Centrafrique: à Bossembele, les fantômes du régime de Bozizé hantent encore la ville

Prise militaire de la Seleka, Bossembele, avril 2013
© RFI/Cyril Bensimon

En Centrafrique, cela fait maintenant deux semaines que François Bozizé a été renversé par la Seleka. Aujourd’hui, un voile se lève sur la nature de ce régime. Reportage à  Bossembele, à 150 kms au nord de Bangui, où l'armée se livrait à des actes de torture sur les prisonniers. 

A Bossembele, François Bozizé a perdu ses galons de stratège militaire et sa dignité de père de la nation. Une seule cause n’explique jamais l’effondrement d’un régime mais dans cette petite ville, le président déchu a profondément creusé la tombe de son pouvoir.

Sur le plan militaire, tout d’abord. En plaçant armes et munitions aussi loin du palais qu’il espérait défendre, François Bozizé a fait un cadeau inespéré à la rébellion. La poudrière a été prise sans difficulté le 22 mars, et deux jours plus tard la Seleka entrait victorieuse dans Bangui. A Bossembele, ses ennemis ont fait main basse sur 17 containers. Des obus et des munitions de tous calibres, des roquettes antichars, des armes en pagaille. Une véritable aubaine pour une rébellion en campagne.

Camp militaire de Bossembele, avril 2013 © RFI/Cyril Bensimon

« Guantanamo »

Sur le plan humain, la prise de Bossembele permet de découvrir la face la moins glorieuse de ce régime. Une maison d’arrêt civile baptisée « Guantanamo »  et des geôles dans le camp militaire jugées encore plus infernale pour ceux qui ont fréquenté les deux bagnes. Ali Garba qui est aujourd’hui un colonel de la Seleka a été détenu huit mois dans la prison militaire. Il raconte les exécutions arbitraires, les tortures, les privations mais aussi la présence ici d’un disparu devenu célèbre, l’opposant Charles Massi.

« Je ne l'ai pas vu, mais je sais qu'ils l'ont torturé, affirme-t-il. Parce que nous sommes ici dans la maison où on l'a amené pour être torturé, avant de le renvoyer en prison. Les militaires étaient en train de parler de ça et nous les avons écouté. Ils disaient :"On ne peut pas le tuer sur place, on va le torturer, jusqu'à ce qu'il meurt. Il va souffrir avant de mourir" »

Le colonel Ali Garba avoue sans peine qu’il lui sera difficile de cohabiter avec les soldats qui l’ont torturé ou les officiers qui ont couvert ces crimes. Quant au président déchu, il estime que sa place est désormais devant la justice internationale.

Republier ce contenu

Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.