Les nouveaux maîtres de Bangui peinent à asseoir leur autorité

Le président autoproclamé Michel Djotodia.
© REUTERS/Alain Amontchi

Deux semaines après le coup d'Etat en Centrafrique, le retour à la normale se fait toujours attendre. Les pillages se poursuivent dans la capitale et dans plusieurs villes du pays. La Seleka, désormais au pouvoir, ne parvient pas à rétablir la sécurité. Et la transition politique ne se déroule pas vraiment comme prévue non plus. Le comité chargé de désigner le président a été officiellement formé le week-end dernier. Reste à nommer ses membres, et la répartition des postes crée des tensions à Bangui.

L’édifice tient, mais les vents qui le balaient se font chaque jour un peu plus violents. Michel Djotodia et son entourage ont les plus grandes difficultés à asseoir leur autorité. Les bonnes intentions affichées ont du mal à se concrétiser et les ordres sont bien souvent contredits. Un seul exemple : dans les casernes, on peut constater des recrutements que désapprouve le ministre délégué à la Défense.

Autre phénomène inquiétant : ceux qui ont risqué leur vie au front se sentent aujourd’hui délaissés, au profit d’officiers de l’armée régulière - cohésion nationale oblige - ou de combattants de la 25ème heure, plus habiles en diplomatie qu’en manœuvres militaires.

Critiques internes

Sur le plan politique également, le navire Seleka tangue. En interne, certains cadres n’hésitent plus à reprocher à Michel Djotodia les nominations de quatre membres de sa famille dans le nouveau gouvernement, ou bien encore le retour en grâce de certains barons de l’époque Bozizé.

L’architecture du Conseil supérieur de transition, qui s’éloigne de l’esprit de Libreville et ouvre la porte à des représentants de l’administration ou d’associations dont le pouvoir réel est bien difficile à mesurer, fait également l’objet de contestations.

Pour l’heure, personne n’a intérêt à remettre en cause la prééminence de Michel Djotodia. Chacun ici sait qu’une guerre des chefs de la Seleka ferait basculer le pays dans le chaos, une « somalisation » de la Centrafrique qui aurait inévitablement des conséquences dans toute la région.

La Société centrafricaine de cigarette reprend ses activités

Quelques balles ont traversé son bureau ; les ordinateurs, les téléphones, les véhicules et autres ont été pillés. Mais Denis Lachartre, le directeur des opérations de la Socaci, et ses 80 employés peuvent aujourd’hui pousser un gros « ouf » de soulagement :

« L’usine a été mise en désordre, mais on doit dire qu’il n’y a pas eu de dégâts sur les machines. Donc, on a eu un énorme rangement, une remise en ordre très importante à effectuer. Et là, vous voyez, on tourne en vitesse lente, mais on recommence. Il faut que les gens travaillent et pensent à autre chose. C’est mieux pour les esprits. »

Les pillages et les deux semaines de cessation d’activité ont coûté à cette filiale du groupe impérial Tobacco près d’un million d’euros. Comment donc assurer la sécurité de l’entreprise et de ses employés ?

« Pas le moindre Cfa dans les locaux »

« On fait un peu comme tout le monde. On a affaire à la Fomac (Force multinationale d'Afrique centrale), et à la Seleka. On ne garde pas d’argent sur place. On demande aux clients d’aller déposer de l’argent en banque, répond Denis Lachartre. Et une fois qu’on a le relevé de banque et qu’on a pu contrôler auprès de la banque la bonne forme du relevé, on livre. On ne veut absolument pas garder le moindre franc Cfa dans les locaux. »

Interrogé sur l’obligation de transiger avec les éléments de la Seleka pour assurer la sécurité de la société et de ses employés, Denis Lachartre avoue qu'« il y a eu effectivement des transactions qui ont été menées par un certain nombre de personnes ». Mais pour mettre un terme aux intrusions de la Seleka, la Socaci a fait souder, lundi 8 avril, deux grandes plaques de tôle sur sa porte principale.

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