM a recensé 4 714 victimes civiles depuis 2004, et trouve que le chiffre est sous-estimé.

Le problème des réfugiés n'est pas pris à la légère. Depuis la fin de la guerre, des milliers de personnes transitent dans le pays : les civils ayant fui vers les villes repartent dans les campagnes, plus de 116 000 Sud-Soudanais sont rentrés du Soudan et avec plus de 500 000 Sud-Soudanais enregistrés au Soudan, une nouvelle vague d'immigration est à craindre. Les personnes se déplacent sans connaissance du terrain et sont victimes des mines ou autres formes d'explosifs.

« Le déminage est laborieux pour nos 36 équipes car la saison des pluies empêche l'avancée des travaux », rappelle John Dingley, le directeur de SLAM au Soudan du Sud. Les chiens renifleurs d'explosifs, les machines qui détruisent les mines et les démineurs sont incompatibles avec la moisson. Les chiens ne sentent rien à cause de l'humidité, les machines s'embourbent, et les hommes sont parfois incapables de rejoindre un champ de mines. Le pays ne possède pas encore assez de routes asphaltées pour se déplacer facilement.

Pour autant, le SLAM se réjouit d'une avancée considérable en moins de dix ans : « D'ici cinq ans, si nous gardons les mêmes moyens matériels et financiers, nous aurons rendu le Soudan du Sud sûr pour ses populations », estime John Dingley.